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Ces temps de vos états finiront les misères ;
Vous leverez les yeux vers le Dieu de vos pères ;
Vous verrez qu'un cøur droit peut espérer en lui.
Allez, qui lui ressemble est sûr de son appui.

FRAGMENT DU CHANT II.

Mort de Coligny, et massacres qui la suivirent.
Cependant tout s'apprête, et l'heure est arrivée,
Qu'au fatal dénouement la Reine a réservée.
Le signal est donné sans tumulte et sans bruit:
C'était à la faveur des ombres de la nuit.*
Coligny languissait dans les bras du repos,
Et le sommeil trompeur lui versait ses pavots.
Soudain de mille cris le bruit épouvantable
Vient arracher ses sens à ce calme agréable.
Il se lève, il regarde, il voit de tous côtés
Courir des assassins à pas précipités.
Il voit briller partout les flambeaux et les armes,
Son palais embrasé, tout un peuple en alarmes,
Ses serviteurs sanglans dans la flamme étouffés,
Les meurtriers en foule au carnage échauffés,
Criant à haute voix: “ Qu'on n'épargne personne,
C'est Dieu, c'est Médicis, I c'est le Roi qui l'ordonne!”
Il entend retentir le nom de Coligny.
Il aperçoit de loin le jeune Téligny,
Téligny dont l'amour a mérité sa fille, $
L'espoir de son parti, l'honneur de sa famille,
Qui sanglant, déchiré, trainé par des soldats,
Lui demandait vengeance, et lui tendait les bras.

Le Héros malheureux, sans armes, sans défense,
Voyant qu'il faut périr, et périr sans vengeance,
Voulut mourir du moins comme il avait vécu,
Avec toute sa gloire et toute sa vertu.

* Ce fut la nuit du 23 au 24 Août, fête de St. Barthélemi, en 1572, que s'exécuta cette sanglante tragédie.

† Gaspard de Coligny, Amiral de France et chef du parti des Réformés en France, né à Chatillon le 16 Février, 1516. | Catherine de Médicis, mère de Charles IX.

Le Comte de Téligny avait épousé, il y avait dix-huit mois, la fille de l'Amiral Coligny. Il avait un visage si agréable et si doux, que les premiers qui étaient venus pour le tuer s'étaient laissés attendrir à sa vue; mais d'autres plus barbares le massacrèrent.

Déjà des assassins la nombreuse cohorte,
Du salon qui l'enferme allait briser la porte;
Il leur ouvre lui-même, et se montre à leurs yeux
Avec cet oeil serein, ce front majestueux;
Tel que dans les combats, maître de son courage,
Tranquille il arrêtait, ou pressait le carnage.

A cet air vénérable, à cet auguste aspect,
Les meurtriers surpris sont saisis de respect;
Une force inconnue a suspendu leur rage.

Compagnons, ” leur dit-il, “achevez votre ouvrage, Et de mon sang glacé souillez ces cheveux blancs, Que le sort des combats respecta quarante ans; Frappez, ne craignez rien, Coligny vous pardonne; Ma vie est peu de chose, et je vous l'abandonne J'eusse aimé mieux la perdre en combattant pour vous ... Ces tigres à ces mots tombent à ses genoux; L'un, saisi d'épouvante, abandonne ses armes, L'autre embrasse ses pieds qu'il trempe de ses

larmes :
Et de ces assassins, ce grand homme entouré,
Semblait un roi puissant, par son peuple adoré.

Besme,* qui dans la cour attendait sa victime,
Monte, accourt, indigné qu'on diffère son crime;
Des assassins trop lents il veut hâter les coups;
Aux pieds de ce Héros, il les voit trembler tous.
A cet objet touchant lui seul est inflexible;
Lui seul à la pitié toujours inaccessible,
Aurait cru faire un crime et trahir Médicis,
Si du moindre remords il se sentait surpris.
A travers les soldats il court d'un pas rapide;
Coligny l'attendait d'un visage intrépide :
Et bientôt dans le flanc ce monstre furieux,
Lui plonge son épée en détournant les yeux,
De peur que

d'ail cet auguste visage Ne fît trembler son bras, et glaçât son courage.

Du plus grand des Français, tel fut le triste sort.
On l'insulte, on l'outrage encor après sa mort.
Son corps percé de coups, privé de sépulture,
Des oiseaux dévorans fut l'indigne pâture:

d'un coup

* Besme était un Allemand, domestique de la maison de Guise. Ce misérable ayant ensuite été pris par les Protestans, les Rochelois voulurent l'acheter pour le faire écarteler dans leur place publique ; mais il fut tué

- un nommé Brétan yille.

Et l'on porta sa tête aux pieds de Médicis,
Conquête digne d'elle, et digne de son fils :
Médicis la reçut avec indifférence,
Sans paraître jouir du fruit de sa vengeance,
Sans remords, sans plaisir, maîtresse de ses sens,
Et comme accoutumée à de pareils présens.

Qui pourrait cependant exprimer les ravages,
Dont cette nuit cruelle étala les images !
La mort de Coligny, prémices des horreurs,
N'était qu'un faible essai de toutes leurs fureurs.
D'un peuple d'assassins les troupes effrénées,
Par devoir et par zèle, au carnage acharnées,
Marchaient, le fer en main, les yeux étincelans,
Sur les corps étendus de nos frères sanglans ;
Guise était à leur tête, et bouillant de colère,
Vengeait sur tous les miens les mânes de son père.
Nevers, Gondi, Tavanne, un poignard à la main,
Echauffaient les transports de leur zèle inhumain;
Et portant devant eux la liste de leurs crimes,
Les conduisaient au meurtre, et marquaient les victimes.

Je ne vous peindrai point le tumulte et les cris,
Le
sang

de tous côtés ruisselant dans Paris,
Le fils assassiné sur le corps de son père,
Le frère avec la seur, la fille avec la mère,
Les époux expirans sous leurs toits embrasés,
Les enfans au berceau sur la pierre écrasés :
Des fureurs des humains c'est ce qu'on doit attendre.
Mais ce que l'avenir aura peine à comprendre,
Ce que vous-mêmes encor à peine vous croirez,
Ces monstres furieux de carnage altérés,
Excités par la voix des prêtres sanguinaires,
Invoquaient le Seigneur en égorgeant leurs frères :
Et, le bras tout souillé du sang des innocens,
Osaient offrir à Dieu cet exécrable encens.

Du haut de son palais excitant la tempête,
Médicis à loisir contemplait cette fête ;
Ses cruels favoris d'un regard curieux,
Voyaient les flots de sang regorger sous leurs yeux;
Et de Paris en feu les ruines fatales
Etaient de ces héros les pompes triomphales.
Que dis-je ? O 'crime! O honte! O comble de nos

maux ! Le Roi! le Roi lui-même au milieu des bourreaux,

Poursuivant des proscrits les troupes égarées,
Du sang de ses sujets souillait ses mains sacrées,
Et ce même Valois que je sers aujourd'hui,
Ce Roi, qui par ma bouche implore votre appui,
Partageant les forfaits de son barbare frère,
A ce honteux carnage excitait sa colère.
Non, qu'après tout Valois ait un coeur inhumain,
Rarement dans le sang il a trempé sa main ;
Mais l'exemple du crime assiégeait sa jeunesse,
Et sa cruauté même était une faiblesse.

LUSIGNAN À SA FILLE, POUR LA RAMENER

À LA RELIGION DE SES PÈRES.

(VOLTAIRE, TRAGÉDIE DE ZAÏRE.)
Mon Dieu ! j'ai combattu soixante ans pour ta gloire ;
J'ai vu tomber ton temple, et périr ta mémoire :
Dans un cachot affreux abandonné vingt ans,
Mes larmes t'imploraient pour mes tristes enfants ;
Et, lorsque ma famille est

par

toi réunie, Quand je trouve une fille, elle est ton ennemie! Je suis bien malheureux! .. C'est ton père, c'est moi, C'est ma seule prison qui t'a ravi ta foi. Ma fille, tendre objet de mes dernières peines, Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines; C'est le sang de vingt rois, tous Chrétiens comme moi; C'est le sang des héros défenseurs de ma loi ; C'est le sang des martyrs. O fille encor trop chère ! Connais-tu ton destin? Sais-tu quelle est ta mère ? Sais-tu bien qu'à l'instant que son flanc mit au jour Ce triste et dernier fruit d'un malheureux amour, Je la vis massacrer par la main forcenée, Par la main des brigands à qui tu t'es donnée ? Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux, T'ouvrent leurs bras sanglants tendus du haut des cieux. Ton Dieu que tu trahis, ton Dieu que tu blasphèmes, Pour toi, pour l'univers, est mort en ces lieux mêmes; En ces lieux où mon bras le servit tant de fois, En ces lieux où son sang te parle par ma voix.

Vois ces murs, vois ce temple envahi par tes maîtres ;
Tout annonce le Dieu qu'ont vengé tes ancêtres :
Tourne les yeux, sa tombe est près de ce palais ;
C'est ici la montagne où, lavant nos forfaits,
Il voulut expirer sous les coups de l'impie;
C'est là que de sa tombe il rappela la vie.
Tu ne saurais marcher dans cet auguste lieu,
Tu n'y peux faire un pas, sans y trouver ton Dieu;
Et tu n'y peux rester sans renier son père,
Ton honneur qui te parle, et ton Dieu qui t'éclaire.
Je te vois dans mes bras et pleurer et frémir;
Sur ton front pâlissant Dieu met le repentir;
Je vois la vérité dans ton coeur descendue:
Je retrouve ma fille après l'avoir perdue;
Et je reprends ma gloire et ma félicité,
En dérobant mon sang à l'infidélité.

RÉCIT D'ISMÉNIE.

(VOLTAIRE, TRAGÉDIE DE MÉROPE.) La victime était prête et de fleurs couronnée ; L'autel étincelait des flambeaux d'hyménée ; Polyphonte, l'oeil fixe et d'un front inhumain, Présentait à Mérope une odieuse main ; Le prêtre prononçait les paroles sacrées; Et la reine au milieu des femmes éplorées, S'avançant tristement, tremblante entre mes bras, Au lieu de l'hyménée invoquait le trépas. Le peuple observait tout dans un profond silence. Dans l'enceinte sacrée en ce moment s'avance Un jeune homme, un héros, semblable aux immortels, Il court. C'était Egisthe: il s'élance aux autels; Il monte; il y saisit, d'une main assurée, Pour les fêtes des dieux la hache préparée. Les éclairs sont moins prompts; je l'ai vu de mes yeux, Je l'ai vu qui frappait ce monstre audacieux.

Meurs, týran!” disait-il: “dieux, prenez vos victimes !” Erox, qui de son maître a servi tous les crimes, Erox, qui dans son sang voit ce monstre nager, Lève une main hardie, et pense

le

venger.

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