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Et pourquoi ? Pour venger je ne sais quels Prophètes,
Dont elle avait puni les fureurs indiscrètes.
Et moi, Reine sans cour, fille sans amitié,
Esclave d'une lâche et frivole pitié,
Je n'aurais pas du moins, à cette aveugle rage
Rendu meurtre pour meutre, outrage pour outrage,
Et de votre David traité tous les neveux,
Comme on tratait d'Achab les restes malheureux !
Où serais-je aujourd'hui, si, domptant ma faiblesse,
Je n'eusse d'une mère étouffé la tendresse ;
Si de mon propre sang ma main versant des flots,
N'eût par ce coup hardi réprimé vos complots ?
Enfin de votre Dieu l'implacable vengeance
Entre nos deux maisons rompit toute alliance:
David m'est en horreur; et les fils de ce roi,
Quoique nés de mon sang, sont étrangers pour moi.

Jos. Tout vous a réussi. Que Dieu voie, et nous juge.

Ath. Ce Dieu, depuis longtemps votre unique refuge,
Que deviendra l'effet de ses prédictions ?
Qu'il vous donne ce Roi promis aux nations,
Cet enfant de David, votre espoir, votre attente ...
Mais nous nous reverrons. Adieu, je sors contente.
J'ai voulu voir, j'ai vu.

Abn. (à Josabet.) Je vous l'avais promis.
Je vous rends le dépôt que vous m'avez commis.

SCÈNE VIII.
Joad, Josabeth, Joas, Zacharie, Abner, Salomith, Lévites, le

Choeur.
Jos. (à Joad.) Avez-vous entendu cette superbe Reine
Seigneur!

Joad. J'entendais tout et plaignais votre peine.
Ces Lévites et moi, prêts à vous secourir,
Nous étions avec vous résolus de périr.

(d Joas, en l'embrassant.)
Que Dieu veille sur vous, enfant, dont le courage
Vient de rendre à son nom ce noble témoignage.
Je reconnais, Abner, ce service important;
Souvenez-vous de l'heuré, où Joad vous attend.
Et nous, dont cette femme impie et meutrière
A souillé les regards et troublé la prière,
Rentrons, et qu'un sang pur par mes mains épanché,
Lave jusques au marbre, où ses pas ont touché.

SCÈNE IX.

Le Chour.

Une des filles du Chour. Quel astre à nos yeux vient de

luire ?
Quel sera quelque jour cet enfant merveilleux ?

Il brave le faste orgueilleux,
Et ne se laisse point séduire

A tous ses attraits périlleux.
Une autre. Pendant que du Dieu d'Athalie

Chacun court encenser l'autel,
Un enfant courageux publie,
Que Dieu lui seul est éternel,
Et parle comme un autre lie

Devant cette autre Jézabel.
Une autre. Qui nous révélera ta naissance secrète,
Cher enfant ? Es-tu fils de quelque saint Prophète ?
Une autre. Ainsi l'on vit l'aimable Samuël

Croître à l'ombre du tabernacle.
Il devint des Hébreux l'espérance et l'oracle.

Puisses-tu, comme lui, consoler Israël !
Une autre. O bienheureux mille-fois

L'enfant que le Seigneur aime,

Qui de bonne heure entend sa voix,
Et que ce Dieu daigne instruire lui-même!
Loin du monde élevé, de tous les dons des cieux

Il est orné dès sa naissance;
Et du méchant l'abord contagieux

N'altère point son innocence.
Tout le Chour. Heureuse, heureuse l'enfance
Que le Seigneur instruit, et prend sous sa défense !
La même voix seule. Tel en un secret vallon,

Sur le bord d'une onde pure,

Croît, à l'abri de l'Aquilon,
Un jeune lys, l'amour de la nature.
Loin du monde élevé, de tous les dons des cieux

Il est orné dès sa naissance,
Et du méchant l'abord contagieux

N'altère point son innocence.
Tout le Chaur. Heureux, heureux mille fois
L'enfant, que le Seigneur rend docile à ses lois !

Une voix seule. Mon Dieu qu'une vertu naissante
Parmi tant de périls marche à pas incertains !
Qu'une âme qui te cherche, et veut être innocente,

Trouve d'obstacle à ses desseins !
Que d'ennemis lui font la guerre !
Où se peuvent cacher tes Saints ?

Les pécheurs couvrent la terre.
Une autre. O Palais de David, et sa chère cité,
Mont fameux, que Dieu même a longtemps habité,
Comment as-tu du ciel attiré la colère ?
Sion, chère Sion, que dis-tu quand tu vois

Une impie étrangère

Assise, hélas, au trône de tes rois ? Tout le Cheur. Sion, chère Sion, que dis-tu quand tu vois

Une impie étrangère

Assise, hélas, au trône de tes rois ! La même voix continue. Au lieu des cantiques charmans, Où David exprimait ses saints ravissemens, Et bénissait son Dieu, son Seigneur et son père ; Sion, chère Sion, que dis-tu quand tu vois

Louer le Dieu de l'impie étrangère, Et blasphémer le mon, qu'ont adoré tes rois ? Une voix seule. Combien de temps, Seigneur, combien de

temps encore
Verrons-nous contre toi les méchans s'élever ?
Jusques dans ton saint temple ils viennent te braver.
Ils traitent d'insensé le peuple qui t'a
Combien de temps, Seigneur, combien de temps encore
Verrons-nous contre toi les méchans s'élever ?
Une autre. Que vous sert, disent-ils, cette vertu sauvage?

De tant de plaisirs si doux
Pourquoi fuyez-vous l'usage ?

Votre Dieu ne fait rien pour vous.
Une autre. Rions, chantons, dit cette troupe impie;

De fleurs en fleurs, de plaisirs en plaisirs

Promenons nos désirs.

Sur l'avenir insensé qui se fie. De nos ans passagers le nombre est incertain, Hâtons-nous aujourd'hui de jouir de la vie,

Qui sait si nous serons demain ? Tout le Chœur. Qu'ils pleurent, ô mon Dieu, qu'ils fremis

sent de crainte,

Ces malheureux, qui de ta cité sainte

Ne verront point l'éternelle splendeur. C'est à nous de chanter, nous, à qui tu révelles

Tes clartés immortelles, C'est à nous de chanter tes dons et ta grandeur. Une voix seule. De tous ces vains plaisirs, où leur âme se

plonge,
Que leur restera-t-il ? Ce qui reste d'un songe

Dont on a reconnu l'erreur.
A leur réveil, (ô réveil plein d'horreur!)
Pendant que

le pauvre à ta table
Goûtera de ta paix la douceur ineffable,
Ils boiront dans la coupe affreuse, inépuisable,
Que tu présenteras au jour de ta fureur

A toute la race coupable.
Tout le Chæur. O réveil plein d'horreur !

O songe peu durable!
O dangereuse erreur !

RÉCIT DE LA MORT D'HIPPOLYTE.

(J. BACINE, TRAGÉDIE DE PHÈDRE.)
A peine nous sortions des portes de Trézène,
Il était sur son char, ses gardes affligés
Imitaient son silence, autour de lui rangés.
Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes;
Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes.
Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois,
Pleins d'une ardeur si noble, obéir à sa voix,
L'eil morne maintenant, et la tête baissée,
Semblaient se conformer à sa triste pensée.
Un effroyable cri, sorti du fond des flots,
Des airs en ce moment a troublé le repos;
Et du sein de la terre une voix formidable
Répond, en gémissant, à ce cri redoutable.
Jusqu'au fond de nos cæurs notre sang s'est glacé ;
Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé.
Cependant, sur le dos de la plaine liquide,
s'élève à gros bouillons une montagne humide:
L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,
Parmi des flots d'écume, un monstre furieux.

inutile,

Son front large est armé de cornes menaçantes,
Tout son corps est couvert d'écailles jaunissantes :
Indomptable taureau, dragon impétueux,
Sa croupe se recourbe en replis tortueux;
Ses longs mugissements font trembler le rivage.
Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage;
La terre s'en émeut, l'air en est infecté,
Le flot qui l'apporta recule épouvanté.
Tout fuit; et, sans s'armer d'un courage
Dans le temple voisin chacun cherche un asile.
Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,
Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,
Pousse au monstre, et, d'un dard lancé d'une main

sûre,
Il lui fait dans le flanc une large blessure.
De rage et de douleur le monstre bondissant,
Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant,
Se roule, et leur présente une gueule enflammée,
Qui les couvre de feu, de sang, et de fumée.
La frayeur les emporte; et, sourds à cette fois,
Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix.
En efforts impuissants leur maître se consume;
Ils rougissent le mors d'une sanglante écume.
On dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux,
Un dieu qui d'aiguillons pressait leurs flancs poudreux.
A truvers les rochers la peur les précipite;
L'essieu crie, et se rompt; l'intrépide Hippolyte
Voit voler en éclats tout son char fracassé;
Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.
Excusez ma douleur; cette image cruelle
Sera pour moi de pleurs une source éternelle.
J'ai vu, seigneur, j'ai vu votre malheureux fils,
Traîné

par les chevaux que sa main a nourris. Il veut les rappeler, et sa voix les effraie; Ils courent: tout son corps n'est bientôt qu'une plaie. De nos cris douloureux la plaine retentit. Leur fougue impétueuse enfin se ralentit; Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques Où des rois ses aïeux sont les froides reliques. J'y cours en soupirant, et sa garde me suit. De son généreux sang la trace nous conduit: Les rochers en sont teints; les ronces dégouttantes Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes

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