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Que Pan vous défende:
Hélas ! il le sait,
Je ne lui demande
Que ce seul bienfait.
Oui, brebis chéries,
Qu'avec tant de soin
J'ai toujours nourries,
Je prends à témoin
Ces bois, ces prairies,
Que, si les faveurs
Du Dieu des pasteurs
Vous gardent d'outrages,
Et vous font avoir,
Du matin au soir,
De gras pâturages,
J'en conserverai
Tant que je vivrai,
La douce mémoire,
Et que mes chansons,
En mille façons,
Porteront sa gloire,
Du rivage heureux
Où, vif et pompeux,
L'astre qui mesure
Les nuits et les jours,
Commençant son cours,
Rend à la nature
Toute sa parure,
Jusqu'en ces climats
Où, sans doute, las
D'éclairer le monde,
Il va chez Téthys
Rallumer dans l'onde
Ses feux amortis.

Prés, meadows ; courroux, wrath ; loups, wolves; hameau, hamlet; herbette, tender grass ; houlette, crook; ravis, taken away; prairies, meadows ; amortis, faint.

SCÈNES D'ATHALIE.

(J. RACINE.) ACTE PREMIER.

SCÈNE IV.

Le Choeur. Tout le Cheur chante. Tout l'Univers est plein de sa

magnificence; Qu'on l'adore ce Dieu, qu'on l'invoque à jamais : Son empire a des temps précédé la naissance;

Chantons, publions ses bienfaits.
Une voix seule. En vain l'injuste violence
Au peuple qui le loue imposerait silence:

Son nom ne périra jamais.
Le jour annonce au jour sa glorie et sa puissance,
Tout l'univers est plein de sa magnificence.

Chantons, publions ses bienfaits.
Tout le Chæur répète. Tout l'Univers est plein de sa

magnificence.

Chantons, publions ses bienfaits. Une voix seule. Il donne aux fleurs leur aimable peinture.

Il fait naître et mûrir les fruits.

Il leur dispense avec mesure Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits. Le champ qui les reçut, les rend avec usure. Une autre. Il commande au soleil d'animer la nature,

Et la lumière est un don de ses mains.

Mais sa loi sainte, sa loi pure
Est le plus riche don qu'il ait fait aux humains.

Une autre. O mont de Sinaï, conserve la mémoire
De ce jour à jamais auguste et renommé,

Quand sur ton sommet enflammé,
Dans un nuage épais le Seigneur enfermé
Fit luire aux yeux mortels un rayon de sa gloire :

Dis-nous pourquoi ces feux et ces éclairs,
Ces torrens de fumée, et ce bruit dans les airs,

Ces trompettes et ce tonnerre :
Venait-il renverser l'ordre des élémens ?

Sur ses antiques fondemens
Venait-il ébranler la terre ?

Une autre. Il venait révéler aux enfans des Hébreux De ses préceptes saints la lumière immortelle.

Il venait à ce peuple heureux Ordonner de l'aimer d'une amour éternelle. Tout le Chour. O divine, ô charmante loi !

O justice! O bonté suprême !

Que de raisons, quelle douceur extrême,
D'engager à ce Dieu son amour et sa foi !

Une voix seule. D'un joug cruel il sauva nos aïeux:
Les nourrit au désert d'un pain délicieux.
Il nous donne ses lois, il se donne lui-même.

Pour tant de biens, il commande qu'on l'aime.
Le Cheur. O justice! O bonté suprême !
La même voix. Des mers pour eux il entr'ouvrit les eaux;
D'un aride rocher fit sortir des ruisseaux.
Il nous donne ses loix, il se donne lui-même.

Pour tant de biens, il commande qu'on l'aime. Le Chæur. O divine, ô charmante loi !

Que de raisons, quelle douceur extrême, D'engager à ce Dieu son amour et sa foi ! Une autre voix seule. Vous qui ne connaissez qu'une

crainte servile,
Ingrats, un Dieu si bon ne peut-il vous charmer ?
Est-il donc à vos cours, est-il si difficile

Et si pénible de l'aimer?
L'esclave craint le tyran qui l'outrage;

Mais des enfans l'amour est le partage.
Vous voulez que ce Dieu vous comble de bienfaits,

Et ne l'aimer jamais.
Tout le Choeur. O divine, ô charmante loi!

O justice, ô bonté suprême !

Que de raisons, quelle douceur extrême, D'engager à ce Dieu son amour et sa foi ?

Cheur, chorus ; luire, to shine ; joug, yoke.

ACTE SECOND.

SCÈNE V.
Mathan, Athalie, Abner, suite d'Athalie.
Mat. Grande Reine, est-ce ici votre place ?
Quel trouble vous agite, et quel effroi vous glace ?
(1) Pron. Matan.

(2) Pron. Atali.
(3) Pron. Abnerre.

Parmi vos ennemis que venez-vous chercher ?
De ce temple profane osez-vous approcher ?
Avez-vous dépouillé cette haine si vive ?

Ath. Prêtez-moi l'un et l'autre une oreille attentive.
Je ne veux point ici rappeler le passé,
Ni vous rendre raison du sang que j'ai versé.
Ce que j'ai fait, Abner, j'ai cru le devoir faire,
Je ne prends point pour juge un peuple téméraire.
Quoi que son insolence ait osé publier,
Le Ciel même a pris soin de me justifier.
Sur d'éclatans succès ma puissance établie,
A fait jusqu'aux deux mers respecter Athalie.
Par moi Jérusalem goûte un calme profond;
Le Jourdain ne voit plus l'Arabe vagabond,
Ni l'altier Philistin, par d’éternels ravages,
Comme aux temps de vos rois désoler ses rivages.
Le Syrien me traite et de reine et de soeur.
Enfin de ma maison le perfide oppresseur,
Qui devait jusqu'à moi pousser sa barbarie,
Jéhu, le fier Jéhu tremble dans Samarie.
De toutes parts pressé par un puissant voisin,
Que j'ai su soulever contre cet assassin,
Il me laisse en ces lieux souveraine maîtresse.
Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse.
Mais un trouble importun vient depuis quelques jours
De mes prospérités interrompre le cours.
Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe ?)
Entretient dans mon cæur un chagrin qui le ronge.
Je l'évite partout, partout il me poursuit.
C'était pendant l'horreur, d'une profonde nuit;
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée ;
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté,
Même elle avait encor cet éclat emprunté,
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
Tremblé, m'a-t-elle dit, fille digne de moi.
Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
Ma fille. En achevant ces mots épouvantables,
Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;
Et moi, je lui tendais les mains pour

l'embrasser. Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chair meurtris, et traînés dans la fange;

Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux,
Que des chiens dévorans se disputaient entre eux.

Abn. Grand Dieu !
Ath.

Dans ce désordre à mes yeux se présente
Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante,
Tel qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus.
Sa vue a ranimé mes esprits abattus.
Mais lorsque revenant de mon trouble funeste,
J'admirais sa douceur, son air noble et modeste,
J'ai senti tout à coup un homicide acier,
Que le traître en mon sein a plongé tout entier.
De tant d'objets divers le bizarre assemblage
Peut-être du hasard vous paraît un ouvrage;
Moi-même, quelque temps honteuse de ma peur,
Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur.
Mais de ce souvenir mon âme possédée,
A deux fois, en dormant, revu la même idée;
Deux fois mes tristes yeux se sont vus retracer
Ce même enfant toujours tout prêt à me percer.
Lasse enfin des horreurs, dont j'étais poursuivie,
J'allais prier Baal de veiller sur ma vie,
Et chercher du repos aux pieds de ses autels :
Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels!
Dans le temple des Juifs un instinct m'a poussée,
Et d'appaiser leur Dieu j'ai conçu la pensée.
J'ai cru que des présens calmeraient son courroux;
Que ce Dieu, quel qu'il soit, en deviendrait plus doux.
Pontife de Baal, excusez ma faiblesse.
J'entre. Le peuple fuit. Le sacrifice cesse.
Le Grand-Prêtre vers moi s'avance avec fureur.
Pendant qu'il me parlait, ô surprise! ô terreur!
J'ai vu ce même enfant, dont je suis ménacée,
Tel qu'un songe effrayant l'a peint à ma pensé.
Je l'ai vu.

Son même air, son même habit de lin, Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin. C'est lui-même. Il marchait à côté du Grand-Prêtre; Mais bientôt à ma vue on l'a fait disparaître. Voilà quel trouble ici m'oblige à m'arrêter, Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter. Que présage, Mathan, ce prodige incroyable ? Mat. Ce songe et ce rapport, tout me semble effroy

able. Ath. Mais cet enfant fatal, Abner, vous l'avez vu. Quel est-il ? De quel sang? Et de quelle tribu ?

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