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Il se réjouissait à l'odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.

On servit, pour l'embarrasser,
En un vase à long col et d'étroite embouchure.
Le bec de la cigogne y pouvait bien passer;
Mais le museau du sire était d'autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris,

Serrant la queue, et portant bas l'oreille.

Trompeurs, c'est pour vous que j'écris:

Attendez-vous à la pareille. Renard, fox; cigogne, stork; compère, master ; frais, expense ; commère, mistress ; régal, treat; apprêts (preparations), dishes ; le galant, the gentleman; besogne (business), fare; brouet, broth, soup; clair, thin; vivait chichement, lived close, stingily; attraper miette, catch a bit; le drôle, the rogue ; lapé, licked up; tromperie, cheat ; prie, invites ; heure dite, appointed time; loua, praised ; très fort, very much ; cuit à point (cooked), ready in time, or it may be understood cooked to perfection ; menus, small, thin; friande, dainty ; pour l'embarrasser, to trick him; col, neck; étroite embouchure, narrow opening; museau, muzzle ; du sire, of the gentleman; mesure (measure), size; il lui fallut, he was obliged ; à jeun, fasting ; serrant la queue, his tail between his legs ; portant bas l'oreille, his ears down ; attendez-vous à la pareille, expect to be served the like.

LE CHÊNE ET LE ROSEAU.

(LE MÊME.)
Le chêne un jour dit au roseau :
Vous avez bien sujet d'accuser la nature;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau;

Le moindre vent qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau

Vous oblige à baisser la tête ;
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil

Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est aquilon, tout me semble zephyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir;
Je vous défendrais de l'orage :

Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.

La nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l'arbuste,
Part d'un bon naturel : mais quittez ce souci ;

Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici

Contre leurs coups épouvantables

Résisté sans courber le dos.
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfants
Que le nord eût portés jusques là dans ses flancs.

L'arbre tient bon; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,

Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts. Chêne, oak; roseau, reed; roitelet, wren; pesant fardeau, heavy burden ; d'aventure, by chance; cependant que, whilst ; aquilon (north wind), high wind; encore, at least; orage, storm; humides bords, damp borders , envers, towards; arbuste, shrub; part, comes; souci, care; redoutables, formidable ; plie, bend; ne romps pas, do not break; courber, bending ; accourt, comes, rushes; flancs, sides ; tient bon, stands firm, resists; déracine, roots up.

LE LOUP ET LA CIGOGNE.

(LE MÊME.)
Les loups mangent gloutonnement.
Un loup donc étant de frairie
Se pressa, dit-on, tellement,

Qu'il en pensa perdre la vie :
Un os lui demeura bien avant au gosier.
De bonheur pour ce loup, qui ne pouvait crier,

Près de là passe une cigogne.

Il lui fait signe; elle accourt.
Voilà l'opératrice aussitôt en besogne.
Elle retira l'os : puis, pour un si bon tour,

Elle demanda son salaire.
Votre salaire ! dit le loup:
Vous riez, ma bonne commère !

Quoi ! ce n'est pas encor beaucoup
D'avoir de mon gosier retiré votre cou ?

Allez, vous êtes une ingrate :
Ne tombez jamais sous ma patte.

Loup, wolf ; cigogne, stork; gloutonnement, greedily; frairie, merrymake ; en pensa, was likely; avant au gosier, deep in his throat ; de bonheur, luckily; accourt, hastens to him; en besogne, at work; retira l'os, extracted the bone ; tour, turn; riez, are joking ; ma bonne commère, my good lady; ne tombez jamais sous ma patte, never come within

my reach.

LE CHAT ET LE VIEUX RAT.

(LE MÊME.)
J'ai lu, chez un conteur de fables,
Qu'un second Rodilard, l'Alexandre des chats,

L'Attila, le fléau des rats,
Rendait ces derniers misérables :
J'ai lu, dis-je, en certain auteur,

Que ce chat exterminateur,
Vrai Cerbère, était craint une lieue à la ronde :
Il voulait de souris dépeupler tout le monde.
Les planches qu'on suspend sur un léger appui,

La mort-aux-rats, les souricières,
N'étaient que jeux au prix de lui.
Comme il voit que dans leurs tanières,

Les souris étaient prisonnières,
Qu'elles n'osaient sortir, qu'il avait beau chercher,
Le galant fait le mort, et du haut d'un plancher
Se pend la tête en bas : la bête scélérate
A de certains cordons se tenait par la patte.
Le peuple des souris croit que c'est châtiment,
Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage,
Egratigné quelqu'un, causé quelque dommage ;
Enfin, qu'on a pendu le mauvais garnement.

Toutes, dis-je, unanimement
Se promettent de rire à son enterrement,
Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tête,

Puis rentrent dans leurs nids à rats,
Puis ressortant font quatre pas,
Puis enfin se mettent en quête.

Mais voici bien une autre fête :
Le pendu ressuscite, et, sur ses pieds tombant,

Attrape les plus paresseuses.
Nous en savons plus d'un, dit-il en les gobant:
C'est tour de vieille guerre; et vos cavernes creuses

Par l'impropriété d'un mot sauvage et bas
Qu'en termes décisifs condamne Vaugelas.

Chr. Est-ce là
Phi.

Quoi! toujours, malgré nos remontrances,
Heurter le fondement de toutes les sciences,
La grammaire, qui sait régenter jusqu'aux rois,
Et les fait, la main haute, obéir à ses lois !

Chr. Du plus grand des forfaits je la croyais coupable.
Phi. Quoi ! vous ne trouvez pas ce crime impardon-

nable ?
Chr. Si fait.
Phi. Je voudrais bien que vous l'excusassiez
Chr. Je n'ai garde.
Bél.

Il est vrai que ce sont des pitiés :
Toute construction est par elle détruite;
Et des lois du langage on l'a cent fois instruite.

Mar. Tout ce que vous prêchez est, je crois, bel et bon; Mais je ne saurais, moi, parler votre jargon.

Phi. L'impudente! appeler un jargon le langage Fondé sur la raison et sur le bel usage!

Mar. Quand on se fait entendre, on parle toujours bien, Et tous vos biaux dictons ne servent pas

de rien.
Phi. Hé bien ! ne voilà pas encore de son style ?
Ne servent pas de rien !
Bél.

O cervelle indocile !
Faut-il qu'avec les soins qu'on prend incessamment
On ne te puisse apprendre à parler congrûment!
De
pas

mis avec rien tu fais la récidive;
Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative.

Mar. Mon Dieu ! je n'avons pas étugué comme vous,' Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.

Phil Ah! peut-on y tenir ?
Bél.

Quel solécisme horrible!
Phi. En voilà pour tuer une oreille sensible.

Bél. Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel :
Je n'est qu'un singulier, avons est un pluriel.
Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?

Mar. Qui parle d'offenser grandmère ni grand-père ?
Ph. 0 ciel!
Bél.
Grammaire est prise à contre-sens par toi.

à
Et je t'ai dit déjà d'où vient ce mot.

Ma foi !
Qu'il vienne de Chaillot, d'Auteuil, ou de Pontoise.
Cela ne me fait rien.

Mar.

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