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QUINAULT-NÉ EN 1636. C'est lui qui, aidé de Lully, créa ou du moins régularisa le drame lyrique, ou l'opéra, en France. Sa composition est en général aussi brillante pour les effets de théâtre que pour le style. Mais son plus grand mérite est dans la façon et l'arrangement des vers, qui flattent continuellement l'oreille par leur douce mélodie. Boileau dans ce vers ironique, “Je le déclare donc Quinault est un Virgile," commit à son égard une injustice, que lui-même ensuite il confessa. Les plus beaux opéras de Quinault sont Alceste, Thésée, Armide, et Rolland.-Mourut en 1688.

BOILEAU DESPRÉAUX-NÉ EN 1636. Le sens droit, la raison, et le goût délicat qu'il fit paraître dans son Art Poétique, lui valurent de la part de ses contemporains le titre de législateur du Parnasse. Aujourd'hui, quelques-uns lui reprochent d'avoir des vues étroites et des principes trop sévères. Quoiqu'il en soit, il est digne à mille égards de conserver le beau titre dont l'honora son siècle. Partout dans le chef-d'ouvre que nous venons de citer, on le voit joindre l'exemple au précepte, attentif à varier le ton de son style, suivant le sujet qu'il traite, et non moins appliqué à le rendre clair qu'à y semer des fleurs ; partout on admire la richesse, l'élégance, la justesse de l'expression, et le fini des vers. Son joli petit poème du Lutrin est l'œuvre d'une imagination créatrice, qui du fond le plus stérile sut tirer une foule de scènes divertissantes. La gaîté en fait le caractère, mais non tout le charme, car les vers en sont parfaits. Ses Epitres, où l'esprit pouvait faire presque tous les frais, sont supérieures à ses Satires, où il fallait de plus une énergie de sentiment, qui semble avoir toute seule manqué à ce grand poète.-Mourut en 1711.

MADAME DESHOULIÈRES-NÉE EN 1638. On a beaucoup vanté ses Idylles. Mais, si l'on en excepte deux ou trois, telles que celles du Printemps et des Moutons empreintes d'un peu de sentiment, les autres sont froides, et n'ont d'autre mérite que celui de l'expression. Il y a de la

sensibilité et de la grâce dans les vers allégoriques adressés à ses enfants. Madame Deshoulières a laissé aussi des Épigrammes, des Madrigaux, et des Chansons assez bien tournées. Ses Odes, ses Eglogues, et sa tragédie de Genséric, méritaient l'oubli où elles sont tombées.-Mourut en 1694.

BOURSAULT—NÉ EN 1638. Ce poète, aussi recommandable pour sa modestie que pour son talent, s'exerça avec peu de succès dans la tragédie, mais se distingua dans la comédie. Quelques pièces épisodiques ou à tiroir, aussi instructives qu'amusantes, telles que le Mercure Galant, Ésope à la Ville, et Ésope à la Cour, ont suffi à sa réputation.-Mourut en 1701.

RACINE (JEAN)-NÉ EN 1639. Digne successeur du Grand Corneille, s'il n'en a pas le génie et l'enthousiasme, il est plus naturel et plus tendre; il a aussi une plus grande connaissance de l'art, plus de goût, un style plus élégant: sa versification est plus soignée, plus correcte et plus harmonieuse que celle de son dévancier. Il a un autre mérite, celui d'avoir créé un genre nouveau, où les passions sont représentées, non comme elles se montrent dans tel exemple, chez tel peuple ou à telle époque, mais avec les traits généraux et caractéristiques sous lesquels elles s'offrent chez tous les peuples, dans tous les temps, et dans toutes les circonstances. Andromaque, Britannicus, Bajazet, Mithridate, Iphigénie, appartiennent à ce genre, et Phèdre en est le plus parfait modèle. Racine semble

y

avoir considéré la passion comme un type abstrait et dégagé de toute particularité individuelle; et c'est ce qui fait dire que Phèdre n'est ni une Grecque, ni une Romaine, ni une Française, mais la femme passionnée de tous les âges et de tous les pays. Athalie, la plus belle tragédie de la scène Française, est à part: les chours en sont ravissants, et regardés avec ceux d'Esther comme les plus parfaits modéles de poésie lyrique. La petite comédie des Plaideurs, quoique dépourvue d'intrigue, ne laisse pas d'être fort gaie et fort plaisante: elle est remarquable aussi pour la pureté de l'expression.-Mourut en 1699.

CHAULIEU-NÉ EN 1639. Il s'est illustré par ses poésies légères où l'on trouve un heureux assemblage de philosophie et de gaîté, d'esprit et de sensibilité, et enfin une sorte de négligence dans l'expression, qui, loin de blesser, annonce un goût exquis.Mourut en 1720.

BRUEYS—NÉ EN 1640.

PALAPRAT—NÉ EN 1650. Poètes dramatiques qui travaillèrent en commun. Nous leurs devons les comédies du Grondeur et de L' Avocat Patelin, pièces très gaies et toujours applaudies.-Brueys mourut en 1723 ; Palaprat mourut en 1721.

LAFARE—NÉ EN 1644. Poète célèbre dans le genre badin. Ses vers respirent cet aimable abandon, cette heureuse facilité, et cette chaleur de sentiment que l'art tenterait en vain d'imiter. Mais ils ont aussi les défauts de la nature livrée à elle-même : on sent que c'est l'amour, que c'est Bacchus, plutôt qu'Apollon, qui les dictaient.--Mourut en 1712.

SAINTE-AULAIRE-NÉ EN 1644. Digne rival de Chaulieu et de Lafare, il s'est comme eux distingué dans la poésie légère. Libre effusion du coeur, aisance, douce harmonie, voilà le caractère de ses compositions, dont les plus agréables, chose singulière, sont l'ouvrage de sa vieillesse. -Mourut en 1742.

HAMILTON-(Voyez vol. i.)

REGNARD_NÉ EN 1647. Cet homme que la passion des voyages éloigna tant de fois de sa patrie, et qui mena si longtemps une vie errante et aventureuse, est notre plus illustre comique après Molière. S'il n'en a pas la profondeur, il en a toute la gaîté. Le Joueur, où l'on dit qu'il s'est peint lui-même, est sa meilleure pièce : c'est celle où il s'est le plus rapproché de Molière

par la vérité et le comique des caractères. Le Légataire Universel et les Ménechmes sont plus gaies, et font beaucoup plus rire. Le Retour Imprévu renferme aussi des scènes fort plaisantes. Mais Démocrite, le Distrait, et les Folies Amoureuses méritent à peine qu'on en fasse mention. Regnard composa aussi un roman et quelques pièces fugitives, qui sont tombés dans l'oubli.-Mourut en 1710.

DUFRESNY—NÉ EN 1648. Auteur dramatique. Nous lui devons quelques comédies dont la gaîté fait le caractère. Les plus amusantes sont le Double Veuvage, la Réconciliation Normande, et le Mariage Fait et Rompu.—Mourut en 1724.

LA FOSSE-NÉ EN 1658. Ce poète doit toute sa réputation à sa belle tragédie de Manlius, bien qu'il ait laissé aussi des poésies fugitives, dont quelques-unes ont de la grâce.-Mourut en 1708.

DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

MORCEAUX CHOISIS.

STANCES SPIRITUELLES.

(MALHERBE.) LOUEZ Dieu par toute la terre, Non pour la crainte du tonnerre

Dont il menace les humains; Mais

parce que sa gloire en merveilles abonde, Et que tant de beautés qui reluisent au monde,

Sont les ouvrages de ses mains.

Sa providence libérale
Est une source générale

Toujours prête à nous arroser :
L'Aurore et l'occident s'abreuvent en sa course;
On y puise en Afrique, on y puise sous l'Ourse;

Et rien ne la peut épuiser.

N'est-ce pas lui qui fait aux ondes
Germer les semences fécondes

D'un nombre infini de poissons ?
Qui peuple de troupeaux les bois et les montagnes,
Donne aux prés la verdure, et couvre les campagnes

De vendanges et de moissons ?

S'abreuvent, drink; on y puise, they draw in it; ourse, bear; épuiser exhaust; ondes, waters.

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