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Et peut-être qu'un jour je les connaitrai mieux.
J'approuve cependant que chacun ait ses dieux,
Qu'il les serve à sa mode, et sans peur de la peine.
Si vous êtes Chrétien, ne craignez plus ma haine,
Je les aime, Félix, et de leur protecteur
Je n'en veux pas sur vous faire un persécuteur.

Gardez votre pouvoir, reprenez-en la marque,
Servez bien votre Dieu, servez notre monarque.
Je perdrai mon crédit envers sa majesté,
Ou vous verrez finir cette sévérité :
Par cette injuste haine il se fait trop d'outrage.

Fél. Daigne le ciel en vous achever son ouvrage,
Et pour vous rendre un jour ce que vous méritez,
Vous inspirer bientôt toutes ses vérités !

Nous autres, bénissons notre heureuse aventure :
Allons à nos martyrs donner la sépulture,
Baiser leurs corps sacrés, les mettre en digne lieu,
Et faire retentir partout le nom de Dieu.

SCÈNES DU TARTUFE.

(MOLIÈRE.) ACTE PREMIER.

SCÈNE I. Madame Pernelle, Elmire, Mariane, Cléante, Damis, Dorine,

Flipote. Mad. Per. Allons, Flipote, allons ; que d'eux je me

délivre. Elm. Vous marchez d'un tel pas, qu'on a peine à vous

suivre. Mad. Per. Laissez, ma bru, laissez ; ne venez pas plus

loin : Ce sont toutes façons dont je n'ai pas

besoin. Elm. De ce que l'on vous doit envers vous l'on s'ac

quitte. Mais, ma mère, d'où vient que vous sortez si vite?

Mad. Per. C'est que je ne puis voir tout ce ménage-ci, Et

que de me complaire on ne prend nul souci. Oui, je sors de chez vous fort mal édifiée; Dans toutes mes leçons j'y suis contrariée;

.

On n'y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c'est tout justement la cour du roi Pétaud.

Dor. Si .

Mad. Per. Vous êtes, ma mie, une fille suivante Un peu trop forte en gueule, et fort impertinente; Vous vous mêlez sur tout de dire votre avis.

Dam. Mais ..

Mad. Per. Vous êtes un sot, en trois lettres, mon fils;
C'est moi qui vous le dis, qui suis votre grand’mère;
Et j'ai prédit cent fois à mon fils, votre père,
Que vous preniez tout l'air d'un méchant garnement,
Et ne lui donneriez jamais que du tourment.

Mar. Je crois
Mad. Per. Mon Dieu ! sa soeur, vous faites la dis-

crète,
Et vous n'y touchez pas, tant vous semblez doucette !
Mais il n'est, comme on dit, pire eau que l'eau qui dort;
Et vous menez, sous cape, un train que je hais fort.

Elm. Mais, ma mère

Mad. Per. Ma bru, qu'il ne vous en deplaise,
Votre conduite, en tout, est tout-à-fait mauvaise;
Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux;
Et leur défunte mère en usait beaucoup mieux.
Vous êtes dépensière; et cet état me blesse,
Que vous alliez vêtue ainsi qu'une princesse.
Quiconque à son mari veut plaire seulement,
Ma bru, n'a pas besoin de tant d'ajustement.

Clé. Mais, madame, après tout ..
Mad. Per.

Pour vous, monsieur
son frère,
Je vous estime fort, vous aime, et vous révère:
Mais enfin, si j'étais de mon fils, son époux,
Je vous prierais bien fort de n'entrer point chez nous.
Sans cesse vous prêchez des maximes de vivre
Qui par d'honnêtes gens ne se doivent point suivre.
Je vous parle un peu franc; mais c'est là mon humeur,
Et je ne mâche point ce que j'ai sur le cour.
Dam. Votre monsieur Tartufe est bien heureux, sans

doute Mad. Per. C'est un homme de bien, qu'il faut que l'on

écoute; Et je ne puis souffrir, sans me mettre en courroux, De le voir quereller par un fou comme vous. .

Dam. Quoi! je souffrirai, moi, qu'un cagot de critique Vienne usurper céans un pouvoir tyrannique; Et que nous ne puissions à rien nous divertir, Si ce beau monsieur-là n'y daigne consentir?

Dor. S'il le faut écouter et croire à ses maximes, On ne peut faire rien qu'on ne fasse des crimes; Car il contrôle tout, ce critique zélé.

Mad. Per. Et tout ce qu'il contrôle est fort bien contrôlé. C'est au chemin du ciel qu'il prétend vous conduire : Et mon fils à l'aimer vous devrait tous induire.

Dam. Non, voyez-vous, ma mère, il n'est père, ni rien, Qui me puisse obliger à lui vouloir du bien: Je trahirais mon cour de parler d'autre sorte. Sur ses façons de faire à tous coups je m'emporte: J'en prévois une suite, et qu'avec ce pied-plat Il faudra que j'en vienne à quelque grand éclat.

Dor. Certes, c'est une chose aussi qui scandalise,
De voir qu'un inconnu céans s'impatronise ;
Qu'un gueux, qui, quand il vint, n'avait pas de souliers,

,
Et dont l'habit entier valait bien six deniers,
En vienne jusques-là que de se méconnaître,
De contrarier tout, et de faire le maître.

Mad. Per. Hé! merci de ma vie! il en irait bien mieux Si tout se gouvernait par ses ordres pieux.

Dor. Il passe pour un saint dans votre fantaisie :
Tout son fait, croyez-moi, n'est rien qu'hypocrisie.

Mad. Per. Voyez la langue !
Dor.

A lui, non plus qu'à son Laurent, Je ne me fierais, moi, que sur un bon garant.

Mad. Per. J'ignore ce qu'au fond le serviteur peut être; Mais

pour homme de bien je garantis le maître. Vous ne lui voulez mal et ne le rebutez Qu'à cause qu'il vous dit à tous vos vérités. C'est contre le péché que son cour se courrouce, Et l'intérêt du ciel est tout ce qui le pousse. Dor. Oui; mais pourquoi, surtout depuis un certain

temps, Ne saurait-il souffrir qu'aucun hante céans ? En quoi blesse le ciel une visite honnête, Pour en faire un vacarme à nous rompre la tête ? Veut-on que là-dessus je m'explique entre nous ? (montrant Elmire.) Je crois que de madame il est, ma foi,

jaloux.

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Mad. Per. Taisez-vous, et songez aux choses que vous

dites.
Ce n'est pas lui tout seul qui blâme ces visites :
Tout ce tracas qui suit les gens que vous hantez,
Ces carrosses sans cesse à la porte plantés,
Et de tant de laquais le bruyant assemblage,
Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage.
Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien :
Mais enfin on en parle ; et cela n'est pas bien.
Clé. Hé! voulez-vous, madame, empêcher qu'on ne

cause ?
Ce serait dans la vie une fâcheuse chose,
Si, pour les sots discours où l'on peut être mis,
Il fallait renoncer à ses meilleurs amis.
Et quand même on pourrait se résoudre à le faire,
Croiriez-vous obliger tout le monde à se taire ?
Contre la médisance il n'est point de rempart.
A tous les sots caquets n'ayons donc nul égard;
Efforçons-nous de vivre avec toute innocence,
Et laissons aux causeurs une pleine licence.

Dor. Daphné, notre voisine, et son petit époux,
Ne seraient-ils point ceux qui parlent mal de nous ?
Ceux de qui la conduite offre le plus à rire
Sont toujours sur autrui les premiers à médire:
Ils ne manquent jamais de saisir promptement
L'apparente lueur du moindre attachement,
D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joie,
Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croie:
Des actions d'autrui, teintes de leurs couleurs,
Ils pensent dans le monde autoriser les leurs,
Et, sous le faux espoir de quelque ressemblance,
Aux intrigues qu'ils ont donner de l'innocence,
Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés
De ce blâme public dont ils sont trop chargés.
Mad. Per. Tous ces raisonnements ne font rien à

l'affaire.
On sait qu'Orante mène une vie exemplaire;
Tous ses soins vont au ciel : et j'ai su par des gens
Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.

Dor. L'exemple est admirable, et cette dame est bonne!
Il est vrai qu'elle vit en austère personne;
Mais l'âge dans son âme a mis ce zèle ardent,
Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant.

a

Tant qu'elle a pu des cours attirer les hommages,
Elle a fort bien joui de tous ses avantages :
Mais voyant de ses yeux tous les brillants baisser,
Au monde qui la quitte elle veut renoncer,
Et du voile

pompeux

d'une haute sagesse De ses attraits usés déguiser la faiblesse. Ce sont là les retours des coquettes du temps : Il leur est dur de voir déserter les galants. Dans un tel abandon, leur sombre inquiétude Ne voit d'autre recours que le métier de prude; Et la sévérité de ces femmes de bien Censure toute chose, et ne pardonne rien ; Hautement d'un chacun elles blâment la vie, Non point par charité, mais par un trait d'envie Qui ne saurait souffrir qu'une autre ait les plaisirs Dont le penchant de l'âge a sevré leurs désirs. Mad. Per. (à Elmire.) Voilà les contes bleus qu'il vous

faut pour vous plaire, Ma bru. L'on est chez vous contrainte de se

taire : Car madame, à jaser, tient le dé tout le jour. Mais enfin je prétends discourir à mon tour. Je vous dis que mon fils n'a rien fait de plus sage Qu'en recueillant chez soi ce dévot personnage ; Que le ciel au besoin l'a céans envoyé Pour redresser à tous votre esprit fourvoyé; Que, pour votre salut, vous le devez entendre ; Et qu'il ne reprend rien qui ne soit à reprendre. Ces visites, ces bals, ces conversations, Sont du malin esprit toutes inventions. Là, jamais on n'entend de pieuses paroles ; Ce sont propos oisifs, chansons et fariboles : Bien souvent le prochain en a sa bonne part, Et l'on y sait médire et du tiers et du quart. Enfin les gens sensés ont leurs têtes troublées De la confusion de telles assemblées : Mille caquets divers s'y font en moins de rien;, Et, comme l'autre jour un docteur dit fort bien, C'est véritablement la tour de Babylone, Car chacun y babille, et tout du long de l'aune: Et pour conter l'histoire où ce point l'engagea . (montrant Cléante.) Voilà-t-il pas monsieur qui ricane

déjà

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