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quatre sources de connaissances, quatre origines d'idées.

Ne voyez-vous pas que vous changez par-là toute sa doctrine ?

Mais qu'est-il besoin de recourir à des témoignages échappés involontairement à quelques auteurs, quand la langue que nous parlons tous, séparant avec une délicatesse exquise le sentiment de la sensation, réserve le premier de ces deux mots aux affections les plus douces ou les plus nobles, pour laisser l'autre aux besoins de la vie ; quand la langue maternelle nous force elle-même à dire et à répéter sans cesse, que la nature n'a pas borné l'homme aux sensations ; qu'elle lui donna le sentiment des rapports, pour le préparer à la connaissance de la vérité, comme elle lui donna le sentiment moral, pour lui faire connaître la vertu.

Osons le dire : la manière dont se forme notre intelligence, n'est pas un mystère plus impénétrable que la plupart de ces phénomènes si long-temps inconnus, aujourd'hui familiers.

Avec du marbre et son ciseau, l'artiste fait une statue : il la fait aussi avec la pierre la plus commune.

Avec des sentimens et ses facultés , l'esprit de l'homme fait une intelligence , il fait son

ne no

intelligence; grossière et terrestre, quand il prend ses matériaux dans les sensations ; céleste et presque divine, s'il la forme avec les élémens les plus purs de la sensibilité.

D'où venaient les innombrables difficultés de ce premier problème de la métaphysique?

Elles étaient surtout dans une expression, dont l'habitude nous empêchait de découvrir le vice et la dangereuse influence.

En appelant la sensibilité du nom de fuculté de sentir, on avait associé deux idées incompatibles. Nous avons séparé ces deux idées. Ainsi séparées, elles ont été aussi fécondes en vérités, que, dans leur réunion, elles avaient été fécondes en erreurs.

L'activité nous a donné le système des facultés de l'âme; et, dans ces facultés, nous avons eu les causes de l'intelligence.

La sensibilité n'a plus été toujours la même. Une observation attentive nous a montré des oppositions de nature , où l'on soupçonnait à peine quelques différences d'espèce. Plusieurs manières de sentir ont donc été constatées ; et Jes sources de l'intelligence ont été reconnues.

On avait placé l'activité dans la sensibilité. On avait placé la sensibilité dans la matière; et dans cette sensibilité, aussi injustement en

noblie qu'injustement dégradée, on n'avait aperçu qu’un phénomène, changeant à la vé: rité dans ses formes, mais invariable dans son essence,

Nous avons dégagé l'activité de la sensibilité; nous avons laissé la matière à son inertie insensible; nous avons séparé le sentiment de tout ce qui n'est pas lui. Alors, dans le sentiment, nous avons vu , non pas un seul phénomène, qui n'aurait annoncé que le premier degré de l'intelligence; mais quatre phénomènes pour l'annoncer toute entière ; quatre élémens également nécessaires pour former la raison de l'homme ; quatre sources d'idées ; quatre origines de connaissances,

A quoi aboutit enfin le travail auquel nous nous livrons depuis l'ouverture du cours ? A quoi se réduisent tant de recherches , tant de discussions? * Je craindrais de le dire à l'amour-propre ; je ne le dirais pas à de faux savans ; mais je le dirai à vous , messieurs. Nous avons expliqué un mot, un seul mot, le mot sentir; ou, si j'avais acquis le droit de penser qu'on ne reconnaîtra plus une faculté de sentir, qu'on ne verra jamais l'activité dans la sensibilité , je dirais que nous avons expliqué un mot encore, le mot agir.

Combien donc il est vrai qu'après les jugemens qui sortent immédiatement de l'expérience, la rectitude ou la fausseté de nos opinions dépend des signes de la pensée !

Et pour finir par où nous avons commencé; pour vous rappeler une proposition dont les développemens appartiennent à la logique , combien il doit être vrai que l'esprit humain est tout entier dans l'artifice du langage !

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CONCLUSION.

L'Analyse de la faculté de penser, et l'analyse de la sensibilité, forment deux théories qui tendent vers le même but.

L'une fait voir comment agit notre âme; l'autre, comment elle est affectée ; réunies, elles nous enseignent comment elle connait.

L'infinie multitude de sentimens qui nous viennent, en foule et sans ordre , de tous les points de l'univers, et de toutes les parties de nous-mêmes , portent à l'âme les affections de plaisir ou de peine, sans pouvoir encore l'éclairer. La pensée agit ; elle est attentive ; elle compare ; elle raisonne. L'esprit démêle et sépare des élémens qui étaient réunis et confondus ; il les distribue en espèces, dont il détermine le caractère , le rang , le nombre : déjà brille la lumière , le jour a pénétré le chaos, et l'intelligence est créée.

Que fallait-il pour amener de tels objets à une telle simplicité ? Il fallait avoir découvert ses principes. ( Préface de l'Esprit des Lois.)

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FIN.

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