Page images
PDF
EPUB
[blocks in formation]
[ocr errors][merged small]

DE M. DE VOLTAIRE

E T

DE M. D' A L EMBER T.

LETTRE PREM I E R E.

DE M. DE VOLT A I R E.

Le 13 de décembre.

En vous remerciant , Monsieur, de vos bontés et
de votre ouvrage sur la cause générale des vents. Du 1746.
temps de Voiture, on vous aurait dit que vous n'avez
pas le vent contraire en allant à la gloire. Madame
du Châtelet est trop newtonienne pour vous dire de
telles balivernes. Nous étudierons votre livre, nous
vous applaudirons , nous vous entendronş même. Il
n'y a point de maison où vous soyez plus estimé.

Partem aliquam venti divům referatis ad aures.
J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentimens d'ef-
time qui vous font dus,
Monsieur,

Votre très-humble et très-obéiffant
ferviteur, Voltaire.

[ocr errors]

1752.

LETTRE I I.

DE M.

D'ALEMBERT.

A Paris, ce 24 d'augufte.

J'ai appris , Monsieur, tout ce que vous avez bien

voulu faire pour l'homme de mérite auquel je m'intéresse, et qui est à Potsdam depuis peu de temps (*). J'avais prié madame Denis de vouloir bien vous écrire en fa faveur, et on ne saurait être plus reconnaissant que je le suis des égards que vous avez eus à ma recommandation. Je me flatte qu'à présent que vous connaissez la personne dont il s'agit, elle n'aura plus besoin que d'elle-même pour vous intéresser en sa faveur, et pour mériter vos bontés. Je sais par expérience que c'est un ami sûr , un homme d'esprit, un philosophe digne de votre estime et de votre amitié, par ses lumières et par ses sentimens. Vous ne fauriez croire à quel point il se loue de vos procédés , et combien il est étonné qu'agissant et pensant comme vous faites, vous puissiez avoir des ennemis. Il est pourtant payé pour en être moins étonné qu'un autre; car il n'a que trop bien appris combien les hommes sont méchans , injustes et cruels. Mon collegue dans l'Encyclopédie fe joint à moi pour vous remercier de toutes vos bontés pour lui , et du bien que vous avez dit de l'ouvrage, à la fin de votre admirable Essai sur le siècle de Louis XIV. Nous

(*) L'abbé de Frades.

connaissons mieux que personne tout ce qui manque à cet ouvrage. Il ne pourrait être bien fait qu'à 1752. Berlin, sous les yeux et avec la protection et les lumières de votre prince philosophe; mais enfin nous commencerons, et on nous en saura peut-être à la fin quelque gré. Nous avons essuyé cet hiver une violente tempête : j'espère qu'enfin nous travaillerons en repos. Je me suis bien douté qu'après nous avoir aussi maltraités qu'on a fait, on reviendrait nous prier de continuer, et cela n'a pas manqué. J'ai refuse pendant six mois, j'ai crié comme le Mars d'Homère; et je puis dire que je ne me suis rendu qu'à l'empressement extraordinaire du public. J'espère que cette résistance fi longue nous vaudra dans la suite plus de tranquillité. Ainsi-loit-il!

J'ai lu trois fois consécutives, avec délices, votre Louis XIV: j'envie le fort de ceux qui ne l'ont pas encore lu; et je voudrais perdre la mémoire pour avoir le plaisir de le relire. Votre Duc de Foix m'a fait le plus grand plaisir du monde; la conduite m'en paraît excellente , les caractères bien soutenus , et la versification admirable. Je ne vous parle pas de Lifois, qui est sans contredit un des plus beaux rôles qu'il у

ait au théâtre ; mais je vous avouerai que le Duc de Foix m'enchante. Avec combien d'amour, de pasfion et de naturel il revient toujours à son objet, dans la scène entre lui et Lisois, au troisième acte ? En écoutant cette scène et bien d'autres de la pièce, je disais à M. de Voltaire comme la prêtresse de Delphes à Alexandre : Ah! mon fils, on ne peut te résister. On nous flatte de remettre Rome sauvée après la SaintMartin : vos amis et le public seront charmés de la

« PreviousContinue »