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avantage ou une modification heureuse, et même une portion de son être.

Quant à l'orage, la foudre, le tonnerre, le tremblement de terre, la fièvre, la peste, la mort, l'enfer, les bêtes fauves, les serpents, les monstres, les plantes vénéneuses et les poisons de toute espèce, toujours sous les encouragements de la science, toujours sous l'influence que les doctrines de l'école exerçaient au temple, les peuples païens les adoraient avec un culte de trépidation et de haine, au lieu du culte de la reconnaissance et de l'amour, afin de se les rendre propices, et les empêcher de leur faire du mal; Ne noceant (1). Et de là l'idolàtrie la plus abjecte et la plus ridicule; de là les superstitions les plus obscènes et les plus absurdes; de là les rites les plus abominables, les sacrifices les plus cruels.

10. Mais cette concurrence de Dieu et de la

(1) « Ipsi, qui irridentur, Ægyptii, nullam belluam, nisi ob « aliquam utilitatem, quam ex ea caperent, consecraverunt. « Velut ibes maximam vim serpentium conficiunt, cum sint aves * excelsæ, cruribus rigidis, corneo proceroque rostro : avertunt « pestem ab Ægypto, cum volucres, angues ex vastitate Lybiæ • vento Africo invectos interficiunt atque consumunt. Ex quo fit, e ut illa nec morsu vitæ noceant, nec odore mortua. Possem de «ichneumonum utilitate, de crocodilorum, de felium dicere, sed a nolo esse longus. Ita concludam, tamen belluas a barbaris * propter beneficium consecratas : vestrorum deorum non modo • beneficium nullum exstare , sed ne factum quidem omnino. * (CICERO, de Natur. Deor.)» .

matière au culte des humains ne put se maintenir longtemps dans des proportions égales. La matière, se dirent encore les peuples païens, repus des doctrines du dualisme, la matière est si bonne, si docile, si résignée ! Elle se laisse tourmenter, déchirer par l'homme, sans se plaindre. Elle fournit à l'homme la nourriture, les vêtements, et tous les moyens de se défendre et de se conserver. Elle lui offre tout le confortable de son existence, tous les agréments et les jouissances de la vie. Si donc on doit regarder comme méchant l'un des deux principes, l'un des deux Dieux qui ont formé l'univers, et s'en disputent la possession et l'empire, ce n'est pas assurément au Dieu-matière, au principe-matière que peut échoir le lot de la méchanceté. D'ailleurs, l'on nous dit que c'est le Dieu-esprit qui a imposé à l'homme des lois, dont il réclame l'exécution sous peine de jugements sans miséricorde, de punitions sans fin; tandis que la matière, si douce et si indulgente de sa nature, ne fait pas de loi, ne menace pas, ne punit pas. C'est donc le Dieu-esprit qui est l'être exigeant, l'être sévère, l'être farouche, l’être implacable, l'être jaloux ; c'est lui qui envie à l'homme les jouissances les plus innocentes, les plus légitimes et les plus naturelles, et c'est lui qu'il faut mettre de côté, qu'il faut oublier, maudir, haïr et chasser du monde, s'il est possible; et si cela n'est pas possible, s'empresser de l'apaiser par toute

espèce de sacrifices, même de l'homme , puisqu'il en veut particulièrement à l'homme.

Telles étaient les horribles conséquences que la logique impitoyable des peuples déduisait de la doctrine du dualisme. Or, toute doctrine, admise dans l'esprit, engendre des sentiments analogues dans le cour, et se traduit en action. Vous comprenez douc, mes frères, pourquoi le sentiment de la crainte servile de Dieu, de la haine même de Dieu, a toujours et partout fait le fond de tous les cultes idolâtres. Vous comprenez pourquoi, chez les peuples païens, un sacerdoce atroce ne leur parlait jamais de la Divinité que pour les engager à l'apaiser par d'affreuses hécatombes de victimes humaines. Vous comprenez enfin pourquoi les peuples païens ont toujours cherché, avec une espèce de rage, de fureur, à tout convertir en Dieu, à faire Dieu de tout, en honte de Dieu, au mépris de Dieu; et pourquoi, selon la grande parole de Bossuet, « tout pour ces peuples était Dieu, excepté le Dieu véritable. »

Tout cela est, vous en conviendrez, mes frères, bien affreux et bien horrible. Mais la raison philosophique ancienne a tiré de l'ignorance volontaire, ou de la négation du dogme de la création, d'autres conséquences bien plus horribles encore et plus affreuses, dont je vais vous présenter le tableau dans ma seconde partie.

DEUXIÈME PARTIE.

11.T 'INCONSTANCE et la variété sont les caractères

Lpropres de l'erreur; de même que l'immutabilité et l'uniformité sont les caractères propres de la vérité. La philosophie ancienne, considérée dans son ensemble, n'était qu'erreur, au moins dans ses principes et dans son but; elle n'a donc pu s'empêcher d'être inconstante et variable. On ferait un excellent et très-utile ouvrage sur l'histoire des variations des sectes philosophiques, comme on a fait un excellent et très-utile ouvrage sur l'Histoire des variations des églises protestantes.

Cicéron ne tarissait pas dans ses reproches à Platon, à Aristote, à Zénon, à cause de la légèreté et de l'inconstance de leurs opinions surles sujets les plus graves de la philosophie (1). Mais Cicéron, qui adressait aux autres ce reproche, a lui-même varié d'une manière bien plus scandaleuse sur ces mêmes sujets. On trouve, dans ses écrits philosophiques, le oui et le non, le pour et le contre, la défense et l'attaque de toute vérité (2).

(1) Voyez Conférences, t. Ier, conférence première, $ 14.

(2) C'est parce que Ciceron, comme presque tous les philosophes du reste, ne faisaient de la philosophie que selon l'humeur du monient, avec une incroyable légereté, ou par vanité

Mais personne plus que Pythagore, le grand maître, le maître par excellence, dont les mots étaient des oracles et les signes même étaient des

ou par amusement, ou, comme on le dit, pour tuer le temps, sans attacher d'autre importance à leurs écrits philosophiques que la réputation qu'ils voulaient se faire, par ce moyen, de grands écrivains. C'est Cicéron lui-même qui nous a appris que c'était là, à peu près, le but que se proposaient les faiseurs de philosophie; car « Ma foi, dit-il, je crains qu'en regardant, d'une part, aux actes des philosophes et à ce qui se trouve de plus parfait dans leur vie, et, d'autre part, à toutes leurs disputes sur des sujets spéculatifs, on ne dise que ces disputes ont été entreprises moins dans un but d'utilité générale pour les hommes, que dans le but de procurer du délassement et de l'occupation aux philosophes eux-mêmes lorsqu'ils n'avaient rien à faire : Profecto omnis istorum disputatio cum horum actibus perfectisque rebus collata vereor ne tantum videatur attulisse negotii hominum utilitati quam quamdam oblectationem otii. Là-dessus Lactance, qui cite ce passage, a dit : a Ah! Cicéron ne devait pas dire je crains, puisqu'il savait qu'il disait la vérité; mais, ayant peur d'être accusé par les philosophes d'avoir trahi le mystérieux secret de la philosophie, il n'a pas osé se prononcer franchement sur ce qui était vrai, c'est-à-dire que les philosophes de disputaient pas pour instruire les autres, mais pour se divertir eux-mêmes : Vereri quidem non debuit, cum verum diceret ; sed quasi timeret ne pro. diti mysterii reus a philosophis accusaretur, non est ausus confidenter pronuntiare quod est rerum: Illos non disputare ut doceant, sed ut se oblectent in otio, » Sénèque a été plus sincère lorsqu'il a dit, sans tant de façons : « La philosophie n'a pas été inventée pour l'avantage de l'âme, mais pour l'amusement de l'esprit : Non ad remedium animæ , sed ad oblectationem ingenii, philosophia inventa est (De Benefic.). » Et Cicéron luimême, dans un autre endroit, a dit : « Si quelqu'un me demande ce qui a fait me décider si tard à écrire sur ces matières (philosophiques), ma réponse est toute prête et facile : Je me mou

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