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dis-je ? elles ne sont pas vêtues, à peine nourries; qui se refusent un tour de lit et du linge blane, qui sont pauvres : et la source de leur misere n'est pas fort loin, c'est un garde-meuble chargé et embarrassé de bustes rares, déjà poudreux et couverts d'ordures, dont la vente les mettroit au large, mais qu'ils ne peuvent se résoudre à mettre en vente.

Diphile commence par un oiseau et finit par mille : sa maison n'en est pas égayée, mais empestée : la cour, la salle, l'escalier, le vestibule, les chambres, le cabinct, tout est volière : ce n'est plus un ramage, c'est un vacarme; les vents d'automne et les eaux dans leurs plus grandes crues ne font pas un bruit si perçant et si aigu; on ne s'entend non plus parlerles uns les autres qne dans ces chambres où il faut attendre, pour faire le compliment d'entrée, que les petits chiens ajont' abové. Ce n'est plus pour Diphile un agréable amusement; c'est une affaire faborieuse et à laquelle à peinc il peui suffire. Il passe les jours, ces jours qui échappent et qui ne reviennent plus, à verser du grain et à nettoyer des ordures : il donne pension à un homme qui n'a point d'autre ministère que de siiller des serins au flageolet, ct de faire couver des canaries. Il est vrai que ce qu'il dépense d'un côté, il l'épargne de l'autre, car ses enfants sont sans maîtres et sans 'éducation. Il se renferme le soir, fatigué de son propre plaisir, sans pouvoir jouir du moindre repos que ses oiseaux ne reposent, et que ce petit peuple, qu'il n'aime que parce qu'il chante, ne cesse de

chanter. Il retrouve ses oiseaux dans son sommeil; lui-même il est oiseau, il est huppé, il gazouille, il perche, il rêye la nuit qu'il mue ou qu'il couve.

Qui pourroit épuiser tous les différents genres de curieux ? Devineriez-vous, à entendre parler · celui-ci de son Léopard, dé sa Plame, de sa Musique *, les vanter comme ce qu'il y a sur la terre de plus singulier et de plus merveilleux, qu'il veut vendre ses coquilles ? Pourquoi non, s'il les achète au poids de l'or? ,

Cet autre aime les insectes, il en fait tous les jours de nouvelles emplettes:c'est sur-tout le premier homme de l'Europe pour les papillons; il en , a de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Quel

temps prenez-vous pour lui rendre visite? il est plongé dans une amère douleur; il a l'humeur noire, chagrine, et dont toute sa famille souffre; aussi a-t-il fait une perte irréparable: approchez, regardez ce qu'il vous montre sur son doigt, qui n'a plus de vie, et qui vient d'expirer; c'est une chenille, et quelle chenille:

Le duel est le triomphe de la mode, et l'endroit où elle a exercé sa tyrannie avec plus d'éclat. Cet usage n'a pas laissé au poltron la liberté de vivre, il l'a mené se faire tuer par un plus brave que soi, et l'a confondu avec un homme de coeur: il a attaché de l'honneur et de la gloire à une action folle et extravaganto; il a été approuvé par la présence des rois ; il y a eu quelquefois une espèce de religion

* Noms de coquillages. . . . . .

å lepratiquer:il a décidé de l'innocence des hommes, des accusations fausses ou véritables sur des crimes capitaux : il s'étoit enfin si profondément enraciné dans l'opinion des peuples, et s'étoit si fort saisi do leur cæur et de leur esprit, qu'un des plus beaux endroits de la vie d'un très-grand roi a été de les guérir de cette folie.

Tel a été à la mode, ou pour le commandement des armées et la négociation, ou pour l'éloquence de la chaire, ou pour les vers, qui n'y est plus. Y a-t-il des hommes qui dégénèrent de ce qu'ils furent autrefois ? Est-ce leur mérite qui est usé, ou le goût que l'on avoit pour eux?

Un homme à la mode dure peu, car les modes passent:s'il est par hasard homme de mérite, il n'est pas anéanti, et il subsiste encore par quelque endroit : également estimable, il est seulement moins estimé.

La vertu a cela d'heureux, qu'elle se suffit à elle. même, et qu'elle sait se passer d'admirateurs, de partisans et de protecteurs : le manque d'appui et d'approbation non seulement ne lui nuit pas, mais il la conserve, l'épure et la rend parfaite : qu'elle soit à la mode, qu'elle n'y soit plus, eile demeure vertu.

Si vous dites aux hommes, et sur-tout aux grands, qu’un tel a de la vertu, ils vous disent, qu'il la garde; qu'il a bien de l'esprit, de celui sur-tout qui plaît et qui amuse, ils vous répondent, tant mieux pour lui; qu'il a l'esprit fort cultivé, qu'il sait beaucoup, ils vous demandent quelle heure il est; ou quel temps il fait : mais si vous leur apprenez qu'il y a un Tigillin qui souffle ou qui jette en sable un verre d'eau-de-vie, et, chose merveillense! qui y revientä plusieurs fois en un repas, alors ils disent: Où est-il? aménez-le moi demain, ce soir; me l'amenerez-vous? On le leur amènc; et cet homme propre à parer les avenues d'une foire, et à être montré en chambre pour de l'argent, ils l'admettent dans leur familiarité.

Il n'y a rien i qui mette plus subitement un homme à la mode, et qui le soulève davantage, que le grand jeu : cela va de pair avec la crapule. Je voudrois bien voir un homme poli , enjoué, spirituel, fút-il un Catulle ou son disciple, faire quelque comparaison avec celui qui vient de perdre huit cents pistoles en une séance.

Une personne à la mode ressemble à une fleur bleue a qui croit de soi-même dans les sillons , ou elle étousse les épis, diminue la moisson, et tient la place de quelque chose de meilleur; qui n'a de prix et de beauté que ce qu'elle emprunte d'un caprice léger qui naît et qui tombe presque dans le même instant ; aujourd'hui elle est courue, les femmes s'en parent; demain elle est négligée, et rendue au peuple.

Une personne de mérite au contraire est une fleur qu'on ne désigne pas par sa couleur, mais que l'on nomme par son nom, que l'on cultive par sa beauté ou par son odeur ; l'une des graces de la · nature , l'une de ces choses qui embellissent le monde, qui est de tous les temps et d'une vogue ancienne et populaire ; que nos pères ont estimée, et que nous estimons après nos pères; à qui ļe dégoût ou l'antipathie de quelques uns ne sauroit nuire ; un lis, une rose.

L'on voit Eustrate assis dans sa nacelle, où il jouit d'un air pur et d'un ciel serein : il avance d'un bon vent et qui a toutes les apparences de devoir durer; mais il tombe tout d'un coup, le ciel se couvre, l'orage se déclare, un tourbillon enveloppe la nacelle, elle est submergéc : on voit Eustrate revenir sur l'eau et faire quelques efforts, on espère qu'il pourra du moins se sauver et venir à bord ; mais une vague l'enfonce, on le tient perdu : il paroît une seconde fois, et les espérances se réveillent, lorsqu’un flot survient et l'abîme, ou ne le revoit plus, il est noyé.

Voiture et Sarrasin étoient nés pour leur siècle, et ils ont paru dans un temps où il semble qu'ils étoient attendus. S'ils s'étoient moins pressés de venir, ils arrivoient trop tard ; et j'ose douter qu'ils fussent tels aujourd'hui qu'ils ont été alors: les conversations légères, les cercles, la fine plaisanterie , les lettres enjouées et faiwilières, les petites parties où l'on étoit admis seulement avec de l'esprit, tout a disparu. Et qu'on ne dise point qu'ils les feroient revivre : ce que je puis faire en faveur de leur esprit, est de contenir que peut-êtrë ils excelleroient dans un autre genre mais les semmos

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