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l'impatience. Il ne voyait dans le systeme de Pichegru qu'un homme à la vérité déterminé à suivre l'impulsion du soldat, mais obstiné à l'attendre. Il observait qu'il eût été plus glorieux pour le général de donner que de recevoir cette impulsion (1); il ne voyait , pour résultats de toutes ces conférences, que des mesures dilatoires (2).

Cependant la conspiration marchait , et les principaux conjurés ne voyant pas arriver l'argent qui devait soutenir et assurer leurs manæuvres, en étaient au point de craindre un éclat prématuré.

En effet, tout était employé pour accélérer la catastrophe. Distribution de nouveaux écrits composés par Demougé (3), par Fénouillot , qui paraît sur la scène en janvier (nivôse an +), suivi d'un immense balot d'imprimés de sa composition (4). Aux distributions d'écrits succèdent des distributions de l'argent qui restait.

La misère , le dénuement absolu, la famine, en tretenus par Pichegru, achevaient de mécontenter le soldat.

Les conjurés, dans le délire de la joie, an

(1) Voyez tom. I des pièces trouvées à Offembourg, pag.

et 116. (2) Ibid. pag. 129. (3) Ibid. pag. 152 et 156. (4) Ibid. pag. 176.

B

nonçaient que le moment de frapper approchait.

Déjà Pichegru avait manifesté ses intentions : il n'était plus arrêté que par des détails ; il avait besoin de s'assurer des officiers qu'il n'avait pa gagner encore , et, pour calmer l'impatience de Condé, il lui faisait écrire en février 1796 (pluviôse an 4):« On ne peut (1) croire que je ne fasse pas ce

qu’on desire de moi, quand même mon opinion » ne m'y porterait pas en plein. Vous savez que » le Gouvernement me déteste sans oser me le » montrer , et me craint. Vous savez comme je » me suis prononcé et me prononce tous les jours, » même trop, contre les gueux qui au fond sont » les seuls qui soutiennent opiniâtrement la ga» geure, et qui seuls tiendront toujours les rennes.

Que dois-je espérer par la suite, si ce n'est d'a» bord des inculpations, puis des persécutions, et » à la suite de cela pis peut-être encore : vous voyez donc

que je suis personnellement intéressé à une » chose

que mon opinion prescrit et que mon caur » desire. Qu'on soit bien persuadé qu'ayant conduit » la chose aussi loin qu'elle l’est, je saurai sans » doute aussi saisir le moment favorable, tel qu'il » le faut pour ne pas manquer le coup. »

(1) Voyez tom. I des pièces trouvées à Offembourg, pag 122. Conversation de Pichegru en février 1796.

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Pichegru employait tous les moyens qui dépendaient de lui pour provoquer ce moment favorable. Il réformait les bons officiers, et les remplaçait par des hommes dévoués à son parti, et poussait à l'explosion (1).

Demougé annonçait le 21 février (2) un mouvement très-prochain à Strasbourg.

L'esprit de l'armée, écrivait-il le 27 (3), se monte ad un tel point , qu'il est impossible qu'il ne s'en suive pas quelque éclat; et les conjurés étaient si sûrs de leur coup, que déjà on songeait à faire en Suisse les acquisitions de bestiaux qui devaient alimenter l'armée. L'entrée du prince de Condé dans Strasbourg n'était plus un problême : on ne pensait plus qu'aux suites de ce grand événement; et ce Courant de Neuchâtel ne s'occupait déjà plus, avec la batonne de Reich, que

des
moyens

de fournir aux soldats des toiles, des bas, des souliers, des mouchoirs, des brassières aux fleurs de lis et des

panaches blancs (4).

Enfin Demougé, annonçant la distribution d'un de ses pamphlets, déclarait en même tems que ce

(1) Voyez tom. I des pièces trouvées à Offembourg, pag. 161. (2) Ibid.

pag.

161 et 162, (3) Ibid. pag. 181 et 182,

.

(4) Ibid.

pag. 188,

serait le dernier ; qu'il n'attendait plus que la proclamation de Pichegru , qui devait précéder le mouvement majeur qui allait se faire dans la troupe (1). Il invitait Wurmser, Condé et Klinglin à se tenir prêts dès ce moment.

Enivré de ces flatteuses espérances, et depuis que les intentions de Pichegru lui étaient connues, Wickham ne dormait plus , par l'effervescence que lui donnait le desir du succès. Il écrivit une très belle lettre à Pichegru , et lui envoya , le 26 février , une trèsbelle pipe (2).

Mais ces belles lettres et cette pipe n'étaient pas ce que les conjurés attendaient de Wickham ; il avait promis de l'argent, et le moment était venu d'acquitter ses promesses.

Demougé en demandait ; il voulait être en état de dire à Pichegru qu'il avait devant lui pour huit jours de marche.

Convaincu de la nécessité de faire arriver des fonds , Fauche-Borel se mit en campagne, et vola auprès de Wickham.

Celui-ci promit d'abord deux cents louis que

3

(1) Voyez tom. I des pièces trouvées à Offembourg, pag. 182.

(2) Ibid. pag. 176. Il se servait de cette pipe sur le chemin de la Guiane,

Demougé devait toucher le 26 (1): ce n'était qu’uni
faible à-compte sur les sommes immenses qui de-
vaient être fournies' aux conjurés : cette modi-
que somme devait être incessamment suivie de
soo,ooo liv. (2).
Mais tout cela n'était

que
des

promesses , et Wickham, désespéré, ou plutôt feignant de ne rien avoir dans une aussi critique circonstance, dépêchait Fauche , avec des lettres très-pressantes , auprès de M. Crafford, alors à Manheim (3).

Wickham écrivait aussi à Condé, et l'assurait que rien ne devait arrêter le mouvement, et qu'on était résolu d'y employer jusqu'à douze millions (4).

Déjà la baronne, toute enthousiasmée , s'adressait au Dieu des miséricordes (s), et ne s'occupait plus que des moyens de faire parvenir cet argent à Strasbourg, et Demougé, pour sûreté de cet envoi, lui recommandait encore de mettre sur les

paquets et en toutes lettres l'adresse à Pichegru (6).

Cependant il fallut, pendant tout ce mois de

(1) Voyez tom. I des pièces trouvées à Offembourg, pag176.

(2) Ibid.
(3) Ibid. pag. 185 et 186.
(4) Ibid. pag. 186.
() Ibid. pag. 176.
(6) Ibid. pag. 184.

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