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parmi des merveilles chimériques. Agréable & toujours utile, noble par fes expreffions hardies, par fes vives figures, & plus encore par les vérités qu'elle annonce, elle feule mérite le nom de langage divin.

Lorfque les hommes eurent transféré aux créatures l'hommage qui n'eft dû qu'au Créateur, la Poéfie fuivit le fort de la religion, confervant toujours néanmoins des traces de fa premiére origine. On s'en fervit dans les commencemens à remercier les fauffes divinités de leurs prétendus bienfaits, & à leur en demander de nouveaux. Il est vrai qu'on l'appliqua bientôt à d'autres ufages: mais, dans tous les tems, on eut foin de la ramener à fa premiére deftination. Héfiode mit en vers la généalogie des dieux: un Poéte très ancien compofa les Himnes qu'on attribue ordinairement à Homére: Callimaque depuis en compofa auffi. Les Ouvrages même qui roulerent fur d'autres matieres, conduifirent & réglérent les événemens par l'entremise & par le ministére des puiffances divines. Ils apprirent aux hommes à regarder les dieux A 6

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comme les auteurs de tout ce qui arrive dans la nature. Homére, & les autres Poétes, nous les repréfentent par tout comme les feuls arbitres de nos deftinées. Ce font eux qui élévent & qui abbattent le courage, qui donnent & qui ôtent la prudence, qui envoient la victoire & qui caufent les défaites. Il ne s'exécute rien de grand ni d'héroïque que par l'affiftance cachée ou vifible de quelque divinité. Et de toutes les vérités qu'on nous enfeigne, celle qu'on nous préfente le plus fouvent, & qu'on établit avec le plus de foin, c'eft que la valeur & la fageffe ne peuvent rien fans le fecours de la Providence.

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Une des principales vûes de la Poésie, & qui étoit comme une fuite naturelle de la premiére, fut auffi de former les moeurs. Pour en être convaincu il ne faut que confidérer la fin particuliére de chaque ef. péce de poéme, & que jetter les yeux fur la pratique la plus générale des Poétes les plus illuftres. Le poéme Epique fe propofa d'abord de nous donner des inftructions déguifées fous l'allégorie d'une action importan

portante & héroïque. L'Ode, de célébrer les exploits des grands hommes, & d'engager par là tous les autres à les imiter. La Tragédie, de nous infpirer de l'horreur pour le crime par les fuites funeftes qu'il entraine après lui, & du refpect pour la vertu par les juftes louanges & les récompenfes qui la fuivent. La Comédie & la Satyre, de nous corriger en nous divertiffant, & de faire une guerre implacable aux vices & aux ridicules. L'Elégie, de verfer des pleurs fur le tombeau des perfonnes qui méritent d'être regrettées. L'Eglogue, de chanter l'innocence & les plaifirs de la vie champêtre. Que fi dans la fuite des tems, on fe fervit de ces différentes fortes de piéces à d'autres ufages, il eft certain qu'on les détourna de leur inftitution naturelle, & qu'au commencement elles tendoient toutes à un même but, qui étoit de rendre l'homme meilleur.

Je ne m'étendrai pas davantage fur cette matiere qui me jetteroit trop loin. Je me réduis à parler des Poétes qui fe font le plus diftingués dans chaque efpéce particuliéres

je

je commencerai par les Grecs, puis je pafferai aux Latins, & les réuniffant pourtant quelquefois en partie, lors fur-tout qu'il s'agira de les comparer enfemble.

Comme j'ai déja touché ailleurs une partie de ce qui regarde ces Ecrivains illuftres, on me permettra, quand les mêmes matieres reviendront, d'y renvoier les Lecteurs, pour ne point tomber dans des redites inutiles & ennuieufes.

ARTICLE PREMIER.

DES POETES GRECS.

On fait que c'eft de la Gréce que la Poéfie a paffé dans l'Italie, & que Rome lui doit toute la gloire & toute la réputation qu'elle s'eft acquife dans ce genre.

§. I. Des Poétes Grecs qui fe font diftingués dans le Poéme Epique.

JE NE range point ici au nombre des Poétes, ni les Sibylles, ni Orphée & Mufée. Tous les Savans conviennent que les poéfies qui portent leur nom font fuppofées,

Ho

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HOMERE.

L'EPOQUE du tems où Homére a Herod. vécu n'eft pas bien certaine.

Héro. lib. 2.

cap. 53.

avant AŃ. M.
d'Hé- 3120.
Av. J. C.
884.

dote la place quatre cent ans
lui. Ufférius met la naiffance
rodote l'an du Monde 3520. Ainfi
celle d'Homére a dû être vers l'an
3120, c'est-à-dire 340. ans après la
prife de Troie.

Le lieu de fa naiffance n'eft pas
plus affuré. Sept villes fe difputérent
cet honneur: Smyrne femble l'avoir
emporté fur les autres.

J'ai parlé du Poéme Epique & d'Homére vers la fin du fecond Tome de cette Hiftoire, & avec beaucoup plus d'étendue dans le premier Tome du Traité des Etudes, où j'ai effaié de faire fentir les beautés de ce Poéte

Il paroit que Virgile, à juger de fes vûes par fon Ouvrage, ne fe propofa rien moins que de difputer & la Grèce l'avantage du poéme Epique, & c'eft de fon rival même qu'il emprunta des armes pour le combat. tre. Il comprit qu'aiant à faire venir des rives du Scamandre le Héros de fon poéme, il auroit befoin d'imiter

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