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Crurent que les lys de la France
Couronneroient leurs léopards.

GODEAU.

Au Roi..

Ta langueur en cette avanture,
Ou la mort s'offroit à nos yeux ,
Ecoit un favorable augure
Pour les desseins des factieux;
Mais la santé te fut renduë,
La révolte toure éperduë
Laissa tomber son noir flambeau ;
Et dans cette orgueilleuse Ville?
Dont elle faisoit son azile ,
Elle rencontra son tombeau..

Toi seul as fçû jetter la foudre,
Dont les efforts plus que mortels,
Réduisant ses remparts en poudre
Ont enfin vengé nos autels..
L'Enfer , qui d'un peuple infidello
Soutenoit l'injuste querelle ,
En vain s'éleva contre toi;
Il ne put avec

ses Furies,
Parmi tes troupes aguerries
Semer la révolte & l'effroi.

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GODEAU.

Neptune qui d'une parolę
Appaise les flors courroucez,
Et par qui les sujets d'Eole
Dans leurs antres sont iepoussez,
Sortir de ses grotes profondes,
Dans ce beau char sous qui les ondes
Ont la fermeté du cristal ;
Et vint lui-même avecque joye,
De ces mains qui bâtirent Troye,
Fermer son superbe canal.

Après ce siége mémorable
Qui combla tes armes d'honneur,
Au sein d'un

repos

favorable
Tu pouvois jouir du bonheur;
Mais fi-tôt que Thémis t'appelle
A quelque entreprise nouvelle,
Tu ne crains ni Coins, ni dangers ;
Tu vas réprimer l'insolence;
Et tu fais voir

que

ta vaillarice Eft le salut des étrangers.

Suze fut bien-tôt emportée ;
Tu yins, tų vis, tu fus vainqueur ;
L'Espagne autrefois redoutée ,
A ton abord perdit le cæur:
Ainsi le Prince dont l'Eglise

I CONSTANTIN,

GODEAU.

Reçut autrefois la franchise,
Força ces orgueilleux remparts ;
Quand par une jufte vengeance,
Contre le perfide Maxence
Il déploya ses étendards.

L'Eridan crut lors * que ses rives,
Par un changement glorieux,
Se verroient pour jamais captives
Sous ton pouvoir victorieux :
Milan, jadis fi redoutable,
Vit de la perte inévitable
Les tristes présages dans l'air;
Mais au lieu de le mettre en poudre,
Pour lui faire craindre la foudre,
Tu ne lui fis voir que l'éclair.

Ce fameux Guerrier dont les larmes
Purent à peine fe tarir,
Alors * qu'il apprit que ses armes
N'avoient qu'un Monde à conquérir 3
Alexandre de qui les Perses,
En tant de rencontres diverses
Sentirent le bras indompté,
Eur après de longues tempêtes
Joui du fruit de ses conquêtes,
S'il eut vaincu sa vanité.

GODEAU.

Tu sçais joüir de ta victoire,
Et la juste pofterité
N'accusera point ta mémoire
D'orgueil, ni de témérité :
Toujours la raison te modere,
Tu commandes à la colere,
Tu réfiftes à la douleur ;
Et quelque dessein qui te 'Aatę,
Tu veux que ta justice éclate
Avant de montrer ta valeur.

Docte & généreuse Italie,
Féconde Nourrice des Arts,
Bcau séjour où la Muse allie
Ses lauriers aux lauriers de Mars;
Pignerol maintenant t'assure
Contre cet ennemi parjure,
Dont tu sentois la cruauté;
C'est l'écueil de son arrogance,
C'est le tombeau de la puissance,
Et l'autel de ta liberté.

Y

Mais sans commettre une injustice,
Puis-je bien parlant de ce lieu
Où le, Ciel nous fut fi propice,
Ne point parler de RICHELIEU ?
Là ce Héros incomparable,
Qui sous un Prince inimitable

Fait des miracles aujourd'hui,
Força les Alpes étonnées,
D'avouer

que leurs Salmonées Trouvoient leur Jupiter en lui.

GODEAU",

Quelle ruse peur te surprendre ?
Sous quels maux est-il abattu ?
Quel ennemi se peut défendre
D'admirer la grande vertu'?
La France à ses mains secourables,
Des maux qu'on jugeoit incurables
Doit-elle pas la guérison?
Et ses exploits font-ils pas croire,
Qae la Fortune & la Victoire
Sont esclaves de la Raison ?.

1

Quel autre, au milieu de l'orage
Qu'excita le Démon du Nord,
Eur avec le même

avantage
Conduir son vaisseau dans le port ?
Il ne craignit point la tempêre
Dont le Ciel menaçoit la tête
Au milieu des peuples mutins :
Tout fut facile à la prudence,
Et sa longue persévérance,
Malgré nous, fit nos bons destins.

Quand la fatale messagere

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