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LE

MÉDECIN MALGRÉ LUI,

COMÉDIE EN TROIS ACTES.

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SUR

LE MÉDECIN MALGRÉ LUI.

Cette comédie en prose et en trois actes fut représentée sur le théâtre du Palais-Royal, le 9 août 1666.

On a écrit que le sujet du Médecin malgré lui étoit pris d'une relation du fameux Grotius, et que ce même conte se trouvoit aussi dans Olearius ; mais Molière, à qui son genre de travail ne mettoit

pas

de pareils ouvrages à la main, l'avoit tiré vraisemblablement d'un ancien fabliau, intitulé le Vilain Mire', c'est-à-dire, le Villageois Médecin, manuscrit ancien, imprimé pour la première fois en 1956. Voici le fond de ce vieux conte.

Un chevalier pauvre est forcé de donner sa fille à un riche laboureur; celui-ci, inquiet' sur le compte de sa femme pendant qu'il est aux champs, imagine de la battre tous les jours avant de sortir, afin que la douleur où il la laissera, puisse le tranquilliser sur sa conduite. La jeune femme, déjà battue plus d'une fois, trouve un jour deux messagiers du roi qui vont passer en Angleterre. Pourquoi fere ? leur demande la femme du vilain.

Si nous envoie un Mire querre,
Disent les messagiers.

La fille le roi est malade,
Il a passé huit jours entiers

Que ne pot boire ne mangier,
Que une arreste de poisson

Li arresta au gavion. Vous n'irez pas si loin, leur dit la femme, lasse d'être battue, et pressée de se venger.

Quar mon mari est, je vos di,
Bons Mires , je le vous afi,
Certes , il scet plus de mécine
Et de vrais jugements d'orine

Que oncques ne sot Ypocras. Mais, ajoute-t-elle, il est d'une si grande bizarrerie et d'une humeur si maussade ,

Qu'il ne feroit pour nelly rien,

$'ainçois ne le battoit-on bien.
Qu'à cela ne tienne, disent les messagiers.


pour

battre ne remaindra. Ils vont donc le chercher, et sur son refus de se dire médecin, ils le battent jusqu'à ce qu'il se laisse conduire auprès du roi, dont il guérit la fille , par une polissonnerie grossière qui excite la princesse à rire, et qui lui fait rejeter l'arête qui l'étrangloit. La répu-, tation

que fait cette cure au Vilain Mire, lui amène beaucoup de pratiques à la cour; il les traite aussi singulièrement que la fille du roi, les guérit, et revient dans sa maison comblé de présens.

Molière, qui, d'après ce fabliau, avoit jadis composé pour la province deux farces sous les titres de Médecin volant et du Fagoteux, y retrouva de quoi bâtir le Médecin malgré lui , dont il eut besoin pour soutenir son Misanthrope.

Il sentoit bien, et il avoit dit très haut qu'il ne feroit jamais mieux, mais il jugea l'esprit du temps, et conçut que ce chef-d'oeuvre avoit besoin d'un plus

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