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C'est le plus petit inconvénient du monde, que de demeurer court dans un sermon ou dans une harangue. Il laisse à l'orateur ce qu'il a d'esprit, de bon sens, d'imagination, de mours et de doctrine, il ne lui ôte rien; mais on ne laisse

pas

de s'étonner que les hommes, ayant voulu une fois у

attacher une espèce de honte et de ridicule, s'exposent, par de longs et souvent d'inutiles discours, à courir tout le risque.

Ceux qui emploient mal leur temps sont les pre: miers à se plaindre de sa brièveté. Comme ils le consument à s'habiller, à manger, à dormir, à de sots discours, à se résoudre sur ce qu'ils doivent faire, et souvent à ne rien faire, ils en manquent pour leurs affaires ou pour leurs plaisirs : ceux an contraire qui en font un meilleur usage en ont de

en

reste.

Il n'y a point de ministre si occupé qui ne sache perdre chaque jour deux heures de temps, cela va loin à la fin d'une longue vie; et si le mal est encore plus grand dans les autres conditions des hommes, quelle perte infinie ne se fait pas dans le monde d'une chose si précieuse, et dont l'on se plaint qu'on 'n'a point assez !

Il y a des créatures de Dieu, qu'on appelle des hommes, qui ont une ame qui est esprit, dont toute la vie est occupée et toute l'attention est réunie à scier du marbre: cela est bien simple, c'est bien peu de chose. Il y en a d'autres qui s'en étonnent, mais qui sont entièrement inutiles, et qui passent les

d'es

jours à ne rien faire : c'est encore moins que de scier du marbre.

La plupart des hommes oublient si fort qu'ils ont une ame, et se répandent en tant d'actions et d'exercices où il semble qu'elle est inutile, que l'on croit parler avantageusement de quelqu'un, en disant qu'il pense; cet éloge même est devenu vul. gaire, qui pourtant ne met cet homme qu'au-dessus du chien ou du cheval.

A quoi vous divertissez-vous? à quoi passez-vous le temps? vous demandent les sots et les

gens prit. Si je réplique que c'est à ouvrir les yeux et à voir; à prêter l'oreille et à entendre; à avoir la santé, le repos, la liberté, ce n'est rien dire : les solides biens, les grands biens, les seuls biens, ne

pas comptés, ne se font pas sentir. Jouez-vous ? masquez-vous ? il faut répondre. Est-ce un bien pour

la liberté, si elle peut être trop grande et trop étendue, telle enfin qu'elle ne serve qu'à lui faire desirer quelque chose, qui est d'avoir moins de liberté ?

La liberté n'est pas oisiveté ; c'est un usage libre du temps, c'est le choix du travail et de l'exercice: être libre, en un mot, n'est pas ne rien faire, c'est être seul arbitre de ce qu'on fait ou de ce qu'on fait point : quel bien en ce sens que la liberté !

César n'étoit point trop vieux pour penser à la conquête de l'univers : il n'avoit point d'autre béatitude à se faire que le cours d'une belle vie, et un grand nom après sa mort : né fier, ambitieux, et se

La Bruyere.' 2.

sont

l'homme que

ne

II

portant bien comme il faisoit, il ne pouvoit mieux employer son temps qu'à conquérir le monde. Alexandre étoit bien jeune pour un dessein si se rieux : il est étonnant que dans ce premier age les femmes ou le vin n'aient plutôt rompu son entres prise.

Un jeune prince ", d'une race auguste, l'amour et l'espérance des peuples, donné du ciel pour prolonger la félicité de la terre, plus grand que ses aïeux, fils d'un héros qui est son modèle, a déjà montré à l'univers, par ses divines qualités et par une vertu anticipée, que les enfants des héros sont plus proches 2 de l’être que les autres hommes.

Si le monde dure seulement cent millions d'années, il est encore dans toute sa fraîcheur, et presque que commencer: nous

mêmes nous touchons aux premiers hommes et aux patriarches: et qui pourra ne nous pas confondre avec eux dans des siècles si reculés ? Mais si l'on juge par le passé de l'avenir, quelles choses nouvelles nous sont in: connues dans les arts, dans les sciences, dans la na: ture, et j'ose dire dans l'histoire!quelles découvertes ne fera-t-on point! quelles différentes révolutions ne doivent

pas

arriver sur toute la face de la terre, dans les états et dans les empires! quelle ignorance est la nôtre ! et quelle légère expérience que celle de six ou sept mille ans !

Il n'y a point de chemin trop long à qui marche lentement et sans se presser : il n'y a point d'avan. tages trop éloignés à qui s'y prépare par la patience.

ne fait

Ne faire sa cour à personne, ni attendre de quelqu'un qu'il vous fasse la sienne, douce situation, âge d'or, état de l'homme le plus naturel!

Le monde est pour ceux qui suivent les cours ou qui peuplent les villes : la nature n'est que pour ceux qui habitent la campagne; eux seuls vivent, eux seuls du moins connoissent qu'ils vivent.

Pourquoi me faire froid, et vous plaindre de ce qui m'est échappé sur quelques jeunes gens qui peuplent les cours? êtes-vous vicieux, ô Thrasille ? je ne le savois pas , et vous me l'apprenez : ce que je sais est que vous n'êtes plus jeune.

Et vous qui voulez être offensé personnellement de ce que j'ai dit de quelques grands, ne criez-vous point de la blessure d'un autre ? êtes-vous dédaigneux, malfaisant, mauvais plaisant, flatteur, hypocrite? je l'ignorois', et ne pensois pas

à vous ; j'ai parlé des grands.

L'esprit de modération, et une certaine sagesse dans la conduite, laissent les hommes dans l'obscurité : il leur faut de grandes vertus pour

être connus et admirés, ou peut-être de grands vices.

Les hommes, sur la conduite des grands et des petits indifféremment, sont prévenus , charmés , enlevés

par la réussite: il s'en faut peu que le crime heureux ne soit loué comme la vertu même, et que le bonheur ne tienne lieu de toutes les vertus. C'est un noir attentat, c'est une sale et odieuse entreprise, que

celle
que

le succès ne sauroit justifier. Les hommes, séduits

par

de belles apparences

et

de spécieux prétextes, goûtent aisément un projet d'ambition que quelques grands ont médité; ils en parlent avec intérêt, il leur plaît même par la hardiesse ou par la nouveauté que l'on lui impute, ils

у sont déjà accoutumés, et n'en attendent que le succès, lorsque, venant au contraire à avorter, ils décident avec confiance, et sans nulle crainte de se tromper, qu'il étoit téméraire et ne pouvoit réussir.

Il y a de tels projets ", d'un si grand éclat et d'une conséquence si vaste, qui font parler les hommes si long-temps, qui font tant espérer ou tant craindre, selon les divers intérêts des peuples, que toute la gloire et toute la fortune d'un homme y sont commises. Il ne peut pas

avoir scène avec un si bel appareil, pour se retirer sans rien dire; quelques affreux périls qu'il commence à prévoir dans la suite de son entreprise, il faut qu'il l'entame, le moindre mal pour lui est de la manquer.

Dans un méchant homme il n'y a pas de quoi faire un grand homme. Louez ses vues et ses projets, admirez sa conduite, exagérez son habileté à se servir des moyens les plus propres et les plus courts pour parvenir à ses fins: si ses fins sont mauvaises, la prudence n'y a aucune part; et où manque la prudence, trouvez la grandeur si vous le pouvez,

Un ennemi est morta, qui étoit à la tête d'une armée formidable, destinée à passer le Rhin ; il savoit la guerre, et son expérience pouvoit être

paru sur la

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