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Tout ce qui est au-dessus de l'intelligence du Vulgaire ,eft a
fes yeux, ou sacré., ou prophane , ou abominable.

Tome II. pages 3 & 4.

NOUVELLE ÉDITION,

revue , corrigée & augmentée.
TOME TROISIEME.

A PARIS;

Chez les Libraires Affociés..

M. DCC. XCIL

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ATV

LE COMPERE

MATHIEU,

O U LES BIG ARRURES

DE L'ESPRIT HUMAIN.

CHAPITRE XXVIII.

LORSQUE nous eûmes tiré de notre cabane tout ce qui nous convenoit, nous reprîmes le chemin par lequel nous étions entrés dans le pays : enfuite nous tirâmes à travers une plaine fabloneuse droit à une chaîne de montagnes qui paroissoient à deux ou trois lieues de nous.

Lorsque nous fûmes au pied de ces montagnes, nous jugeâmes qu'elles étoient inhabitées; c'est pourquoi nous entreprîmes de les passer , & en moins de deux heures nous fùmes de l'autre côté. Alors nous nous arrêtâmes près d'une fontaine qui fortoit d'un rocher, & nous fimes nos

Tome III,

dispositions pour passer la nuit dans cet endroit.

Cette nuit fut moins employée à dormir qu'à réfléchir & raisonner sur ce que nous venions de voir. Le Compere , honteux d'avoir été la dupe de ses fausles conje&ures , perfiftoit toujours à vouloir être assommé: le Révérend alloit enfin le fatisfaire ; mais Vitulos vint à bout de leur faire entendre raison.

Lorsque le jour fut venu , nous tinmes conseil sur le chemin que nous avions à prendre. Il fut résolu que nous tirerions droit au midi , pour tâcher d'aborder dans quelque contrée du Mogol, & paffer de là à Surate, & de Surate en Europe.

Nous marchâmes pendant huit jours à travers des pâturages immerises, parsemés de quelques bocages, & entrecoupés de ruiffeaux. Au bout de ce temps nous rencontrâmes une horde de trois à quatre cents Tartares, qui nous régalerent d'abord de quelque pintes de lait, & qui finirent par nous voler nos armes & tout ce que nous avions, malgré la résistance de Pere Jean, les reproches du Compere, les représentations de Vic tulos, les cris de Diego & mes pleurs.

Lorsque nous eûmes quitté ces Tartares , nous poursuivîmes notre route ; mais nous n'avions plus de quoi tirer du gibier pour nous nourrir: notre seule reflource ne consistoit plus que dans les herbes & les racines. Heureusement que nous découvrîmes parmi ces dernieres une espece de raifort qui étoit d'assez bon goût, & très-nourrissant.

De temps en temps nous rencontrions encore quelques Tartares, qui nous régaloient comme les autres, & qui nous auroient volé de même, fi nous eussions eu encore quelque chose à voler. Enfin, au bout de trois mois de fatigues & de

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périls de toutes especes, nous arrivâmes dans le Mogol.

Il s'agissoit de traverser ce vaste Empire , & de vivre un peu plus à notre aife que nous n'avions fait jusqu'alors; mais nous n'avions pas le fou. Pere Jean, qui avoit été notre prote&eur , notre appui, notre réconfort en mille occasions, le fat encore dans celle-ci. Il connoisfoit parfaitement les simples; il se mit à en chercher de propres contre différentes maladies , & s'annonça pour Médecin dans la premiere ville que nous rencontrâmes. Mais le délabrement de fon habit fut la cause que l'on ne se fia pas d'abord à ce qu'il s'efforçoit de faire entendre. A la fin, ayant guéri une femme d'une fiévre maligne, && un homme d'un mal de jambe jugé incurable , les pratiques lui vinrent en foule, & les présents lui tomberent de toutes parts.

Au bout de quelque séjour dans cet endroit, nous continuâmes notre route de ville en ville & nous arrivâmes à Lahor, où la renommée avoit déjà devancé notre Esculape.

A peine fûmes-nous dans cette ville , que les principaux de l'endroit voulurent voir la Révé reuce: c'etoit à qui le fêteroit, à qui l'emploieroit dans les circonstances où fon ministere étoit nécessaire. Enfin, au bout de trois mois nous avions pour plus de deux mille écus de bien , tant en argent qu'en bijoux, étoffes , &c.

Nous étions réfolus de séjourner au moins un an dans cette ville , lorsqu'un soir le Révérendiffime ayant goûté d'un pot de confitures qu'on lui avoit envoyé, se trouva tout-à-coup attaqué d'une colique affreuse. Il ne douta point que les Médecins de Lahor, jaloux de ses succès, ne l'euffent fait empoisonner. Il eut recours à tous

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