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ESSAI

SUR

LA VIE ET LES ÉCRITS DE P. L. COURIER'.

La vie d'un grand écrivain est le meilleur com- taine façon roide, précieuse, uniforme, assez exacto, mentaire de ses écrits; c'est l'explication et pour mais sans chaleur, sans vie, décolorée ou faussement ainsi dire l'histoire de son talent. Cela est vrai, sur pittoresque; cette manière, enfin, qu’un public, tout de celui qui n'a point suivi les lettres comme trop facilement pris aux airs graves, a tout à une carrière, et dont l'imagination, dans l'âge de fait acceptée comme un grand progrès littéraire. l'activité et des vives impressions, ne s'est point L'exemple est contagieux, et l'applaudissement appauvrie entre les quatre murs d'un cabinet ou donné au mauvais goût pervertit le bon : aussi n'adans l'étroite sphère d'une coterie littéraire. S'il est t-on plus aspiré à des succès d'un certain ordre, qu'on aujourd'hui peu d'écrivains dont on soit curieux de ne se soit efforcé d'écrire comme les hommes soisavoir la vie, après les avoir lus, c'est qu'il en est disant forts; il a fallu revêtir cette robe de famille peu qui frappent par un caractère à eux, et chez pour se faire compter comme capacité, pour n'être qui se révèle l'homme éprouvé et développé, à tra- point accusé de folle résistance à la révolution opévers un grand nombre de situations diverses. Les rée par le dix-neuvième siècle dans les formes de mèmes études faites sous les mêmes maîtres, sous la pensée. l'influence des mêmes circonstances et des mêmes Si l'affranchissement complet du joug des condoctrines, le même poli cherché dans un monde ventions d'une époque peut être regardé comme le qui se compose de quelques salons, voilà les sour- principal caractère du talent, Paul-Louis Courier a ces de l'originalité pour beaucoup d'écrivains qui, été l'écrivain le plus distingué de ce temps; car il se tenant par la main depuis le collége jusqu'à l'A- n'est pas une page sortie de sa plume qui puisse cadémie, vivant entre eux, voyant peu , agissant être attribuée à un autre que lui. Idées, préjugés, moins encore , s'imitent, s'admirent, s'entre-louent vues, sentiments, tour, expression , dans ce qu'il a avec bien plus de bonne foi qu'on ne leur en sup- produit, tout lui est propre. Vivant avec un passé po se. De là vient que tant de livres, dans les genres que seul il eut le secret de reproduire, et devenu les plus différents, ont une physionomie tellement lui-même la tentation et le désespoir des imitateurs, semblable, qu'on les prendrait pour sortis de la même il a toujours été, pour ainsi parler, seul de son plume. Vous y trouvez de l'esprit, du savoir, de la bord , allant à sa fantaisie, tenant peu de compte profondeur parfois. Le cachet d'une individualité des réputations, même des gloires contemporaines, un peu tranchée n'y est jamais. C'est toujours cer- et marchant droit au peuple des lecteurs, parce Cette notice a été écrite en 1829 pour la première édition

qu'il était plus assuré d'être senti par le grand noindes ouvres complètes de Paul-Louis Courier; nous la conser- bre illettré qu'approuvé par les académiciens et les vons dans cette pouvelle édition sans aucun changement. Mais docteurs de bonne compagnie. Trop savant pour depuis cinq ans, de si étranges choses se sont passées; tant de prédictions de Paul-Louis Courier se sont accomplies ; ses n'avoir pas vu que nul ne l'égalait en connaissance jugements les plus hardis sur les hommes et sur les choses ont des ressources générales du langage et du génie reçu une vérification si triste! Il a été, d'un autre côté, si cruellement démenti dans les seuls éloges qu'il ait eu en sa vie le tort particulier de notre littérature, convaincu que ses de donner à un personnage de sang royal, qu'une revue des vagabondes études lui avaient appris ce que les écrits de Paul-Louis Courier eût inspiré aujourd'hui M. Ar

livres n'avaient pu enseigner à aucun autre, il n'émand Carrel tout autrement qu'en 1829. Depuis lors le nom de Paul-Louis Courier a beaucoup grandi; celui de son bio couta ni critiques ni conseils. Au milieu de gens qui graphe de 1829 a acquis une importance politique et littéraire semblaient travailler à se ressembler les uns aux qui ajoute au prix de ses premiers écrits. L'Essai sur la vie et les écrits de Paul-Louis Courier a d'ailleurs été assez re

autres, et qui faisaient commerce des douceurs marqué en 1829 pour qu'on puisse le considérer comme insé réciproques de la confraternité littéraire, il se préparable de toute édition qui pourrait être ultérieurement don

senta seul, sans prôneurs, sans amis, sans compères, née des OE wores de Paul-Louis Courier.

(Note des éditeurs.) parla comme il avait appris, du ton qu'il jugea lui

P. L. COURIER.

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noms

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convenir le mieux, et fut écouté. Il arriva jusqu'à | ber aux sciences. Il entrait toujours plus à fond la célébrité sans avoir consenti à se réformer sur dans cette littérature unique , devinant déjà tout le aucun des exemples qui* l'entouraient, sans avoir profit qu'il en devait tirer plus tard en écrivant sa subi aucune des influences sous lesquelles des talents langue maternelle. Cependant la révolution éclatait. non moins heureusement formés que le sien avaient Les événements se pressaient, et menaçaient d’arraperdu le mouvement, la liberté, l'inspiration. Mais cher pour longtemps les hommes aux habitudes stuaussi quelle vie plus errante et plus recueillie; plus dieuses et retirées. Le temps était venu où il fallait semée d'occupations, d'aventures, de fortunes di- que chacun eût une part d'activitédans le mouvement verses; plus absorbée par l'étude des livres et plus général de la nation. On se sentait marcher à la singulièrement partagée en épreuves, en expérien-conquête de la liberté. La guerre se préparait. On ces, en mécomptes du côté des événements et des pouvait présager qu'elle durerait tant qu'il y aurait hommes ? En considérant cette vie, on convient des bras en France et des émigrés au delà du Rhin. qu'en effet Courier devait rester de son temps un Les circonstances voulurent donc que le jeune écrivain tout à fait à part.

Courier sacrifiât ses goûts aux vues que son père Paul-Louis Courier est né à Paris en 1773. Son avait de tout temps formées sur lui. Il entra à l'épère, riche bourgeois, homme de beaucoup d'esprit cole d'artillerie de Châlons : il y était au moment et de littérature, avait failli être assassiné par les de l'invasion prussienne de 1792. La ville était alors gens d'un grand seigneur, qui l'accusait d'avoir sé tout en trouble, et le jeune Courier, employé comme duit sa femme, et qui en revanche lui devait , sans ses camarades à la garde des portes, fut soldat vouloir les lui rendre, des sommes considérables. pendant quelques jours. L'invasion ayant cédé aux L'aventure avait eu infiniment d'éclat, et le séduc- hardis mouvements de Dumouriez dans l’Argone, teur de la duchesse d'O... avait dû quitter Paris et Paul-Louis eut le loisir d'achever ses études milialler habiter une province. Cette circonstance fut taires; enfin, en 1793, il sortit de l'école de Châheureuse pour le jeune Courier. Son père, retiré lons officier d'artillerie, et fut dirigésur la frontière.

de ont été popularisés par le Simple Discours et la des plus singulières assurément qu’aient vues les Pétition des Villageois qu'on empêche de danser, longues guerres et les grandes armées de la révoluse consacra tout à fait à son éducation. Ce fut donction. Ceci n'est point une exagération. Ouvrez nos en ces lieux mêmes, et dans les premiers entretiens énormes biographies contemporaines. Presque à paternels, que notre incomparable pamphlétaire chaque page est l'histoire de quelqu'un de ces cipuisa l'aversion qu'il a montrée toute sa vie pour toyens , soldats improvisés en 1792, qui, faisant une certaine classe de nobles , et ce goût si pur de à

peu de la guerre leur métier, s'avancèrent l'antiquité que respirent tous ses écrits. Il s'en fal- dans les grades et moururent, çà et là, sur les lait beaucoup, toutefois, que l'élève fut deviné par champs de bataille, obtenant une mention plus ou le maître. Paul-Louis était destiné par son père à moins brillante. Quelle famille n'a pas eu ainsi son la carrière du génie. A quinze ans, il était entre les héros , dont elle garde encore le plumet républicain mains des mathématiciens Callet et Labey. Il mon- ou la croix impériale , et qu'elle a eu le soin d'imtrait sous ces excellents professeurs une grande mortaliser par une courte notice dans le Moniteur facilité à tout comprendre, mais peu de cette cu- ou dans les tables nécrologiques de M. Panckoucke? riosité, de cette activité d'esprit, qui seules font Toutes ces vies d'officiers morts entre le grade de faire de grands progrès dans les sciences exactes. capitaine et celui de commandant de brigade ou Son père eût voulu que ses exercices littéraires ne de division se ressemblent. Quand on a dit leur fussent pour lui qu'une distraction, un soulagement enthousiasme de vingt ans, le feu sacré de leur à des travaux moins riants et plus utiles. Mais Paul-age mûr, leurs campagnes par toute l'Europe, les Louis était toujours plus vivement ramené vers victoires auxquelles ils ont contribué, perdus dans les études qui avaient occupé sa première jeunesse. les rangs , les drapeaux qu'ils ont pris à l'ennemi, La séduction opérée sur lui par quelques écrivains enfin leurs blessures, leurs membres emportés, leur anciens, déjà ses modèles favoris, augmentait avec fin glorieuse, il ne reste rien à ajouter qui montre les années et par les efforts qu'on faisait pour le en eux plus que l'homme fait pour massacrer et pour rendre savant plutôt qu'érudit : il eût donné, di- être massacré. C'est vraiment un bien autre héros sait-il, toutes les vérités d’Euclide pour une page que Courier. Soldat obligé à l'être, et sachant le méd'Isocrate. Ses livres grecs ne le quittaient point; tier pour l'avoir appris, comme Bonaparte, dans une il leur consacrait tout le temps qu'il pouvait déro-école, il prend la guerre en mépris dès qu'il la voit de

peu

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