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ES 21

vouloit un plus grand nombre d'aulli peu fondées.

A l'égard du manteau de Sinhar, c'est-à-dire, de Bahylone, on peut voir dans le 20. Phaleg de Bochast une partie des pensées des Interprétes. Parmi celles que ce savant homme

. réfute , il n'y en a aucune qui ait été plus généralement reçûe que celle qui établit, que cette épithéte de Sinbar, ou de Babylone , marque non l'étofle, mais la couleur de ce manteau , & Pon prétend que cette couleur étoit de pour pre. Il est certain que les étoffes couleur de pourpre ont été anciennement fort estimées. Mais 21 Bochart foûtient que les Babyloniens n'ont été experts dans l'art de teindre de cette maniére, que plusieurs siécles après celui de Josué. Il prétend même que cet art étoit venu de Tyr à Babylone : ce qu'il prouve par un passage de 22 Pline. Il veut que le terme de Babylonien désigne ici le mélange de diverses couleurs, duquel les Babyloniens ont été les premiers inventeurs, comme il le fait voir par des pallages de 23 Tertullien, de 24 Martial, de 2s Lucrece, 26 d'Elien , de 27 Plaute , & de plusieurs autres. Il s'autorise de l'opinion 28 de

Jo-
Non ego pretulerim Babylonica picta superba

Texta , Semiramiâ qua variantur. acu.
Voi. auffi lib. XIV. epigram. 150.
Hac tibi Memphitis tellus dat munera , vitta eft

Pectine Niliaco jam Babylonis acu.
25 LUCRET. lib. IV. verí, 122,

Cùm Babylonica magnifico splendore rigantur. 26 ÆLIAN. variæ lib. VIII. cap. 7. pag. 149: 27 FLAUTUS in Sticho A&. 2. Sceni. 2. verf. 54.

Tum Babylonica peristromata confutaque taperia

Adrexit nimium bona rei. 28 JOSEPH. Antiquit. lib. V. cap. I. fe&t. io. pag 182.

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Joséphe, qui dit qu'Achan avoit pris une Robe
royale toute tissue d'or.

Josué non content du témoignage d'Achan,
voulut en voir la vérité de ses propres yeux: &
la faire connoitre à tout le peuple. Il fit fouil-
ler dans la Tente de ce malheureux, où l'on
trouva toutes les choses qu'il avoit retenues. Jo-
fué les exposa en la présence de tous les Ifraë-
lites, afin que convaincus de la vérité de ce
crime, & frapez de fon horreur , ils reconnus-
sent la justice du supplice qui seroit infligé au
criminel.

Dicu avoit déjà décidé la maniére , dont il devoit être puni. En ordonnant à Josué de faire des perquisitions pour découvrir qui étoit celui qui avoit troublé Israël, il lui avoit commandé qu'après l'avoir découvert, on le brul⢠avec tout ce qui lui appartenoit. Nous donnons à cette sentence le sens le plus favorable dont elle est susceptible. Nous entendons par Ces choses appartenantes à Achan, & qui doivent être brulées, les biens de cet homme, & non sa Famille. Quand même rious ferions concraints d'avouer, (& je reconnois que

les

paroles de l'original peuvent réveiller cette idée, quę cette Famille dût subir le même châtiment que son Chef, nous ne trouverions dans cet ordre aucune difficulté infoluble : car outre que Dieu est toûjours le maitre de notre vie, & qu'il a droit de nous l'enlever , & par les voies que bon lui semble, outre que certe "Fainille étoit elle-même chargée de pechez, nous pouvons fuppofer qu'elle avoit trempé dans le crime de fon Chef. En ce cas la justice demandoit qu'el

le 29 Voi. VORSTIU s sur la pag. 100. du chap. 38.

2

le subît le même supplice. C'est une 29 maxime des Juifs, que celui qui est complice d'un crime, est aust coupable que celui

celui qui le commet. Il ne faut pourtant pas augmenter les difficultez. Rien ne nous contraint de croire que Dieu ait ordonné, que les personnes de la Maison d'Achan fussent brulées avec lui; comme il' ne paroit pas que la sen:ence les regardât, nous croyons que ce que l'Histoire sainte dit touchant son exécution, ne les regarde point aussi : & ce n'est point ici le lieu d'éclaircir ces endroits de nos Ecritures, dans lesquels on voit des innocens envelopez dans le fupplice des coupables. Quoiqu'il en soit, c'étoit participer en partie au supplice de son Chef de Famille que d'en être soi-même le témoin : c'est tout ce à quoi Dieu condamna celle d'Achan, pour lui inspirer une jufte horreur du crime qui lui attiroit un sort sí funeste. L'Historien dit que Fofué., o tout Ifraël avec lui se faifirent d'Achan, Josué, de l'argent, du manteau , du lingot d'or, de les fils, de les filles, de les bæufs, de ses ânes, de les brebis , dle tente, e de tout ce qui étoit à lui; que tous les Ifraëlites Paffommérent de pierres, le brulérent au feu.

Il temble qu'on voulut dans cette occasion que le supplice de la lapidation précedât celui du feu, afin d'exécuter la sentence que Dieu avoit prononcée contre Achan, mais en la prenant dans le lens le plus doux qu'il étoit permis de lui donner. Or Dieu avoit bien ordonné que celui qui auroit été surpris avec de l'inter. dit fut brulé, mais non qu'il fut brulé vif. On crut fatisfaire à cet ordre en lapidapt Achan a

vant de PIRXE ELIEZER,

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VII.

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vant que de le bruler. 30 Ceux des Rabins, qui pendant que Jérico fut prise un jour de Saba bat , disent que le malheureux Achan avoit profané la sainteté de cette Fête en retenant ce qui devoit être voué à Dieu: qu'il fut lapidé comme violateur du Sabbat, & brulé comme Sacrilege.

Il est vrai pourtant que les Juifs bruloient vifs certains criminels. Et fi nous nous en raportons

à si leur tradition, on enterroit jusques au cou celui qui avoit été condamné à ce lupplice, on lui ouvroit la bouche avec un linge, & l'on y jettoit du plomb fondu.

Il est inutile de justifier Josué d'une espéce de despotisme, qu'il semble avoir exercé dans cette occasion. . Quand il auroit de la propre autorité fait mourir Achan d'une mort violena te, il l'auroit pû fans outrer le pouvoir, dont il étoit revêtu. Pouvoit-il en faire un meilleur usage que d'exterminer un homme, qui venoit de donner un exemple si pernicieux, & dont l'imitation eût été capable d'arrêter les triomphes des Israelites ? Il ne faudroit pas juger de cet évenement par les cas ordinaires : dans ceuxci il falloit deux témoins pour condamner un homme à la mort: mais le témoignage de l'Oracle valoit mieux que celui de deux hommes, & Achan avoit déjà temoigné contre lui-mê. me en confeflant son crime.

D'ailleurs les 32 Juifs disent, que le Roi avoit l'autorité de condamner un criminel sur la déposition d'un seul témoin. David semble a

de.

30 JARChI in Jofua VII, 25. pag. 19.

31 Joh. HENR. HOTTINGER. jus Hebræorum Lex: 45. 46. pag. 58. & Lex 224. 225. pag. 335. SCHICKARD.jus Regium Hebræor. Theorem. 14. cap. 4. pag. 264.

2 Sam. voir porté fon pouvoir plus loin, lorsqu'il fit . 25, mourir sans aucune formalité de justice celui , qui avoit hâté la mort de Saiil, sous prétexte d'abréger & de terminer ses miséres. Josué exerçoit par l'ordre de Dieu une puissance plus que royale sur Ifraël.

Mais comme nous l'avons déjà insinué, nous n'avons pas besoin de ces solutions: Josué ne fit qu'exécuter la fentence, que Dieu lui-même avoit prononcée contre celui qui seroit trouvé coupable du crime, dont Achan venoit d'être convain

cu.

XVIII.

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XXV, 2

Lorsque qu'elle fut exécutée, on voulut en conserver la mémoire. Non seulement les ICraëlites donnérent le nom d'Achor , c'est à-dire, valée de trouble, au lieu dans lequel Achan avoit été lapidé, mais comme * cela se pratiquoit * Voi.

2 Sam. dans d'autres occasions, ils firent avec les pierres, qui avoient servi à le lapider, un monu- 17. Jofué ment, qu'ils érigérent sur ses cendres : & ce v111.29. monument subsistoit encore dans le

Esaïc

temps que Josué écrivoit cette Histoire : peut-être Jer. ir.

ix aussi ces paroles de fon livre, ils dresférent un it. monceau de pierres jusques à ce jour , doivent-elles être rangées parmi celles qu'Efdras , ou quelque autre Auteur inspiré, a inserées dans le texte, long temps après Josué. Le but de ceux, qui dresférent ce monceau, étoit de rappeller sans cesse à tout Israël la mémoire du crime d'Achan, & l'obligation indispensable

O

32 Voi. SCHICKAR D. ibid. Theorem, 14. cap. 4. pag. 255: MAIMONIDES Hal. Sanhed. cap. 18. & in Hal, Melach. fin. cap. 3. 700 73).

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