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Jelon les Familles : la Famille que l'Eternel aus ra saisie s'approchera selon fes Maisons : & la Maison que

l'Eternel aura faisie ,s'approchera selon ses Têtes.

Il n'est pas étonnant que ce qu'il y a de concis dans cet ordre cause une grande diversité d'opinions. On sent bien qu'il faut suppléer quelque chose à ces paroles, vous vous approcherez, mais il n'est pas aisé de déterminer si c'est de l'Arche, ou du Sacrificateur , ou en général du Tabernacle, que les Ifraëlites devoient s'approcher. Il n'est pas aisé non plus de juger si chaque

fi Famille, si chaque Maison devoit s'approcher en la personne de fon Chef seulement, ou fi chaque individu étoit compris dans cet ordre. Mais ce qui est le plus digne de nos recherches, & que nous n'aurons pas moins de pcine à découvrir, c'est l'idée qui doit être attachée à cette expression, la Tribu qui sera faise, 'la Famille qui fera saisie. De quelle maniére é toit-on faisi? C'est une question , sur laquelle nous n'oserions entreprendre de rien décider. Plus timides & plus circonspects à mesure que nous avançons dans l'Histoire fainte, plus effrayez que jamais des suites funestes de l'esprit décisif, qui exerce sa cyrannie sur les sujets les plus importans , après l'avoir portée sur ceux qui le sont le moins, nous nous contentons de rapporter historiquement les pensées des Savans, sans oser en adopter aucune, losqu'ils ne nous fournissent pas des secours pour nous y ranger avec sûreté.

Quel

.

7 PIRKE ELIEZER cap. 38. pag. 99

.

8 Voi. Talmud Bava bathra fol. 122. col. 1. voj. aufla BUXTORF. Hiftor. Urim o Thum. pag. 303.

1

; . Quelques Juifs disent, que c'étoit devant le Souverain Pontife revêtu de l'Ephod, que chaque Ifraëlite devoit pafler : que quand la Tribu, ou la Famille, qui étoit coupable paroiffoit devant ce mystérieux vétement, les pierres précieuses, dont il étoit enrichi, perdoient leur éclat.

: Quelques autres Docteurs de la même nation, suivis de plusieurs Interprétes Chrétiens, ont crû que ce fut le Sort , qui fit discerner l'in« nocent d'avec le coupable. , Masius pense qu'on jetta d'abord douze Sorts dans une urne, fur chacun desquels étoit le nom d'une des dous ze Tribus: qu’on jetta ensuite autant de Sorts qu'il y avoit de Familles dans la Tribu, qui avoit été trouvée coupable: ensuite autant qu'il y avoit de Maisons dans cette Famille, & puis autant qu'il y avoit de Têtes dans cette Maison,

10 D'autres joignent ces deux manières de découvrir la vérité. Ils disent que la pierre de

. PEphod, sur laquelle étoit écrit le nom de la Tribu coupable, fut d'abord obscurcie:& qu'on jetta ensuite le Sort, pour connoitre quelle é: toit la Famille, quelle la Maison, quelle la tê: te, qui avoit commis le crime.

Mr. le Clerc conjecture que le Souverain Sacrificateur, devant lequel il reconnoit que les Ifraëlites devoient comparoitre , fut éclairé d'une maniére furnaturelle, qu'il fût par infpiration qui étoit celui qui avoit pris de l’interdit, & qu'il le fit connoitre à toute l'Assemblée.

Si 9 Masius in Jof. VII. 14. dans le 2. vol. des gr, Crit. pag. 1997;

io Voi. ibid.
Ji Claricus in Fol

. VII. 14. pag is

XI. 7.

* Voi. Orée iv.

Si aucune de ces opinionis n’est fondée fur des argumens démonstratifs, elles ont du moins pour elles des probabilitez. Mais 2 ceux qui

avancent qu’étre Jaisi, c'étoit demeurer immobia' ✓ le devant l'Arche, ne peuvent s'autoriser d'aucun exemple.

Nous mettons dans le même rang le lentiment d'un is Rabin , qui dit que le visage de ceux qui étoient innocens devenoit rayonnant de lumiére, lorsqu'ils passoient devant l’Arche, au lieu que celui du criminel perdoit entiérement la couleur naturelle.

Quoiqu'il en soit sur cette circonstance, ce

fut un homme de la Tribu de Juda qui fut faifi. '. 1 Chron. Il est ici appellé Ackan

Ailleurs on le nomme Achar, peut être à cause du trouble qu'il avoit excité dans tout Ifraël , car Achar vient d'un

mot qui veut dire troubler , & l'on voit * des IS. X. 5. Bethel," exemples de pareils changemens de nom. qui figni- L'Histoire fainte en faisant mention de la fie Mai- Généalogie de ce malheureux, dit qu'il étoit Dieu, eft fils de Charmi, que Charmi étoit fils de Zabdi appellée que celui-ci étoit fils de Zara, dont Juda étoit Bethaven, le père. Ne voilà que cinq Chefs de Famille, Maison & peut-être que cinq Générations, pour remd'iniqui, plir l'espace de deux cens soixante-cinq ans.

Cela semble fortifier l'opinion contre laquelle on a fait de fi solides objections , je veux dire l'opinion de ceux qui croyent que dans ces fiécles-là, on ne contractoit des mariages qu'à l'âu ge de cinquante, ou de cinquante-cinq ans. Josué exhorta Achan à ne pas aggraver lon

cri. 12 KIMCHI sur Josué VII. 13. &c. fol. 307.

13 A ARON BEN CHAJI Min Lef Aharon, dans BuxTor F. ubi superiùs , pag. 303. 304.

14 PIRKE ELIEZEK cap. 38. Voi, aysli les notes

*

Jon de

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crime en niant de l'avoir commis. La manié. re, dont il lui parla, marquoit qu'il étoit anime de zéle pour les loix divines", plûtôt que de haine personnelle contre celui qui seroit trouvé coupable de les avoir violées: Mon Fils, lui Jofué

VII. 192 dit-il, je te prie, donne gloire d l'Eternel le Dieu d'ifraël: confesse lui ton péché, & ne le cache point. Les Juifs ont raison de regarder la repentance d'un crime comme le moyen le plus efficace d'en obtenir le pardon Mais peut-être outrentils la matiére, quand ils établissent cette 14 maxime générale, qu'un homme qui est puni par la justice humaine, après s'être reconnu coupable, n'a plus rien à craindre de la justice divine.

Achan fut touché de cette exhortation : il confessa que parmi le butin , qu'ils avoit fait dans le sac de Jérico, il y avoit un manteau de Josué Sinhar, deux cens fiecles d'argent , & une piece, VII. 24 ou comme on peut traduire, un lingot d'or du poids de cent ficles: il avoua que ces objets avoient embrasé sa cupidité, qu'il s'en étoit saisi , & qu'il les avoit enfouis dans sa Tente, où l'on pourroit les trouver encore: sur quoi 's St. Ambroise releve, avec plus d'énergie que de précision , l'empire que l'avarice prend sur les cæurs: Josué, dit-il, pût arrêter le cours du Soleil, mais tout fon pouvoir ne pût suffire à arréter le cours de l'avurice. Pendant que l'Astre du jour devient immobile à la voix de ce Général , Pavarice fait des progrès. Jofué remporte la victoire quand le Soleil retarde fa mørche ; il est sur le point de la

perde VORSTIUs fur cet endroit pag. 224. Dans le Talmud de Jerus. tit. Sanhedrin cap. 4. il est dit qu'Hacan De sera pas puni dans le siécle à venir.

15 AM BR os, tom.V.de Oficiis lib.II. cap.26. pag 495.

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perdre , quand. Pavare poursuit la fienne.

Il suffit d'avoir marqué qu'Achan attira sur lui l'exécration du ferment, qui avoit été prononcé contre ceux qui retiendroient de l'interdit, & il est peu important de lavoir quelles ém toient précisément les chofes qu'il s'étoit inju. stement appropriées. Nous sommes d'autant moins portez à agiter cette question, que nous manquons de secours pour y fatisfaire.

Nous avons fait . ailleurs l'estimation des fi, cles. Il paroit par ce que nous en avons dit après les Sayans, que l'argent, qui avoit été volé

par Achan, valoit environ quatre cens écus d'Allemagne, à savoir les deux cens ficles cent écus, & trois cens la piece d'or,

Mais on demande ce que c'étoit que cette piece d'or, & ce que c'étoit que ce manteau de Sinhar. Sur la premiére question on convient assez unanimement, que l'or, dont il s'agit ici, étoit en lingot. Quelques 17 Juifs ont pourtant dit que c'étoit une Idole: " d'autres que c'étoit l'épée de quelque Divinité du Paganisme, & nommément du Dieu Mars. Cette derniére pensée est de 19 Villalpand. Il seroit aisé de multiplier les conjectures, fi notre Lecteur en

VOU16 Dans notre I. vol. Discours XXI. pag. 332. &c. 17 PIRKE ELIEZER cap. 38. pag. 99.

18 VILLALPAND." Appar. tom. III. part. 2. lib. 2, Disput. 4. cap. 23 pag. 384. col. 2.

20 BOCHART Phaleg. lib. I. cap. 6. pag. 25. 21 Ibid. pag. 29.

22 Plin. tom. I. lib. VIII. cap. '4 Colores diversos pillura intexere Babylon maxime celebravit , & nomen imposuit. Je me sers de la nouvelle édition du Père HARDOUIN, pag. 476.

23 TERTULLIA N. de habitu homin. cap. I. pag 250. 24 MARTIAL. Epigram. lib. VIll. epigr. 28. verf. i7.

19 Ibid.

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