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XXXIII.

moigné plus de condescendance , & plus de support envers ces peuples idolâtres ? Cette rai

son est clairement exprimée dans le Chap. XX. Verf. 16. du Deuteronome: V011 ne laifferez vivre perfor. 17.18.

ne de ces peuples, que l'Eternel vatre Dieu vous a Voi, auf

donnez en beritage. De peur qu'ils ne vous apsi Deut. VII. 3. 4. prennent les mémes abominations , dont ils ufént Et Nom- à l'égard de leurs Dieux. bres 4. Une quatriéme considération , que font 51. 52. quelques Interprètes pour justifier la conduite

que Dieu tint envers les sept nations, c'est qu'il leur témoigna une grande charité, lors même qu'il deploya contre elles ses plus sévéres jugemens. On prétend que Josué ne traita fi

rigou. reusement les habitans de Jérico, qu'après leur avoir offert la paix : on soutient qu'il agit de la même maniére à l'égard de tous les autres peuples, qu'il s'asservit dans le païs de Canaan. Nous examinerons dans le Discours suivant le fondement de cette pensée que nous rejettons, quoiqu'elle soit fi propre en elle-même à appuier ce que nous avançons sur la justice des châtimens

que Dicu infligea aux Cananéens. Quoiqu'il en soit sur cette question, & quand Dieu n'auroit pas usé de cette condescendance envers ces peuples , il est démontré qu'il n'y eut rien que de juste dans la sentence qui les condamnoit à Pinterdit. Ce que nous avons dit de leurs crimes, du support que Dieu leur avoit témoigné, des fuites linistres qu'auroit eu un plus long délai de leur châtiment, toutes çes considérations justifient suffisamment cette

pro

76 Nombres 31. 32.

77 Tract. Talm, Moed Katon fol. 17. & Sanhedrin fol. 113. & Beraihoth fol. 54.

proposition, sans qu'il soit besoin de la quatriéme réflexion ; que nous nous fesons un scrupule d'adopter , quelque favorable qu'elle soit au sentiment que nous solltenons, mais qui ne nous semble

pas

bien prouvée. Il n'y eût que deux exceptions à la sentence générale prononcée contre Jérico. 1. Dieu voulut que Pon conservát tout l'or, tout l'argent , tous les vases d’airain & de fer qui seroient dans cette ville, & qu'on les fit servir à l'usage du Tabernacle, sans doute après les avoir purifiez, 76 comme cela se pratiquoit dans ces occasions. 77 Les Juifs disent que ces choses appartenoient à Dieu, parce que jérico fut prise un jour de Sabbat. Ce fut plûtôt un hommage que Dieu exigeoit des Israëlites, & par lequel ils devoient témoigner qu'ils lui attribuoient la victoire qu'ils venoient de remporter, & qu'ils lui allouoient le tribut , qui lui étoit dû comme à leur Général.

La leconde exception fut en faveur de Rahab. Dieu voulut qu'on lui tint fidélement la promesle qui lui avoit été faite, & qu'on eût pour elle la reconnoissance qui lui étoit dûe, & qu'elle étoit en droit de fe promettre pour avoir dérobé les Espions'aux recherches de leurs poursuivans. La bonne foi, la droiture, font aussi religieusement observées dans les Guerres que Dieu dirige , que dans la plus profonde Paix. 78 Les Juifs ont outré l'idée qu'ils se font formée de la reconnoiffance de Jofué en. yers Rahab : ils disent qu'il l'épousa. Nous

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aurons

78 Voi. Masius in Jofuam VI, 25. dans le 2 vol. des gr. Critiques pag. 1575. & SALIAN. Annal. Ecclef. in ann. 2584 pag. 331.

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aurons occasion dans la suite de parler du glo. rieux poste qu'elle occupa dans la République d'Israël Il lui fut pourtant ordonné de se tenir hors du Camp, sans doute jusqu'à ce qu'elle eût abjuré l'idolatrie, & qu'elle se fût purifiée selon les rites qui étoient prescrits aux Profelytes.

Nous n'avons plus qu'une remarque à faire sur la prise de Jérico, c'est que quoique nous ayons paru pancher vers le sentiment de ceux, qui pensent qu'il n'étoit pas permis d'offrir la paix à aucun des Cananécns, & qu'il falloit les mettre tous à l'interdit, nous reconnoissons pourtant qu'il y eût quelque chose de particu

lier dans la maniére , dont Dieu ordonna aux Voi. Jo- Ifraëlites de traiter la ville de Jérico. Dans les

occasions ordinaires il étoit permis de prendre du butin, d'épargner les femmes & les enfans, nous en trouverons plusieurs exemples. Dieu usa ici d'une rigueur particuliére pour faire concevoir une plus grande horreur pour la conduite de ces Cananéens, qu'il traitoit d'une façon fi rigoureuse. D'ailleurs il voulut avoir un hommage de dépendance des Ifraëlites, en les foûmettant à la loi difficile dans l'exécution, de faire un facrifice général à la justice divine, non seulement des hommes, dont les armes & la valeur auroient pû leur être redoutables, mais des femmes même qui auroient flaté leur cupidité, des esclaves & des enfans qui leur auroient été utiles.

Comme la prise de Jérico étoit un miracle de la toute-puissance divine , Josué voulut que la mémoire en fût conservée jusques dans les siécles à venir, soit afin que l'on détestât à jamais un peuple, contre lequel ce miracle avoit

été

été opéré, loit pour inspirer de la reconnoissance à ceux en faveur desquels il avoit été fait. Josué crût que le monuinent le plus magnifique, qu'on pourroit avoir de la prise miraculeuse de cette ville, feroient les ruines de la ville même. Et pour empêcher qu'elle ne fût rebâtie , il fit cette imprécation contre celui qui oseroit l'entreprendre: Maudit foit de par l'Eter- Josué ve, nel celui qui relevera férico. Si quelcun a l'audace 26. , d'en jetter les fondemens, que ce foit sur la tête de fon fils ainé, & s'il en pose les portes, c'est-àdire, s'il acheve de la bâtir, que ce soit sur celle de fon plus jeune fils. 79 Maimonides a apperçu la raison que nous avons indiquée touchant la défense de rebâtir Jérico, quoiqu'il soit dans le préjugé de la plậpart des Docteurs de sa nation, qui veulent que les murailles de cette ville ayent été englouties par la terre: Jofué, dit ce Rabin, prononça anathéme contre ceux qui ree bâtiroient férico, afin que la mémoire du miracle, que Dieu avoit fait en la détruisant , ne fût jamais effacée. Cår tous ceux qui jettoient les yeux fur ces ruines, comme englouties dans la terre, vozoient clairement que c'étoit le débris d'une ville détruite par miracle, e non par la main des hommes.

L'imprécation de Josué inspira de la terreur aux Ifraëlites pendant longtemps. Tous ceux qui pouvoient avoir la pensée de rebâtir Jérico auroient craint de ne pouvoir le faire sans qu'il leur en coûtât les plus précieuses victimes. S'il y eut des Ifraëlites qui oférent habitor, & peutêtre bâtir une ville auprès des ruines de l'ancienne Jérico, il n'y eut pendant plus de cinq cens ans perfonne qui osat s'établir dans le lieu

mau. 79 More Nevochim part. II. cap. 5. pag. 512.

1

maudit par Josué, quelque agréable & quelque avantageuse qu'en fût la situation. Ce fut probablement près des ruines de cette ville qu'étoit la ville des Palmiers, dont il est parlé dans plufieurs endroits de l'Histoire sainte ; & s'il est

dit dans le second livre de Samuel, que les Dé2 Sam.

putez de David aux Ammonites demeurérent à Jérico jusqu'à ce que leurs barbes fussent crues, cela fignifie seulement, qu'il y avoit encore quelques maisons dans le lieu où avoit été Jérico , & que ces maisons en portoient le nom , non qu'elle eût été rétablie dans son premier état.

Mais la crainte , qu'avoit inspiré l'anathême í Rois de Josué, diminua avec le temps , & s'évanouit XVI. 34. enfin entiérement. On vit sous le Regne d'A

chab un homme de Bethel appellé Hiel entreprendre, ou par une ignorance criminelle de T'Histoire fainte, ou par une rebellion directe contre ses Oracles, de rebâtir une ville, qui devoit être à jamais un monceau de ruines. Il fut puni de son crime en le commettant. La mort d’Abiram, & celle de Segub, dont l'un étoit l’ainé, & l'autre le plus jeune de ses fils, juftifiérent l'Oracle prononcé contre le téméraire Réparateur de Jérico. Il y a même plusieurs Interprétes qui croyent, qne l'anathême lancé par Josué devoit enveloper toute la famille de celui qui rebâtiroit cette ville, & que cette façon de parler, Jon ainé, & fon dernier , signifie tous les enfans d'un même père, ce qui eft probable, mais qui ne nous semble pas suffisamment prouvé.

Au reste, cette manière de prononcer des exécrations contre ceux qui rebâtiroient une ville , a été aufli en usage parmi les Payens.

Stra

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