Page images
PDF
EPUB

hommes coupables de certains crimes : c'est la signification de ce paslage du Levitique: Nul interdit , devoué par Pinterdit d'entre les hommes, Chap. ne se rachetera , mais on le fera mourir de mort. Ce xxxu. 29. dernier yæu étoit quelquefois conditionel, & quelquefois absolu. Il étoit conditionel, quand on fesoit væu de faire périr ceux qui tiendroient une certaine conduite, nous trouvons dans le Chap. XXI. du Livre de Juges un exemple du Cherem des hommes, conditionel. L'Historien rapporte, que les Ifraëlites avoient juré de punir de mort tous ceux qui nc monteroient pas vers l'E

Juges ternel à Mitspa. C'est ainsi que Saül en pour-.xxi. 5: suivant les Philistins avoit fait prêter ce serment à toute fon Armée : Mardit soit l'homme, qui 1 Sam. mangera de quoi que ce puisse être avant le soir. XIV. 25. C'est ainsi que les Juifs autrefois envoyoient un formulaire de malediction à tous les Ifraëlites pour leur signifier la peine qu'ils viendroient à encourir, s'ils violoient quelcun des articles du Droit facré, ou du Droit civil. Je ne rapporterai que l'extrait de ce Formulaire: 75 Par le decret des villes, par Pordre des Saints, nous adjurons, exterminons, excummunions , maudissons & avons en exécration, par la volonté de Dieu de l'Eglise , par le Livre de cette Loi , par les DCXIII. préceptes qui y sont contenus , par l'Anathéme dont Jofué anathématifa la ville de Jérico, par la malediction qu'Elisée prononça contre les jeunes gens qui le poursuivoient , & par celle dont il maudit fon serviteur Guehazi , par l’excommunicam tion que lançoient autrefois les Juges de la Synagogne, &c. par toutes sortes d'anathêmes , imprecations , maledictions , excommunications , .cu autres

dif 75 Sepher Colbo fol. 144.

[ocr errors]
[ocr errors]

différentes maniéres d'exterminer, qui ont été en 16Jage du temps de Moyse notre maitre , ou après lui, par le nom d' Achthariel Jah, Dieu des Armées, par le nom de Michael ce grand Chef, par le nom de Mitraton , nom semblable à celui de fon maitre, par le nom de Sandalphson qui lie les souliers à Jon Seigneur, par le grand nom qui est de quarantedeux lettres, par le nom de celui qui apparut di Noyle dans le buisson, par le nom en vertu duquel Moyle fendit les eaux de la Mer Rouge, par le myRére du nom ME SUIS CELUI QUI SUIS, copar le mystére du nom de quatre lettres, par l'Ecriture qui est gravée sur les Tables , par le non des

Splères, des Cercles, des Animaux faints, des An- . ges fervans , par le nom de tous les. Anges, qui font les Ministres du Dieu Souverain, que tout homme, 011 toute femme israelite, qui le sachant & de bon gré rivlera quelcun des préceptes , dont on lui prescrit lohfervation , foit maudit par le nom glorieux de refplendissant , que prononce le Souverain Pontife dans le grand jour des expiations , qu'il soit maudit par le Cicl é par la Terre, &c. S'il est dans le 22:cis de Nilun , que l'Ange Uriel, qui y prépide,

P le mamille, conjointement avec toute sa classe. S'il ojt au mois de fiar, que l'inge Tseplaniel, qui y pséide, le maudiffe , conjointement avec toute sa clasje, óc. Qu'il soit muudit par les sept Anges qui président sur les sept jours de la semaine , & par toutes leurs claffes: qu'il soit audit par les quatre Anges, qui président aux 916tre faisons de Pannée, ca par toutes leurs claff's: qu'il soit maudit par les fept Palais : qu'il fuit mandit par les Princes de la Loi, par le nom de la Couronne , par le nom du sceau, cc. Mais pour vous, qui V01s attachez à votre Dieu, prosperez. Que celui qui a beni Abraham, fanc, Jacob, Moyfe, Aaron,

[ocr errors]

trouveo

David, Salonon, les Prophétes d'Ifraël, cCux qui parmi les Gentils ont de la pieté, vous venille, c. Amen. Voilà des exemples du Cherem conditionel, qui regardoit un crime qu'on viendroit à commettre.

Le vou absolu regardoit, comine j'ai dit, un crime déjà commis, & l'on envelopoit dans ce vou, non seulement la personne du criminel, mais même tout ce qui avoit fervi d'instrument au crime.

Sans nous arrêter davantage à examiner tous ces différens Anathêmes, dont on ra de plus amples explications dans les Ouvrages que nous citons : il nous suffit ici de remarquer, que quand Dieu ordonne à Jofué de mettre à l'interdit la ville de Jérico , & tout ce qui y étoit contenu , il est question du dernier genre de Cherem. Les Ifraëlites éto cnt obligez

de faire mourir les hommes, les femmes, les enfans qu'ils trouveroient dans Jérico, de raser la ville, ou d'y mettre le feu, & de détruie re entiérement, non seulement les criminels, mais tout ce qui avoit fervi d'instrument à leur crime.

Cette idée, que nous donnons de l'interdit, fuffit déjà pour prouver qu'il n'y eût rien que de juste dans la sentence qui y livra les Cananéens. Elle ne paroitra trop rigoureuse qu'à ceux qui n'auront pas réfléchi sur les crimes de ces peuples, sur la longueur de l'intervalle pendant lequel la patience divine les avoit invitez à la repentance, sur les marques que Dieu leur donna de fon support, dans le temps même qu'il sembloit les traiter avec la derniére sévérité, & sur les' sinistres suites qu'auroit produit un plus long support.

E 3

1. Les

1. Les crimes de ces peuples étoient des plus atroces. Mais on doit éviter, quand on traite ce sujet , de donner une idée de la corruption des Cananéens, qu'on ne puisse justifier par l'Histoire des temps qui ont précédé leur ruine. Nous ne devons pas reprocher à ceux, dont parle Josué, des excès que commirent leurs .. descendans, excès dont nous n'avons aucune raison lolide de nous persuader qu'ils ayent été eux-mêmes coupables. Pour prouver que ceux que le Peuple d’ltraël mit à l'interdit, étoient dignes d'un traitement si rigoureux, il faut tirer l'idée de leurs déréglemens des temps qui précédérent la punition que Dieu en fit. Quoi que nous ayons peu de monumens de ce période, nous en savons assez pour connoitre que les maux, que Dieu infligea au peuple de Ca. naan, étoient encore au-dessous de ceux qu'ils avoient méritez. Moyse après avoir donné aux Ifraëlites des loix contre l'idolatrie la plus grossiére & la plus abominable, contre l'inceste, contre la sodomie, contre la bestialité, contre le sacrifice des vićtimes humaines , dit expres- . sément, que les nations du pais de Canaan és toient coupables de tous ces crimes : que la terre étoit lafle de porter des hommes si abominables, & que c'étoit la raison pour laquel

le ils avoient été chassez de leur pais par les 11Levit. raelites : Ne vous fouillez point par aucune de

ces choses comme ces nations , que je vais chasser de

vant vous, dont je vais punir l'iniquité en forte Voi aussi que la terre vomira ses habitans. Et dans le Chap. Deut. XII. du Deuteronome ce Legislateur après a

voir interdit la barbarie qui portoit les hommes

à facrifier leurs enfans au Soleil, adresse cette 31. exhortation aux Ifraëlites ; Prenez garde que vous

ne

XVIII.

24.

[ocr errors]

IX. 4.

Verf. 30.

:

[ocr errors]

ne tombiez dans le même piege que ces peuples, que Dieu extermine de devant vous : ne recherchez point leurs Dieux: ne dites point, je prendrai ces nas tions-pour modéle

2. Ce cultes abominables & ces crimes affreux n'étoient pas nouveaux en Canaan. Il y avoir déjà plusieurs siécles que les Cananéens se donnoient en spectacle de dépravation dans la Religion, & de corruption dans les mæurs, & c'est là une seconde réflexion qui justific la rigueur, dont Dieu usa envers eux . Il les avoit supportez durant un long intervalle. C'est une chose remarquable, que quand il promit à Abraham la Terre de Canaan , il lui dit que l'exécution de cette promesse feroit différé encore pour quatre cens ans, & il en allégue cette raison, c'est que l'iniquité des Amorrhéens (& Genel. par les Amorrhéens il faut entendre tous les XV. 16, peuples du pais de Canaan) n'étoit pas encore par. venue à son comble : c'est à dire, le temps de ma vangeance n'est point encor arrivé: je ne détruirai point encor les Amorrhéens, je leur donnerai quatre cens ans pour se repentir: & je ne les chasserai de leur pais que lorsque ce long intervalle sera paslé. Mais le délai de la punition ne servit qu'à leur fournir de nouvelles occasions de s'abandonner au crime, & felon la maxime de Salomon: Parce que la fenten- Ecclef. ce contre les mauvaises autres ne s'exécuta pas in. V11.11. continent, le cæur des Amorrhéens fut plein d'une vie de mal faire.

3. Un traitement moins rigoureux envers les sept nations auroit été funeste aux Ifraëlites. Ils adoptérent souvent le genre d'idolatrie, que Dieu avoit puni par leurs propres mains. Que n'auroient-ils point fait, si Dieu avoit té

moi.

E 4

« PreviousContinue »