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pourtant par les circonstances de l'Histoire que ce fut un évenement tout miraculeux. A quoi j'ajoûte, que quand il seroit vrai que le bruit auroit pû produire cet effet, il auroit toûjours fallu un miracle pour faire connoitre à Josué d'une maniére si juste la proportion qu'auroient ces fons avec la situation de Jérico, & sur-tout avec la matiére dont les murs de cette ville és toient composez. C'est tout ce dont nous avons besoin pour justifier le miracle de la chute de Jérico, & c'est aussi ce que nous nous contendons de proposer.

6s Les Juifs disent sur quelques légérès cono jectures, que ce septiéme jour, qui vit ce prodige, étoit un jour de Sabbat. Si cette pensée a été proposée légérement, il me semble qu'elle a été combattue légérement aussi, par ceux qui ont crû la réfuter par cet argument, qu'il étoit défendu de travailler le jour du Sabbat. Dieu qui avoit fait cette déffense, avoit l'auto rité d'en ordonner la violation. Rien n'étoit plus convenable à la sainteté du jour du Sabbat, ni à relever la gloire de celui qui l'avoit inftitué, qu’un Miracle de cette nature. D'ailleurs il faut bien que dans un des sept jours, pendant lesquels on fit le tour de la ville, il у

ait eu un jour de Sabbat. Cette marche auroit été contraire au repos qu'il faloit observer durant cette Fête, si le Peuple n'avoit été autorisé par une permission divine.

Il n'est pas possible de voir l'ordre prescrit à Josué, fans remarquer que le St. Esprit vouloit

que 65. SALOM. JAR CHI in Jofuam VI, 15. pag. 15. poiez MEYER in Seder Olam pag. 369.

66. MARSHAM Chronic. Canon. Ægypt. fæcul. 9. tit.

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que

VIII. II.

IV, 6.

les Juifs eussent une attention particuliére pour le nombre de sept, qui est ici tant de fois marqué. En effet , pourquoi sept jours, Jept trompètes, lept Sacrificateurs, sept marches, au. tour dès murailles de Jérico ? Ce nombre est obseryé dans plusieurs autres rites du Judaïsme.

a Levit. On arrosoit a fept fois l'Autel qu'on vouloit consacrer. On employoit b Sept jours à la consé- b Levit. cration des Sacrificateurs. On tesoit c fept afper. VIII. 33.

cLevit. fions du fang d'un veau immolé

pour le péché commis par ignorance. La femme, qui avoit a Levit

. mis au monde un fils, étoit souillée d jept jours. XII. 2.5. Le lepreux devoit recevoir e sept afperfions. Naa-e Levit. man eut ordre de se plonger f sept fois dans le f 2 Rois Jourdain. Balaam bâtit 8 sept Autels. Job offrit v. 10. 14. pour ses Amis ► sept taureaux & jept béliers. i Eze-g Nomb. chias observa le même nombre d'animaux dans un Sacrifice. Les Habitans des villes d'Israël li Job. doivent allumer un feu qui dure k fept ans, & XLII. 8. purifier la terre pendant l'espace de sept mois. 1 2. Chro. Daniel compte les temps par semaines. Le k Ezech. Livre, dont il est parlé dans l’Apocalypse, eft xxxix. 9. scellé de m fept fceaux. L'Agneau a lept cor- 12.

I Daniel nes, lept yeux, qui sont les sept Esprits. Il est donné • fept trompetes , & p Jept phioles à sept m Apoc. Anges. Pourquoi cette affectation du nombre v. I. de fept, s'il ne renferme pas quelques mysteres? n Vers. 6.

o Ibid. Il a été regardé comme mystérieux, non seulement par les Juifs, mais aussi par les nations p Ibid. idolatres. On trouvera une riche compilation XY. 7. de passages tirez de l'Antiquité profane sur ce sujet 66 dans le Chevalier Marsham. 67 Philon

dit

XXIII. I. 14

1

IX. 24.

VIII. 2,

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Sabbat. primum pag. 188.

67. Philo de mundi opificio pag, 29. voi. aufli depuis la pag. 20. jusqu'à 29.

dit que le nombre de sept est en vénération chez les Mathématiciens , qui sont ce qu'il y a de plus illastre parmi les Grecs & parmi les Barbares. 68 Les Pythagoriciens avoient auli de grandes idées de ce nombre. Ils marquoient avec soin la rélation qu'il a avec la plậpart des Constellations. ay Les Payens observoient le nombre de sept dans la plûpart de leurs purifications religieuses & leurs priéres. 70 Les Atheniens consacroient le leptiéme jour à Apollon. Mais si nous devons savoir gré au Chevalier Marsham de nous avoir fourni une longue liste de passages des Anciens sur le nombre de sept , nous ne saurions adopter la raison qu'il allégue du respect qu’on avoit pour ce nombre-là parmi les Juifs. Il croit que Dieu ne fit , en inspirant ces sentimens à son peuple , que le confirmer dans les idées qu'il avoit prises en Egypte. C'étoient les Egyptiens , au rapporç 7i d'Hérodoté & de 72 Dion Cassius, qui avoient

réglé le nombre des jours de la semaine sur ce ļ lui des sept Planétes.

7 3 Malius a rendu des raisons beaucoup plus recherchées du respect qu'on a eu pour ce nom bre: mais nous avouons ingenûment, que bien loin de nous sentir porteż à adopter le systéme de ce favant Hommie sur ce sujet, nous avons eu de la peine à fe comprendre , & il nous se

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roit

68. PHILO ibid. pag. 22. AÙ L. GEL 1. lib. IH. cap. 10. pag. 229.

69. Voi. PORPHYR. de abstinentiâ lib. IV. pag. 368. APULEII Métarhorph. lib. XI. in initio. VIRGIL, Eneid. lib. VI. verf. 645.

70. SCHOLIAS T, in ARISTOPHAN E M Plut. pag. pag. 107. voi aussi HESIOD. Hanpwr vers. 6.

71. C'est ce que le Chevalier MAR SHAM conclut de ces paroles d'HERODOTs lib. II. cap. 82. pag. 1192

roit difficile de le faire comprendre à nos Lecteurs. Il nous semble que l'opinion de 74 Mr. le Clerc , '& qui a eu le suffrage de plusieurs grands hommes, tient un juste milieu entre celle de Masius, & celle de Marsham. Le nombre de sept, dit ce fayant Interpréte , eft fi fou- Voi. le vent répété dans l'Histoire de la prise de Férico , pour Clerc in fignifier que l'Armée , qui fefoit le tour de cette vil. Jofuam vr. le, étoit envoyée par ce Dieu qui a créé le Monde 15. pag. dans lept jours. Nous souscrivons aussi à la remarque du même Auteur, qui dit, que le res- Exod. peil, que les Payens eurent d'abord pour ce nombre xxix. 30. venoit de la même cause : mais qu’rient ensuite oublié pag. 170. que Dieu avoit fait le Monde dans sept jours, cherchérent d'autres raisons de la vénération, qu'on étoit en possession parmi eux d'avoir pour ce nombre

.

12.

Idem in

ils

Après que Dieu eut fait paroitre sa puissance & sa bonté en faveur des Ifraëlites en les rens dant maitres de Jérico, il voulut faire éclater la puissance & fa justice par les exécutions fanguinaires qu'il leur commanda de faire sur les habitans de cette ville. Il leur ordonna de la meta tre à l'interdit, avec tout ce qui y étoit renfermé: c'est-à-dire, qu'il leur commanda de la raser, de passer au fil de l'épée les femmes,

les enfans, & de détruire même par le feu tout ce qu'elle avoit de plus précieux. Comme nous

trou

alia etiam ab Ægyptiis inventa funt, quis mensis, o quis dies, cujusque fit Deorum. MARSHA M. Chronicus Ca. non Ægypt. fæcul. 9. pag. 189. mais cela est dit plus clai. rement par DiON-CASSIus dans la citation suivante.

72. DIO CASSIUS Histor. lib. XXXVI. pag. 37,

73. MASIUS sur Josué VI. 15. dans le II. vol. des gr. Critiques pag. 1564.

74. CLERICUs in Josuam VI. 15. pag. 12. Tom. III.

E

trouverons souvent de pareils ordres dans l'Histoire de la conquete de la Terre promise, & que ce terme d'interdit est équivoque; comme d'ailleurs cet ordre d'exterminer les innocens & les coupables, les enfans & les personnes qui étoient en âge de raison, les créatures deftituées de raison & d'intelligence, même celles qui étoient inanimées , comme cet ordre, dis-je, a été de tout temps l'achopement des Ames foi. bles, & un lujet aux triomfes imaginaires des Libertins, il faut l'expliquer & le justifier. Ce que nous proposerons sur ce sujet sera moins une digression, qu'une source de solutions aux grandes difficultez qui se trouvent dans l'Histoire que nous rapportons,

nous rapportons , & à celles du mê. me genre qui pourroient se rencontrer dans la suite.

C'est le mot Hebreu Ban Cherem, que nous avons traduit

par

celui d'interdit. Il répond au terme Grec avaleuatisti, & il signifie dévouer, perdre, exterminer. Il se prend particuliérement en trois fens, quand il est question d'une chose dévouée

par

le de Cherem. 1. Lc Cherem des Sacrificateurs, c'est ce qui aiant été consacré à Dieu étoit donné à ses Mi

nistres. C'est dans ce sens qu'il faut entendre Nombr.

ces paroles adressées aux Sacrificateurs : Tout interdit en Ifraël vous appartiendra. 2. Le Cherem du très haut, c'est le nom que donnent les Juifs

aux veux, dont il est parlé dans le Chap. Verl. 28. XXVII. du Levitique: Nul interdit, que quel

cin aura voué à l'Eternel de tout ce qui sera fien, foit komme, ou léte , ou champ, ne le vendra, ni se rachetera: mais ce sera une chose très fainte à l'Eternel. 3. Le Cherem des hommes, c'étoit le væu, par lequel on s'engageoit à faire mourir des

hom.

vou

XVIII, 14•

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