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tefoit en faveur de son Peuple. Le filence est quelquefois représenté dans l'Ecriture comme la disposition d'une Ame concentrée en ellemême, & qui fixe toutes les pensées sur un sujet. C'est le sens de ces paroles du Pfalmifte: O Dieu la louange t'attend en silence dans Sion, des

Pseaumer væux ty seront rendus. On ne devoit entendre LXV. 2. autour de Jérico , pendant les fix jours marquez, que les cors portez par les Sacrificateurs. Les Ifraëlites, en entendant le fon que feroient retentir çes Ministres des choses sacrées, étoient appellez à porter leur pensée sur le Dieu de la Religion, qui avoit seul la puissance d'opérer ùn Miracle comme celui dont ils alloient être les témoinş.

Les ordres donnez par Josué furent ponctuellement exécutéz. On fit le tour de Jérico : on porta l'Arche autour de cette ville les Sacrificateurs sonnérent du cor pendant fix jours. Quand le septiéme jour fut arrivé, op eut ordre de faire cept tours au lieu d'un, mais avec les mêmes cérémonies que le jour précedent; & Josué dit au Peuple Fettez des cris de jouiffance, car l'Eternel vous a donné la ville. Qu'il čtoit doux d'obéir à cet ordre, & de faire l'expérience de cette vérité , que le Prophéte exprima dans ses Canțiques plusieurs siécles après Josue! O que bienheureux est le peuple, qui fait Pscaume ce qu'est le cri de réjouillance ! Cette yoix , ou LXXXIX. plûtôt la toute puiffance divine , dont elle fut 16, accompagnée, fit crouler les murs de Jérico.

C'est

Rabbins dans ce même titre de la Mischna, ibid. cap. 3,
hect. 2: 3. 4. 5. 6. pag. 340. &c.
; 35. Yoi. Masiųs ubi fupra.

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. C'est augmenter ce miracle fans nécessité que d'avancer comme l'ont fait quelques so Juifs, non seulement que les murs de Jérico tombé rent, mais que la terre les engloutit. C'est le diminuer aufli,comme l'a fait un s7 Rabin, que de l'attribuer à des causes Physiques, comme si le son des cors., & les cris du peuple, avoient pû produire ce grand évenement.

Je ne suis pas surpris que cette pensée soit montée dans l'esprit des Juifs, mais qu'elle ait été soutenue avec gravité par des Théologiens, & par

des Philosophes Chrétiens , c'est ce qu'on ne peut voir fans étonnement. C'est pourtant ce qu'ont fait deux hommes, dont la pénétration & le génie ne sont pas communs. Le premier c'est le se pére Merfene , dans ses Commentaires fur la Genése. Le fecond c'est se Daniel Géorge Morhofius , dans un Traité intitulé, de Scyphoʻvitreo per certum humanæ vocis fonum fracto. IIeft vrai qu'ils ont moins dessein l'un & l'autre de prouver la vérité, que la possibili, té de ce Phénoméne : ils prétendent qu'il est possible, & ils se fondent sur des raisons Philosophiques & fur des faits. Voici les raisons que la Philosophie leur fournit.

1. Le son est plus propre à briser des corps durs & fecs, que le vent le plus violent. Le vent ne pousse qu'un air grossier , qui agite les parties extérieures des corps, contre lesquelles

il

56. C'est l'idée que reveillent ces paroles de la Paraphrase Chaldaïque fur Josué VI. nninn yhan' dans la Polyglotte Tom. II. pag. 16. ::57. Voi. Geor. MORHOFIU S de fcyphe vitreo , &c. pag. 14. pag. 192.

58. MERSENNE Commerisar, i Gomes, IV, 21. pag.

il vient heurter : mais le son agite une matiérc fubtile, qui pénétre leurs pores, &

qui

les fer re intérieurement.

2. Il suffisoit pour que les murs de Jérico se renyerfaffent au son des trompétes, des cors, & des cris du peuple, que ce son eût une certaine proportion avec la tension de ces murs: tout ce qui est élevé perpendiculairement doit avoir u. ne certaine tension, qui étant surmontée par une force majeure, le corps ainsi élevé doit néc ceffairement être fracassé.

3. Le fon, que produit une trompéte, ou un cor recourbé, est beaucoup plus vehement que celui qui se fait par des Inftrumens directs. Cela paroit par la trompéte qu'on appelle Sten. terophorique. L'on pretend même que les rayons du fon multipliez peuvent produire la chaleur, comme les rayons de lumière. Cet argument peut s'éclaircir par les remarques de 6. Charleton dans sa Physiologie, & par celles de Guillaume 61 Pettus dans sá Dillertation touchant l'usage de la proportion redoublée.

A ces raisons Philosophiques les Auteurs, que nous avons citez, ajoûtent des faits, qui ne leur paroissent pas moins extraordinaires que la chute des murs de Jérico. Le 62 Chevalier Digbi raporte que le bruit, causé par l'embrasement d'un magazin de poudre , renversa les murailes d'un Temple considérable, quoiqu'il fut fort éloigné du lieu où étoit ce magazin.

fort

59. DANIIL G FOR MORHOFIUS de fepho vitreo , &c. cap. 14. pag. 187.

60. CHARLETON Physiolog. lib. III. fe&. 1, art. 8.

61. WILLIAM PETTUS de ws duplicata proportianis , cité dans MORHOF. ibid. pag. 200.

62. Cité ibid. pag. 189,

63 Borelli raconte qu'il étoit à Taormina fituée dans la Vallée de Demona en Sicile, à plus de 30. milles du mont Æthna, lorsque cette montagne fit une irruption, dont le bruit ébranla toutes les mailons de cette ville. 64 II fait mention d'une circonstance remarquable qu'il observa. C'eft que toutes les maisons, qui étoient vis-à-vis du gouffre d'où fortoient les flammes, reçûrent de beaucoup plus grandes secoufles, que celles qui étoient situées d'une quțrç maniére, D'où il conclut que le tremblement de ces maifons ne venoit pas d'un mouyement général causé dans toute la ville, (auquel cas elles auroient toutes été également agitées) mais de la proportion qu'il y avoit entre les murailles de ces maisons, & le mouvement de l'air , qui agitoit beaucoup plus les murailles placées d'une maniére propre à en recevoir les percussions, que celles qui ne l'étoient pas.

De là on tire cette conséquence , qu'il se peut que la ville de Jérico étant renfermée dans des montagnes, le son des voix, des cors & des trompétes, a pû y faire la même impression que celui

, qui venoit du mont Æthna , fit sur les maisons de Taormina, situées vis-à-vis du gouffre dont nous avons parlé.

Enfin on allégue des raisons prises de la maniére même, dont l'Histoire de la chute de Jé. rico est racontée. On prétend que les murs de cette ville ne tombérent que lorsque le son des trompétes étoit concifior & longior: on cite pour le prouver le vers. 16. du Chap. VI. de Jofué. Mais dans ce yerset même, je ne trouve point

CE

63. Cité ibid. pag. 190.

ce son longior concisior, il y a seulement

que pendant que les Sacrificateurs sonnoient des cors, te Peuple eut ordre de jetter des cris de joie.

On suppose aussi que non seulement les Sacrificateurs sonnoient des cors, mais que tout le Peuple avoit des trompétes : dans ce cas il faut avouer que le bruit devoit être affreux : & que plus de dix-huit cens mille hommes (car il est question là, non des six cens mille qui portoient les armes, mais de tous les autres) auroient fait une rumeur capable sinon de renverser les murs de Jérico, du moins de les ébranler. Mais il me semble qu'on ne sauroit conclurre du verf. 13. du Chap. VI. de Josué , sur lequel l'Auteur fonde fa supposition, que tout le Peuple eut des trompétes. Il y a seulement que les Šacrificateurs, qui portoient l'Arche de PEternel , avoient des cors de bélier, que l'arriére-garde fuis voit l'Arche, et qu'on sonnoit du cor en marchant , ce qui doit s'entendre des cors que portoient les Sacrificateurs. On entrera dans notre pensée, si l'on fait réflexion qu'il s'agit dans ce verset non du bruit que l'on fit le feptiéme jour, qui étoit celui de la chute de Jérico, mais de celui qui se fesoit pendant les fix jours qu'on marchoit autour de cette ville.

Voilà le systéme de Morhof & de Mersene, que nous ne nous arrêtons pas à réfuter , puisque ceux même qui le proposent reconnoissent, que quoiqu'il ait été possible que les murs de Jérico soient tombez sans une action extraordić naire de la puistance divine , & par le seul fori que firent les voix & les trompétes , il faroit

pour. 64. Ibid.

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