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porte la glose d'un vieux Scholiaste sur un paso fage d’Eulebe. Ce Pére avoit affirmé que

l'Ange dont nous parlons étoit le Fils de Dieu; le Scholiaste fait cette objection : VEglife eft Pun sentiment oppose. Elle croit que celui qui parloit d Moyfe étoit Dieu lui-même , e que celui qui parloit à Josué étoit un Esprit préposé sur la Nation Juive, à savoir l’Archange Michael. 49 Plusieurs İnterprétes modernes ont la même pensée. C'est en particulier celle de so Mr. le Clerc.

Mais un grand nombre d'autres Interprétes soutiennent que ce fut Dieu lui-même qui apparut à Josué.sı Mafius & s2 Mr. Alix après lui croyent que c'est l'opinion constante de l'Eglite Judaïque. Peut-être trouvera t on plus d'érudition que de Logique dans les autoritez, qu'ils alléguent pour justifier l'idée qu'ils donnent de la Foi des Juifs sur cette matiére. Mais voici sur quoi les Chrétiens ont appuyé le sentiment que ces deux Docteurs

croyent avoir vû dans les Ecrits des Juifs. Voi, le

1. Ce titre de Chef des Armées de lEternel conPleaume vient parfaitement à Dieu lui-même, qui nous LXXX.

ett représenté en divers endroits sous cette image.

2. L'Ange, qui parle à Josué tient le langage de celui qui parloit à Moyse dans le buiflon, & paroit être le même. Nous avons prouvé ailleurs que celui qui parloit à Moyse

s'attribuoit les proprietcz Divines. Apocal. 3. Quand on examine ce qu’un Ange dit à xxII. 9. St. Jean qui vouloit se prosterner devant lui, XXII

&

49. Voi. SUÁR E z de Angelis lib. 6. c. 19. num. 22, CORNEL. A LAPIDE in Josuam V. 14. pag. 26.

50. CLERICUS in Josuam V. 14. pag. 2.

te.

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& ladorer, on ne peut s'empêcher de voir, que le but du St. Esprit en racontant cette réponse

étoit de prévenir le Culte religieux, que les hommes pouvoient être tentez de rendre aux Anges. Il semble qu'une même raison auroit porté le St. Esprit à ne pas dire sans restriction dans l'Histoire de Josué, que ce St. Homme se prosterna devant l'Ange , & qu'il Padora, si cet Ange avoit été une simple Créature.

4. L'hommage, que cet Ange demande à Josué, est un des plus profonds & des plus affectez au Dieu Souverain : Dechauffe. les fouliers de tes pieds, car le lien tu es est une terre fain

5. On ajoûte à ces réflexions, que ces paroles, je suis le Chef de l'Armée de l'Éternel, et je * Jofué Juis venu maintenant, marquent que Dieu alloit XXIV. 11:

Peut-ê. affifter son peuple d'une façon toute extraordi. naire, & que les murs de Jérico alloient crou-ce qui est ler par un miracle: or il paroit par l'Histoire dit dans de la prise de cette place, que ce fut Dieu qui cet en

droit-là dirigea Josué dans tout ce qu'il fit

pour la conquête de Jérico.

que pas Nous ne nous engagerons pas plus avant que les

Ifraëlites dans cette controverse, au sujet de laquelle on

ayent ne doit faire un crime à personne de fe ranger trouvé à un parti plûtôt qu'à un autre. Nous nous de touhâtons de raconter la prise de Jérico.

Un grand concours de nations s'y étoit ren- dans Jé. du, probablement pour la défendre contre les rico, attaques des Israëlites : du moins * Josué fem-'mais ble insinuer, que tous les peuples voisins de

qu'ils

les comcette battirent

après ja 51. MASIus in Jor. V. 1.4. pag: 1540,

prise de 52. Mr. Alix pag. 234. sur la Foi de l'Eglise Judaï- cette

pàg que

place,

tre que

ne mar

tes ces nations

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cette ville s'étoient crûs intéreflez à la conser,
ver, & étoient accourus pour la secourir. Ils
firent paroitre dans cette défense plus de pru-
dence que de courage: mais la prudence humai-
ne est aussi inutile que le courage le plus héroï-
que, contre des Armées pour lesquelles ÞArbi-
tre des évenemens se déclare. Les habitans de
Jérico bornérent leur bonheur & leur gloire à
se mettre à couvert des coups de leurs ennemis,
& n'oférent pas même tenter de les attaquer.
Au lieu de se retrancher sur les rives du Jour-
dain, & d'en garder les passages, ils se couvri-
rent de leurs rainparts, ils se retirérent dans
Jérico, dont ils fermérent les portes, que la
Parafrase Chaldaique dit avoir été de fer & d'aig
rain. On ne doit pas alléguer cette retraite com-
me une difficulté contre la vérité de l'Histoire
Ste. Elle étoit l'accomplissement des promesses
que Dieu avoit faites à Josué, & une suite de

cette frayeur que Rahab avoit dépeinte aux deux Josué II. Efpions : Nous avons entendu , leur avoit elle

dit, que l'Eternel a tari les eaux de la Mer Rouge
devant vous quand vous étes fortis d'Egypte , & ce
que vous avez fait aux deux Rois des Amorrhéens qui
étoient au delà du fourdain , à Sihon & à Hog,
que vous avez détruits à la façon de l'interdit, ego
notre cæur s'est fondu, depuis ce temps-la per-
Jonne de nous #'a eu du courage, car l'Eternel votre
Dieu eft le Dieu du Ciel de la Terre. Qu'on
ne demande donc pas pourquoi les Cananéens
ne bordérent pas le Jourdain avec une Armée
formidable; pourquoi ils ne disputérent pas le
passage de ce fleuve ; pourquoi ils permirent
que les Ifraelites aprochassent des murs de Jé-
rico? Şi ces objections ont quelque couleur

10.II.

on

on peut les résoudre lans peine , & en voici la réponse & la solution : Notre caur s'est fondu : personne n'a eu de courage. Mais d'où venoit ce défaut de courage ? D'où vient que ces cours se fondoient de cette maniére? En voici la raison, & jamais on n'en pouvoit avoir de plus folide: jamais terreur ne fut mieux fondée que celle de će Peuple: Nous avons entendu que PEternel a tari les eaux de la Mer Rouge devant vous : nous avons entendu ce que vous avez fait dux deux Rois des Amorrhéens, de nous avons reconnu que PEternel est le Dieu du Ciel de la Terre.

L'évenement justifia bientôt cette crainte.

ieu déclare à Jofué que les Ifraëlites alloient forcer les foibles obstacles que leur opofoient les habitans de Jérico. La maniére, dont il lui parla dans cette occafion, est toute remplie de Majesté, & exprime avec une admirable énergie le pouvoir du Dieu Souverain : Regarde , ditil à ce Général, je t'ai livré Jérico, fon Roi e Josué

VI.2, ses vaillans hommes.

Il lui prescrivit ensuite les finguliéres démarches qu'il devoit faire pour se rendre maitre de la ville. Il ordonna que toute l'Armée & tout le peuple en fissent le tour pendant fix jours: Conferez que les Sacrificateurs fussent à la tête de cette verf

. 3. expédition: que quatre d'entre eux portaffent l'Arche, & que fept autres cuslent des cors de bélier De cors de bélier, c'est ainsi que quelques Versions traduisent le terme de l'Original? mais ceux qui font experts à mettre en oeuvre la corne de bélier , doivent être admis à faire ici une obje&ion aux Savans. Ils disent que cette matiére n'est pas propre à l'usage, auquel étoient deftinez les instrumens dont il cft ici

D 4 you

ques

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avec 5:

question. 53 Masius à cédé à cette objection: il dérive le mot de Jobel, c'est celui qu'on 4 traduit cor de bélier , non d'un mot Arabc qui signific bélier mais de Jubal , qui est le nom du premier Inventeur des instrumens de Musique. Il est vrai que cette critique n'est pas

favorable à la pensée de quelques spéculatifs qui ont trouvé de grands myltéres dans les prétendus cors de bélier. se Les Juifs disent qu'on les fesoịt retentir le jour des grandes Fêtes, en particulier dans celle du Jubilé en mémoire de la délivrance d'Isaac, qui alloit périr sous le couteau d'Abraham fon pére, îi un bélier n'avoit été substitué à la place. ssQuel, ques

Chrétiens sont entsez bien plus avant encore dans ce sens mystique que les Juifs leur avoient ouvert : au lieu de s'arrêter au bélier qui fut immolé à la place d’Isaac, ils ont porté leur pensée sur la victime , dont (laac n'étoit qu’un Type grossier. Ce n'est pas la premiére fois qu'une remarque de critique a fait évanouir des idées Théologiques. Mais une question ausfi lì stérile que celle qu'on agitę sur l'origine dų mot Jobel, ne mérite pas de faire diversion au fpectacle inoui de la prise de Jérico.

Le tour de la ville devoit se faire durant six jours. Tous les Israëlites avoient ordre de garder un profond silence pendant cette mystérieuse marche, & de n'élever la voix que forsqu'ils en receyroient un commandement exprès de Josué. C'étoit afin qu'ils méditafsent avec un profond recueillement les merveilles , que Dieu

a

fe53. MASIUS sur Josué VI. 4. dans le II. vol. des gr. Critiques pag. 1'560.

54. Voi. H OUTINGIUs in Mischna tom. II. tit. Bosch halshanah pag. 345. vgi. diverses speculations des

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