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fuivant, au Camp de Guilgal. as Ils furent circoncis l'onziéme ou le douziéme du même mois : le quatorziéme ils immolérent la Pâque, & ils la mangérent le quinziéme , c'est-à-dire, deux ou trois jours après avoir été circoncis. Comment des gens, qui étoient dans la plus grande douleur que causoit la plaie de la circoncision, étoient-ils en état d'immoler des victimes, & de faire tous les autres préparatifs de la Pâque? Cette question se résout par la remarque que nous venons de faire. Tous les Ifraëlites qui pafférent le Jourdain ne furent pas cir. concis en Guilgal: ce ne furent que ceux qui étoient nez dans le Desert. Les premiers purent faire les préparatifs de la Pâque:& la plaie de la Circoncision n'empécha pas les autres d'en manger

La plûpart des Interprétes disent, que la Pâ. . que de Guilgal fut la troisiéme que célébrérent les Ifraëlites. La premiére avoit été faite en Egypte : la seconde dans le Desert, après la construction du Tabernacle , comme cela est raconté dans le Chapitre IX. des Nombres, & Nombr. sur ce passage la glose de Juifs porte, qu'il est ix. 5. écrit à la honte des Ifraëlites , qu'ils n'ont fait la Pâque dans le Desert qu'une seule fois. Quelques Interprétes chrétiens ont parlé d'une autre Pâque célébrée avant celle de Guilgal.

Enfin le dernier évenement considérable, qui arriva dans la Camp de Gui'gal avant la prise de Jérico, ce fut que la manne cefla de tomber du ciel le lendemain de la Pâque, & que les Ifraëlites mangérent du grain rôti, qui étoit du crû de la Terre de Canaan , de cette même Josué V. année. Ce sont les propres termes de l'Histoire S'il y a quelquelque équivoque dans cette ex

II. I. an.

35. Au coinmencement de ce Discours,

y pression le lendemain de la Pâque, elle ne fauroię être considérable, ni causer de l'obscurité dans la Chronologie facrée. Toute la différence, qui peut se trouver dans cette matiére, ne peut être que d'un jour. Car si par le jour de Pâquez on entend le quatorziéme du mois de Nisan, qui étoit le jour de l'immolation de l’Agneau Paschal , la Manne aura cessé de tomber le quinziéme du même mois. Que fi par le jour, de la Pâque on entend le quinziéme, qui étoit le jour de la manducation de cet Agneau, la manne aura ceflé de tomber le seiziéme jour : ce qu'il importe peu de déterminer. A quel de ces deux partis qu'on se range, on voit dans quel sens il faut entendre ces passages de l'Ecriz ture, qui disent que les líraëlitęs ont mangé de la Manne pendant quarante ans. Il est clair qu'il ne faut pas entendre qu'elle tomba pendant quarante années completes ; il en faut retrancher un mois entier : car elle ne commença à tomber dans le camp de Israëlites que le quinziéme jour du second mois de leur sortie d'Egypte, &elle çesia le seiziéme, ou le dix-septiemne du premier. mois, quarante ans après qu'ils furent affranchis de leur esclavage.

Il paroit par cela même que les 36 Juifs se trompent, lorsqu'ils disent que la Manne cessa de tomber le jour même de la mort de Moyse ; celle de Marie fut suivie selon eux de la perte d'un Puits d'eau vive; la mort d'Aaron fit disę

paroi

36. Voi. in additionibus Talmudicis Massechet Sota cap. 11. voi. un grand recueil de citations sur ce sujet Joh. BUXTOR F. Histor. Manna cap. 9. pag. 385. &c.

37. JOSEPH, cité sur le témoignage d'Á DRICHOS

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paroitre la Colomne de nuée; & la mort de
Moyse les priva de la Manne celeste. Ils ajoû:
tent que le puits d'eau vive, qu'ils avoient per,
du, leur fut rendu à la priére d’Aaron & de
Moyse: que les mérites de Moyse rappelérent
la Colomna de nuée: mais que ces trois choses,
à savoir le puits, la Colomne , & la Manne,
furent perdues pour jamais, lorsque Moyse fut
enlevé de la terre. Ce sont là des contes fa-
buleux, qui ne doivent leur naifiance qu'à l'au
mour que les Juifs ont pour le merveilleux, &
que le texte de Josué réfute fuffisamment.
Nous ne nous arrêterons pas à examiner quel

છે.
étoit ce grain rôti, que les Israëlites mangérent
après la cessation de la Manne. Il faut seule
ment se souvenir , que quand on célébroit la
Pâque, la moisson des ,bleds n'étoit pas encore
faite. Il n'y avoit même que quelques

, épis

de froment qui fussent mûrs, & qu'il falloit offrir

& à Dieu le seizième, de Nisan,* le lendemain * La Loi de la Pâque. Voici les propres termes de la Loi: lendemain Vous ne mangerez ni pain, ni grain róti ; ni grain du Sabat. en épi, ju qu'à ce propre jour-que vous aurez Voi. Le

vit. apporté Poffrande à votre Dieu. Ce qui est. ajoû

XXIII. tć, qu'ils mangérent du crû du païs , doit s'en 11. 14.

. tendre de ces premiers grains, qu'on mangeoit le mot avant la moisson, des autres fruits de la terre de Sabat de Canaan. C'est affez sur les choses qui pré endroje cedérent la prise de Jérico. Nous nous hâtons fignifie de

raporter ce mémorable évenement.

La ville de Jérico, que "? Josephe appelle quelquefois Oza, " Ptolomée Jericbus, s'étoit

firuée MIUS, qui s'est peut-être trompé, Theatrum terra fancod tit, Benjamin pag. 9; col. 1.

38. CLAUD. PTOLOM. Geogr. pag. 162,
39. JOSEPH de Bello Judaïco lib. IV, cap.9. pag. 1194.
Toin, dir.

D

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dans cet

une Fert.

37

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3. Jug.

I. 16:

ve,

située dans une grande vallée vis-à-vis des camDeuter. XXXIV. pagnes de la Moabitide, d'où les Ifraëlites é.

toient partis lors qu'ils passerent le Jourdain. Elle étoit separée de ces campagnes par ce fleu

dont elle n'étoit éloignée que de soixante stades. 40 Une chaine de montagnes formoit comme un mur autour d'elle, au milieu d'une vallée spacieuse de deux mille arpens de terre, & fameuse par une forêt fertile en palmes & en baume: 41 Josephe l'appelle un puïs divin.

Josué examinoit cette ville , lorsqu'il eût l'apparition d'un Personnage extraordinaire , qu'il prit d'abord pour un homme, & qu'il adora bientôt comme un Dieu. Il étoit debout devant Josué, & il tenoit dans la main une é

pée nue. Josué l'aborda avec intrepidité, & Josué. V. Īui fit cette queftion: Etes vous des nôtres, 01 13.

Si vous étes de nos ennemis ? Ce Personnage répondit : Je suis le Chef de l'Armée de l'Eternel. Josué se profterna en terre ; il l'adora, il lui demanda les ordres, & il en reçut cette reponfe: ôte tes fouliers, parce que le lieu tu es, est sine terre sainte.

La brieveté de cette narration en fait l'obscurité. Nous ne compterons pas les suffrages nous tacherons de les peser. Qui étoit celui qui apparut à Josué? Deux opinions générales partagent les interprétes sur ce sujet : dans l'u

ne

40. JUSTIN lib. XXXVI. cap. 3. pag. 417. eft namque vallis, que continuis montibus velut muro quodam adinftar caftrorum clauditur. 41. JOSEPH. de Bello Judaico. lib. IV. cap. 9. pag. 1194. 42. SALOM. JARChI in Jof. VI. 14. pag. 15. 43. Talmud tit. Erubin fol. 63. Megilla fol. 3. Sanha

drin fol. 44

44. Ubi supra.

que Dieu

X. 13•

XII. 5.

ne & dans l'autre nous trouvons des Juifs & des Chrétiens

I. Il y a des 42 Juifs & des 43 Chrétiens, qui ont crû que ce Personnage, qui paroissoit en . forme d'homme, étoit un Ange créé. 44 Sa. lomon Jarchi, & un grand nombre de Docteurs de la nation,

disent

que

c'étoit celui fit marcher à la tête des Armées des Ifraëlites, après qu'ils se furent rendus indignes par l'idolatrie du Veau d'or, qu'il les conduilît lui-même: cet Ange que Moyse avoit rejetté, selon ce qu'il disoit lui-même à Dieu: si ta face ne Exod. vient avec nous, ne nous fais point monter d'ici

XXXIII.

IS Ils croyent que cet Ange est Michael, qui est

Daniel appellé dans les Révélations du Prophéte Daniel le Chef du Peuplé de Dieu. 45 lîs préten- XII. T. dent même que chaque nation a un Ange qui Holéc veille sur elle: & c'est par cette fupposition qu'ils expliquent plusieurs passages de l'Ecriture. Cette opinion touchant les Anges commis sur les nations a été reçûe de quelques Philosophes Payens. Je renvoie le Lecteur à un 48 paslage remarquable. Elle a été luivie ausi par quelques Docteurs de l'Eglise Chrétienne, & je cite là-dessus deux endroits singuliers 17 d’Eusébe

Plusieurs Chrétiens, sans adopter ces idées, ont crû que celui , dont il est parlé dans le passage dont nous cherchons l'explication, étoit une simple Créature.

48 Henri de Valois ra

por45. Idem ibid. 46. JÁMBLICHU s de misteriis Ægyptiorüm sect. 5. cap. 25. pag. 140

41. EUSE B. Demonstrat. lib. IV. cap. 8. pag. 157. cap. to. pag. 161.

48. HENRIC. VALESIUS in lib. I. cap. 2. hifter, Ecclef. pag. 6. col. 2.

S

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