Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

foulérent les enfans d'Israël cette année , qui é.
roit la dix-huitiéme. 3 Il y a pourtant des Chro-
nologistes, qui ont traduit l'invalion des Ham-
monites commença la * dix-huitiéme année,
non qu'elle dura dix-huit ans; t mais dans des
paroles si concises , & dans une Chronologie si
obscure, il est bien difficile d'avoir de lenti-

ment fixe.

[ocr errors][ocr errors][ocr errors]

L'oppression, dont nous parlons, fe fit sentir d'abord dans le païs, où avoit commencé la revolte qui l'avoit causée: je veux dire dans celui qui étoit échu à la Tribu de Gad, à celle de Ruben, & à la demi Tribu de Manassé, au delà du Jourdain : mais elle envelopa bientôt la plûpart des Tribus, qui étoient dans la Canaan proprement dite , & qui s'étoient rendues coupables des mêmes crimes. Ces nations , dont Voi. Jug. les Ifraëlites adoroient les Divinitez, furent *.9. choisies de Dieu pour les punir du culte criminel qu'ils leur rendoient : & les Idolatres mê. mes furent les Ministres, qu'il employa contre ce peuple, pour lui faire sentir la grossiéreté de fon idolatrie, & pour l'en châtier.

L'adversité fut toûjours pour les Ifraëlites le motif le plus preflant à la repentance. Il se fit sentir alors à eux dans toute sa force. Preliez par un ennemi redoutable ils avouèrent leur faute, & ils adreslerent à Dieu d'ardentes prières , pour en obtenir le pardon. La facilité, avec la: quelle il leur avoit accordé dans d'autres occalions des graces pareilles, avoir été une des

prinAn. 781. & les remarques de Vorstius lur cet ouvrage pag. 217.

* Dépuis la mort de Jaïr.

† L'Hébreu est plus favorable à la première interpré. tation & aux autres anciennes Versions.

[ocr errors]
[ocr errors]

14.

principales caules, qui les avoit portez à s'en tendre indignes. Aulli n'exauça-t-il pas cette fois si aisément leur prière. Il voulut que le refus, qu'il leur feroit pendant quelque temps de la grace qu'ils demandoicnt, en relevât le prix à leurs yeux. Il leur rappella l'humiliante his. toire de leurs chutes passées , des maux qu'elles leur avoient attirez , des væux qu'ils avoient formez pour en obtenir la délivrance, de la condescendance qu'il avoit eue pour leurs prières, des conditions fous lesquelles il s'étoit rendu à leurs sermens, & des infractions qu'ils y

avoient faites. Il ajoûta l'insulte aux reproches : Ibid. Vous m'avez abandonné, leur dit-il, « vous avez verf. 13. fervi d'autres Dieux : c'est pour cela que je ne vous

délivrerai plus: Allez : criez aux Dieux que vous avez choisis, qu'ils soient vos Libérateurs dans le temps de votre angoisse, comme ils ont été l'objet de votre culte, dans le temps de votre prospérité. Nous ignorons quel fut le moyen , dont Dieu se fervit pour leur faire ces censures: fi ce fut par le ministère de quelque Prophète extraordinairement suscité: si ce fut par la voix des Ministres établis au milieu d'eux : ou par quelque révelation surnaturelle.

Mais de quelque maniére qu'elles leur ayent été faites, ils en reconnurent la justice, & ils en sentirent toute l'énergie. Ils ne se défendirent que par de nouvelles marques de péniten

par des promesses redoublées de se corriger: ils promirent que si Dieu daignoit encore cette fois se rendre à leurs priéres, ils ne retombero ent plus dans des fautes, dont il les punifloit avec tant de rigueur, mais en même temps avec tant d'équité. Pour rendre ces follicitations & ces promeiles plus efficaces & plus,

authen

ce, &

[ocr errors]
[ocr errors][merged small][ocr errors]

authentiques , ils donnérent la marque la moins
fufpecte de la sincérité de leur repentance: je
veux dire qu'ils réparèrent , autant que la chose
étoit en leur pouvoir , le mal qu'ils avoient
commis. Ils ôtérent du milieu d'eux les Idoles
qu'ils s'étoient faites : ils fubftituérent au culte
des faux Dieux, celui du véritable , qui fut aussi
prompt à leur pardonner , qu'ils le furent à fc
convertir.

Fondez sur les promesles faites à la pénitence
ils entrèrent en campagne pour résister aux
Hammonites , qui y étoient aussi entrez pour
les attaquer. Les ennemis avoient leur camp
à Galaad: celui des Ifraëlites étoient à Mitspa.
Il y avoit plusieurs lieux qui portoient ce der-
nicr nom: il s'agit ici de celui qui étoit hors
de la Terre de Canaan, au delà du Jourdain,
vers les sources du torrent de Jabboc, près de
Hermon, & dont il est parlé dans le Chap. XI.
& dans le XIII. de Josué.

Josué. xt:
Ce Corps manquoit de Tête. La force & 8. & XIII,
la valeur font inutiles quand il n'y a point de 26,
Chef pour les diriger. Les Ifraelites cherché.
rent avec soin quelcun , qui

qui pût exercer une
charge fi importante : ils n'exigèrent d'autre
qualité de celui, à qui ils vouloient la déferer,
si ce n'est qu'il en fût digne : ils firent publier
que celui qui seroit capable de faire tête aux
Hammonites, & qui les combattroit le premier
avec succès, seroit choisi pour commander à
toute l'armée.

Mais ensuite ils jettèrent les yeux sur Jephthé, dont le courage avoit déjà donné de l'exercice aux ennemis. Il étoit descendu de ce Galaad, fils de Machir, 4 dont nous avons parTome III..

Ꭰd

le 4 Dans le III. vol. de nos Discours XII. pag. 352.

[ocr errors][ocr errors]

I.

XXII1,20.

lé ailleurs : 'mais sa mère étoit concubine & idolatre. C'est du moins, ce me semble, l'hypothèse qui répond le mieux aux titres qui

lui Jug.xi. font donnez, car elle est d'abord appellée Fem. Verf.2.

me impure, un moment après il est dit, qu'elle étoit étrangére, & le mot étranger signifie pour

Pordinaire idolatre: de là vient qu'on dit comJof. munement dans nos Ecritures, les Dieux étran.

gers, pour dire les Idoles. Nous ne préten-
dons pourtant pas que cette interprétation soit
inconteitable. Comme les termes de l'Original
sont équivoques, ils peuvent être différem-
ment entendus. Aufli trouvera-t-on chez
les Interprètes différens sentimens sur ce su-
je. Quelques-uns même ont crû que le ter-
me d'éirangére étoit l'explication de celui de
Femme impure, & que tout ce que vouloit ex-
primer l'Auteur sacré par la réunion de ces deux
mots,

c'est
que

la mère de Jephthé n'étoit pas de la même Tribu que fon père. C'est le sentiment du Rabbin Béchai. On trouvera un ample recueil sur ce sujet, & de favantes ditcussions sur le droit des Juifs à l'égard des enfans des Femmes publiques, de ceux des Concubines proprement ainsi nommées, de ceux des mères idolatres & des Profelytes, dans deux Auteurs qui l'ont épuisé, & que nous avons eu foin de citer.

Il ne me semble pourtant pas qu'être né d'une femme, qui n'étoit pas de la même Tribu

que fon mari, fût une raison suffisante pour être exclus de l'héritage pa:ernel : je fai bien qu'il

у

5 Voi. Jo!h.7B Y XTOR F. fil. de Divortiis fect. 44. pag

[ocr errors][ocr errors]

y a une Loi , qui favorise le sentiment que je
combats. . Elle est au Chap. XXXVI. des
Nombres : elle fut donnée à l'occasion des filles
de Tselophcad. Il est expressément porté par Vers. 8,
cette Loi, que toute fille, qui auroit hérité de quel-
que poffeffion Dentre les Tribus des Enfans d'Israël,
eft à se marier à quelcun de la famille de la Tribu
de son père : qu'on ne transferât point un héritage.
d'une Tribu à une autre, mais que chacun se tint
au fen. Mais cette Loi suffisoit-elle pour ne
donner absolument aucune portion à un homme
venu d'un mariage contracté entre deux per-
sonnes de différentes Tribus? Aaron nę fut-il Exod.
pas marié avec Elisabeth, fille d'Hamminadab,

yI. I3 Prince de la Tribu de juda ? Et Zacharie avec

Luci.si Elisabeth cousine de la sainte Vierge, qui étoit de la Tribu de Juda ? Aussi la plûpart des o Docteurs Juifs prétendent-ils que la Loi du XXXVỊ. des Nombres n'étoit que pour le temps, dans lequel elle fut donnée; ce qui est peut-être trop restreint , mais qui a pourtant quelque fondement.

Soit raison, soit justice, les frères de Jephthé, sous prétexte qu'il n'étoit pas venú d'une même mère qu'eux, refulèrent de lui allouer une por, tion dans l'héritage de leur père. Jephthé n'aiant aucun secours de son patrimoine pour subvenir à son entretien , fut contraint d'y pourvoir par son industrie. Il quitta fon païs natal. Il s'exila volontairement lui-même dans celui de Tob, 2 Sam. x, qui étoit à l'Orient de Galaad, & peut-être le 6.8. lieu de la naillance de la mère. La il se mit à

la

[ocr errors]

6 SELDEN. de fucceffionibus Hebr. in bena defunctorum cap. 3. pag 14.

1

« PreviousContinue »