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Vne pierre du moulin casse la tête dit

Tyran Abimelech. Juges IX.

Près la mort de Gédéon, Abimélech fon fils naturel usurpa la Royauté. Gédéon avoit bien eu de plusieurs femmes légitimes soixante & dix autres fils;

mais Abimélech, qui étoit né d'une concubine, sût faire valoir, pour monter au grade suprême, cette même raison, qui sembloit devoir lui ôter jusqu'à l'ombre de l'elpérance d'y parvenir. Il fit représenter par fa mère à ceux de Sichem, que s'ils partageoient l'autorité souveraine entre les soixante & dix fils de Gédéon, les Ifraëlites alloient avoir soixante & dix Maitres, au lieu d'un: que si au contraire ils avoient defiein de la défcrer à un seul homme, il avoit autant de droit d'y aspirer que ses frères, & que ce seroit une chose glorieuse aux Sichémites, qu'il y eût une personne de leur ville, qui commandât à tout Ifraël.

Siché.

* Il y a dans le Texte by bya, Baale schecem , ce qui veut dire , les principaux de Schecem , & sip ng Sa, Col Beth millo, ce qui signifie toute la Maison de la multiinde. C'est une peniée de BERTRAM de Rep. Jud. cap. IX. dans le vint. vol. des Grands Critiq. pag. 677. On ne connoit point de millo dans la Tribu d'Ephraïm : il y en avoit une ainfi nommée dans celle de Juda.

Cé discours fit impression sur leur esprit: & dans une * Asemblée générale ils élevèrent Abimélech au grade qui étoit l'objet de son ambition, & ils lui fournirent les moyens de s'y maintenir. + Ils prirent dans le thrésor du nouveau Dicu, auquel ils s'étoient vouez, foixante & dix pièces d'argent, dont la valeur n'est pas marquée: ils les donnèrent à Abimelech, qui te servit de cette somme pour lever une espèce d’armée, ou plûtôt une troupe de Bandis, dont il fit les Satellites. Ce faux Dieu, que les Sichémites s'étoient fait est appellée Babal-Berith. Mais ce mot peut signifier ou le Dieu de l'Alliance , ou le Dieu de Berithe. Quelques Interprètes le prennent dans ce premier sens. Ils croyent que cette Divinité étoit régardée comme le témoin des Traitez, & comme le van. geur de ceux qui en violoient les clauses. C'est ainsi qu'on adoroit' anciennement le Dieu Piftius, ou Fidius; le premier de ces mots eft Grec, le second Latin, ils signifient l'un & l'autre le Dieu de la Fidelité. Mais 2 Samuel Bochart adopte la feconde de ces traductions: il traduit Bual de Berithe : il croit que ce Baal étoit une Idole de Berithe, ville de la Phénicie, & il accompagne les preuves, qu'il allègue en faveur de la conjecture, de cette profonde érudi

tion,

7 Ongardoit anciennement les thréfors dans les Temples. Herod. lib. 1. cap. iv. Pausan. in Attic. pag. 618. in Eliacis pag. 373. Athen. lib. ix. pag. 479. MARSHAM Secul. xvii. pag. 501.

i Voi. Dionys. HALICARNAS S. lib. IV. cap. 58, ag. 246. 2 BOCHAR T Phaleg lib. II. cap. 17. pag. 7750 Tom. III.

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tion, qui étonnc, dirai-je? ou qui épouvante, tous ceux qui lisent ses Ouvrages.

Les suites de ce nouveau Gouvernement ré. pondirent à la manière, dont il avoit été établi. Le premier usage, que fit Abimélech de son autorité, ce fut l'assassinat de ceux qui pouvoient prétendre à la lui disputer. î tua les soixante-neuf fils de Gédéon. Jotham, le plus jeune de tous , auroit éprouvé un même sort, s'il ne s'étoit dérobé par la fuite à la fureur de

ce barbare frère. Cependant le Texte porte Jug. 1x. qu'il y eût soixante & dix fils de Gédéon qui fu

rent massacrez: mais cette manière de mettre un nombre rond pour un autre, dans certaines occasions, est familière aux Auteurs facrez. Il

eft dit aussi que ce meurtre fut commis sur Ibid.

une pierre. L'on a présumé avec quelque sorte

de vraisemblance, que c'étoit ce même rocher : Jug. vi. dont il a été parlé dans la vie de Gédéon, &

auprès duquel ce St. Homme avoit dressé un Autel au Dieu souverain. Peut-être qu’Abimélcch renversa cet Autel, qu'il en bâtit un autre sur les ruines à l'honneur de Baal, & que pour vanger l'affront, que Gédéon avoit fait à cette Divinité, il lui immola foixante- neuf de ses enfins

Cette action inhumaine, qui devoit exciter dans l'ame des Sichémites de l'horreur contre celui qui l'avoit faite, fervit à lui concilier leur bienveillance, & mit le comble à sa gloire. Ils lui confirmèrent le pouvoir, qu'ils lui avoient donné: & l’aiant conduit dans un lieu, qui est

appellé

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24.

* On pourroit traduire Chene de Station ou d'Assemblé au lieu de Chène de situation : peut-être qu'on avoit accoutumé de faire des Allemblées générales sous cet

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Genef:

1 appellé * Chène debont, ou Cliène de la fitnation · Verl.6.

ils lui déferèrent la Royauté, que Gédéon s'é-
toit fait un devoir indispensable de refufer. On
peut traduire une forêt de chènes : & il est à présu-
mer que le *monceau , qui étoit dans cette fo-
rêt, avoit été élevé pour servir à l'exaltation
d'Abimélech. Mais quelques-uns veulent qu'on
traduise le Chène, c'est-à-dire, le Chène par ex-
cellence : ils croyent qu'il est ici question de cet
arbre fameux dans la vie des Patriarches , par
l'Autel qu’Abraham érigea dans le lieu, 'où il X11.6.7.

XXXV.4.
étoit planté; par les Idoles que Jacob enterra
dans le même endroit; & par

l'alliance

que Jo. Jofué fué y renouvella entre Dieu & les Israelites. Si xxiv.26; cette conjecture étoit fondée, il faudroit que ce Chène eût subsisté cinq cens ans : & cependant 3 l'on prétend que ces sortes d'arbres ne vivent que trois siècles , & croissent pendant les cent premières années : ils sont en vigueur pendant les cent années suivantes : après quoi ils dépe. rissent insensiblement, jusques à ce qu'ils ayent atteint l'âge que nous avons marqué.

Dès que Jotham, seul réchapé des enfans de Gédéon, eût appris l'exaltation d’Abimélech, il forma le projet de la traverser. . Il monta sur un des côtcaux de la montagne de Guérizim, d'où il pouvoit plus facilement être entendu des Sichémites, & il leur addresla cer de pologue.

Les arbres s'empreslèrent un jour pour s'établir un Roi. Ils offrirent d'abord cette dignité à l'Olivier, qui leur répondit: Ré

», non

A-
V

arbre, ou dans cette forêt.

3 Voi. sur ce sujet JOSEPA MEDE Discours 18. hook 1. pag. 65.

9

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99

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noncerois-je à mon 4 huile , qui a l'honneur Jug. ix. 8.&c.

de servir å l'onction des personnes éminen» tes, & qui est même employée dans les liba

tions & dans les lampes du Tabernacle: & me sacrifierois je aux soins de tous les arbres des forêts ? Ils s'addressèrent ensuite au Fi

guier , qui exalta la douceur de ses fruits, „ qu'il préferoit aux honneurs de la Royauté.

Ils firent la même proposition à la Vigne, „ qui la rejetta comme l'avoient fait le Figuier

& POlivier : & qui témoigna qu'elle ne » pourroit se résoudre à renoncer à son vin, les

délices non seulement des repas que les hom,, mes le donnent mutuellement, mais même

de ceux auxquels la Divinité est censée afli5 ster avec ses Fidelles. Enfin les Arbres eu.

rent leur recours à l'Epine, qui accepta avec

d'autant plus d'empreslement cette dignité, », qu'elle étoit l'Arbrisseau le moins digne d'en

être revêtu: & elle dit à ceux qui la lui offroient, que s'ils étoient sincères , ils n'a. voient qu'à se retirer sous fon ombre, ou que

le feu allot sortir de son fein pour les devo», rer.“ Voilà le plus ancien Apologue qui nous foit connu : Jotham aiant vécu l'an du monde deux mille sept cens, & Efope, le plus célèbre des anciens Fabulistes, ne s'étant fait connoitre qu'environ l’an trois mille quatre cens.

Le but général de l'Apologue de Jotham fe découvre sans peinc. Il vouloit faire connoitre aux Sichémites l'excès de la folie qu'ils avoient eue, de se choisir pour Roi un homme, qui n'étoit pas plus en état de les protéger , que

l'Epine 4 Voi. sur l'u'age de l'huile dans la Religion , STUC KIUS tom. 2. pag. 83. 198, 209.

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