Page images
PDF
EPUB

me sens plus de panchant , peut-être faut-il reconnoitre ici un ligne purement arbitraire, dans lequel on ne doit chercher d'autre raison, que la volonté de celui qui l'institue. S'il falloit absolument proposer quelque chose de plus particulier sur ce sujet, je dirois que dans le dessein, que Dieu avoit de ne retenir que le plus petit nombre des combattans, il falloit préferer ceux qui boiroient en courant , à ceux qui te courberoient sur leurs genoux. Naturellement il devoit y avoir beaucoup moins de ceux qui boiroient d'une manière fi peu commode, que des autres. C'est du moins ce que vérifia l'événement. Parmi les dix mille hommes , qui étoient restez à Gédéon, il n'y en eut que trois cens qui lapèrent l'eau avec leur langue: ce furent les seuls que Gédéon retint. Les autres fe courbèrent sur leurs genoux : aussi furentils renvoyez.

11 étoit à craindre que Gédéon ne fût effrayé de la foiblesse de ses troupes, & de la multitude innombrable de celles, avec lesquelles il alloit se trouver aux prises. Dieu voulut le rassurer contre ce nouveau sujet de frayeur. Il lui apparut durant les ténébres de la nuit: il lui commanda de s'approcher du Camp des Madianites, & de ne prendre avec lui , dans une démarche si hardie, que Purah , l'un de ses plus fidelles ferviteurs. Il obéit. La face de la terre étoit couverte de la multitude de ces Idolatres. Ils avoient aussi un grand nombre de chameaux : leur pais en étoit rempli; 11 c'étoit même une partie des richesles des Rois de

Madian, Ir Voi, BOCHART Hieroz. part. I. lib. II. сар, 2, pag. 77

Madian : & quand on vouloit donner une grande idée du pouvoir de ces Princes, on ne disoit

pas

il a tant de reyenus, mais il a tant de chameaux.

Gédéon s'approcha de l'avant-garde des ennemis, qui étoit peut-être composée de cinquante hommes, du moins c'est ce que fema ble marquer l'expression de l’Original. II entendit un Madianite, qui racontoit à un de ses compagnons, qu'il avoit crû voir en dormant un pain d'orge parti d'un lieu éminent, & qui aiant roulé jusques aux tentes des Madianites, les avoit abatues.

12 Ceux qui ont écrit sur la creuse matiére des Songes disent que songer qu'on mange un pain d'orge, c'est un signe favorable: mais que fonger d'en voir un qui renverse une tente, c'est une marque sinistre. Quoique nous n'ayons pas le moindre parchant à admettre cette pensée, il est certain que celui, à qui ce fonge fut raconté, en tira un augure funeste. Il dit, que ce pain d'orge signifioit l'épée de l'Homme d'Israël, c'est-à-dire, du Chef des Ifraëlites, comme l'on disoit 13 l'Homme de la Montagne du Temple , pour dire celui qui en avoit le commandement. Il ajoûta , que Gédéon alloit fondre sur l'armée de Madian, & la détruire comme ce pain d'orge avoit roulé contre les tentes des Madianites, & les ayoit renversées.

Peut-être: y avoit-il quelque allusion entre lo mot ans, lechem, employé dans l'Original pour dire du pain, & celui de cons, lacham, ou de Onb, nilcham , qui signifie faire la guerre, & que ce fut la raison, pour laquelle Dieu voulut qu'un pain fût l'image d'un Guerrier. Il y a du moins plus de probabilité dans cette pensée, que dans celle de 14 quelques Rabbins, qui difent que le fonge du Madianite avoit représenté un pain d'orge, pour récompenser Gédéon de ce qu'il avoit offert à l’Ange, qui lui étoit apparu, les prémices de son orge.

dire

12 Je ne sai où j'ai vû cette explication.

13 L’EMPER EUR in Cod. Middoth cap. 1. fect. 2 pag. 7.

Gédéon ne douta point que Dieu n'eût dirigé lui-même miraculeusement cette circonstance, & que le pain d'orge , que le soldat avoit vû en songe, ne fût un préfage certain de la défaite des Madianices. Aufli retourna-t-il incontinent dans son Camp. Il raconta aux trois cens hommes les choses qu'il venoit d'entendre: il les exhorta à accepter cette augure ,

& à fondre courageusement sur des ennemis, dont Dicu venoit de présager lui-même la ruine.

Pour jetter Bepouvante dans leur armée il fe fervit de plusieurs stratagêmes. Il partagra en trois bandes ses trois cens hommes : chaque bande étoit de cent, & avoit son Chef. II ordonna qu'elles te séparaflent: qu'elles vinsent ensuite de trois côtez differens. Il donna à chacun des combattans une trompette : nous ne savons pas où il les prit, & nous ne nous mettrons pas beaucoup en peine de le rechercher. "s Les Juifs ont avancé qu'elles étoient de cor de bélier, & que Dieu voulut qu'on s'en servit 44and, ראש האשמות התיכונה ,Texte dit que ce fut

dans

14 SALOM. JARCHI in Jud. VII. 13. pag. 76. is SALOM. JARCHI in Jud. VII. 16. pag. 77. IÓ Idem ibid. sur le vers. 17. 17 Mischna part, I. tit. beracoth cap. I. sect. 1. pag.

dans cette occasion, pour rappeller à la mémoire
des Ifraëlites le souvenir de la publication de la
Loi, qui fut donnée au son des cors de bélier.
Gédéon ordonna à ces trois cens hommes, que
quand ils s'approcheroient des Madianites, &
qu'ils l'entendroient sonner de la trompette, ils
en tonnassent comme lui, & qu'ils criassent
tous à haute voix, l'Epée de l'Eternel ,lEpée de Jug. Vil

18.
Gédéon. Il voulut aufli qu'ils euslent des tor-
ches allumées, mais cachées dans des cruches:
qu'ils caffassent les cruches dans l'instant qu'on
fonneroit de la trompette , & qu'ils jettaflent
de grands cris.

Tout cela fut exécuté avec un succès mere
veilleux. Gédéon marcha à l'ennemi : le
, , quand

Vers. 19. on venoit de poser la seconde garde : on peut traduire, à la seconde veille de la nuit. 16 Les Juifs partageoient la nuit en trois parties, qu'ils appelloient des veilles, comme iz leurs Docteurs s'attestent unanimement , & comme de favans Hommes sont prouvé, en particulier "8 Mr. le Clerc contre Joseph Scaliger , qui avoit avancé que ce partage le fesoit en quatre parties: ce ne fut qu'après que les Juifs eurent subi le joug des Romains, qu'ils divilèrent comme eux la nuit en quatre veilles : de là vient qu'il est parlé dans les Evangiles de la quatrieme Matt. veille de la nuit, expression qu'on ne rencontre XIV. 251 nulle part dans les Ecrits du Vieux Teftament.

Les 1. Vide etiam R. O B. DE BAR TENOR A, ibid. Edit. SURENHUSII.

18 Mr. LE CLERC sur Jug. VIII. 19. pag. ior: Voi. aussi Juste Lips& de milit. Romanâ lib. V.

cap: 9. pag. 167.

.

Aa 3

Les trois bandes d'Israëlites fondirent sur l'armée de Madian, en observant la disposition que Gédéon avoit prescrite. Les ennemis furent éveillez par le bruit que firent les trois cens hommes. Ils ne pouvoient distinguer d'autres fons articulez que ceux-ci parmi tant de voix confufes,l'Epée de l'Eternel, lEpée de Gédéon. Ils étoient encore dans cette espèce d'yvresse, où l'on se trouve pendant le sommeil. Les premiers objets, qui s'offroient à leurs yeux, c'étoient ces funeites flambeaux, dont l'alpect auroit été capable de leur faire perdre la raison, s'ils l'avoient cue encore : cette triste lueur ac

compagnée de cris rédoublez, l'Epée de PEternel, Jug. VII. 1° Epée de Gédéon, porta la terreur dans leurame: 18.

toute la réflexion, dont ils furent capables , c'est que les trois bandes, qui venoient de trois côtcz differens, étoient l'irruption d'une grande arméc, & que le son des trompettes étoit destiné à aniiner tout Israël au carnage. La frayeur leur ôta la présence d'esprit, dont ils auroient pour se défendre, du moins

pour

fc ménager une retraite. La terreur panique du péril les précipita dans des périls réels : ils exécutèrent eux-mêmes ce qu'ils craignoient: ils se jettèrent sur tous ceux qu'ils rencontroient : ils les regardoient & ils les traitoient comme des ennemis impitoyables , & ils ôtoient ainsi euxmêmes la vie à ceux qui étoient seuls capables de les défendre.

Les plus fages & les plus heureux des Madianites dans le desespoir général, où Gédéon les avoit réduits, ce furent ceux qui prirent la fuite, Ils ne sauvèrent pourtant pas leur vie. Ils ne

firent 19 EUS E B. Onomastic. in roce Alelmaelai pag. 4. ·

eu besoin

« PreviousContinue »