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DISCOURS XIII.

Gédéon défait les Madianites.

Juges VI. 34. VII. 1. &c.

,

D

Es que Gédéon eût renversé l'Autel de Bahal, & rétabli le culte du vrai Dieu parmi les Ifraëlites, il alla avec confiance combattre cet ennemi, auquel

Dieu ne lesavoit livrez que pour les punir de leur idolatrie. Après avoir aliem. blé la famille, & lui avoir communiqué le grand dessein qu'il avoit formé, il le déclara aux Tribus de Manassé, d'Ascher, de Zabulon & de Nephthali , & il les invita à y concourir. Elles répondirent à cette invitation, & clles furnèrent avec la famille de Gédéon unc armée de trente-deux mille hommes.

Mais quoique Gédéon cût suivi dans toutes ces démarches le mouvement de cet Esprit de Dicu, dont l'Histoire fainte dit qu'il étoit revêtu, & quoique les signes, qu'il avoit déjà vûs, lui fuflent des marques infaillibles de la victoire, il en demanda un nouveau , soit pour inspirer à ses soldats la confiance dont il étoit animé, soit pour augmenter la sienne propre. Il pria Dieu qu’une Toison, qu'il laisseroit pendant toute la nuit dans son aire, se trouvât le matin toute pénétrée de rosée, pendant que la terre, auprès de laquelle il l'avoit posée, se trouveroit fèche.

Les

Jug. yi. 34

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Les aires dans ces temps-là n'étoient pas couver
tes comme elles le sont dans quelques endroits.
Ce signe fut accordé à Gédéon, qui presia la
Toison dès que le mațin füt venu, & qui en
exprima assez d'eau pour en remplir une tasse,
pendant qu'il ne pouvoit remarquer la moindre
humidité dans le lieu où il l'avoit mise.

Quelque grand que fût ce miracle, dans un
pais cù la rosée étoit fi abondante , il restoit
encore quelque soupçon dans l'ame de Gédéon,
du moins il craignit qu'il n'en roulât quelcun
dans l'esprit de ceux qui en avoient été témoins.
Et nous reconnoiflons que quoique le Phéno-
mène, que nous venons de rapporter, fût sûr-
naturel dans les circonstances il étoit du nom-
þre de ceux, qui à les considerer en eux-mê-
mes peuvent arriver naturellement. Il étoit
possible que la terre fût imbibée de l'eau, qui
étoit tombée sur elle, sans que cela parut au
dehors: au lieu que celle, qui étoit entrée dans
la Toison, devoit sortir

par
les efforts

que

Gédéon fit pour l'exprimer.

C'est ce qui porta Gédéon à demander un le"cond signe, qui fût d'un genre opposé à l'autre. Il desira de voir ce qui étoit beaucoup plus contraire aux loix de la Nature, que ce qu'il avoit déja vû, c'est que la terre , sur laquelle la Toison feroit mise, fut humectée, pendant que là Toison même feroit lèche. Mais en faisant à Dieu cette requête il le pria d'avoir du support pour la foibleffe qui l'avoit porté à la lui addresler : il promit que s'il étoit exaucé encore cette fois, il banniroit jusqu'à l'ombre de la défiance & de l'incrédulité. Dieu eut la condescendance de se proportionner à l'infirmité de fon serviteur , ou à celle du peuple, en fa

veur

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des Ifraëlites vingtrent pour cet ordre qui la témoignoient, onte de le prévaloir it donnée de se décla

Le Texte porte qu'il ailer dès le matin mê. e de Galaad. Mais la Jug. vit? sit au delà du Jourdain. 3. envoyer ces vingt-deux s cxiler de la Terre de punir de leur timidité ? 63 guclques Interprétes : nfce qu'ils ont préferée à scographes, qui sans autre e dit l'Auteur sacré dans cet Jié qu'il y avoit deux Monient le nom de Galand, l'une au delà du Jourdain. Quela

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qucs

opre sur Jug. VII. 3. pag. 4 A N. Annal. ad ann. M. 2768. pag. 432,

veur duquel il avoit demandé ce nouveau signe. La terre fut couverte d'eau , & il n'en

parut aucune trace sur la Toison.

Alors Gédéon ne pensa plus qu'à remplir dignement la commission, que le Ciel lui avoit donnée; il se mit à la tête de ses trente-deux mille hommes : il campa dans la Vallée d'Izrehel proche d'une Fontaine, 'qu'Adrichomius place au midi du Mont Gelboe, dane la Tribu de Manaslé. Cette Fontaine est appellée 27, Harod , c'est-à-dire, trouble, peut-être par an. ticipation, & à cause de l'effroi dans lequel tombèrent les Madianitcs. Les Israelites avoient au septentrion de leur Camp larmée ennemie, qui étoit aussi dans la Vallée d'Izrehel proche d'un côteau appellé 7710, Moré, plus connu anciennement qu'il ne l'est aujourd'hui par nos Géographes. N'auroit-il point été ainsi nommé,

parce qu'il étoit dans le même lieu , qui est apGenes. pellé la Plaine de Moré, dans le Chapitre dou*15.§. zième de la Genèse ?

Quoiqu'un détachement de trente-deux mille hommes ne pût vaincre fans une assistance toute

Divine des hommes, que leur nombre prodiJuges

gieux a fait comparer à des Sauterelles , il pouYI1.12.

• voit arriver que les Ifraëlites attribuaflent à leur force & à Scur courage une victoire , qu'ils alloient remporter par un miracle de la Providence. Il est arrivé plus d'une fois que la valeur a prévalu sur le nombre, & qu'une poignée de foldats, résolus de mourir ou de vaincre, ont défait, fans

que Dieu ait paru y concourir mi.

racu.

į Voi. BOŅFRIRIUs ad vocem Jezrahel in Hies ron. Onomastico pag 98.

2 Tir. Liv, 29. pag. 336.

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