Page images
PDF
EPUB

même à l'esprit: chaque Chrétien peut s'en faire l'application. Il n'est pas nécessaire que nous insistions plus longtemps sur ce sixiéme article.

Le feptiéme concerne la proximité de la conséquence. Dès que les Ifraëlites dirent à Josué:

à Nous servirons l'Eternel : Nous sommes térroins contre nous-mêmes , que nous avons choisi l'Eternel pour en faire l'objet de notre culte e de notre obéifJance, Josué leur dit: Maintenant donc ótez les Dieux des étrangers qui sont parmi vous. S'il y a Vers.23. quelque difficulté dans le fait que ces paroles supposent, il n'y en a aucune dans la vérité qu'elles établissent.

Il peut y avoir de la difficulté dans le fait que ces paroles supposent. Comment se peut-il qu'il y eût alors des Dieux étrangers parmi les Israëlites ? Comment se peut-il que Dieu , qui avoit tant de fois & d'une maniére si terrible puni les rebellions dont ce Peuple s'étoit rendu coupable dans le Desert, Dieu qui avoit quelquefois appesarti son bras sur toute la nation, pour la faute d'un de les membres, eût toleré jusques alors des hommes, qui avoient été ainsi criminels au premier chef? Que si quelque ficau de fa justice a puni cette idolatrie, comment se peut-il que l'Histoire n'en fasse aucune mention, & qu'elle garde un profond silence sur une circonstance si intéressante & fi instructive?

Mais ne pourroit-on pas revoquer en doute cela même, qui fait le fondement de la difficulté, c'est que Josué suppose qu'il y avoit des Idoles au milieu du peuple d'Israël? C'est le parti qu'a pris un fameux 16 Rabin,

& 16 SELDIN, ubi fuprà,

[ocr errors]
[ocr errors]

&" St. Augustin après lui. Ils croient que quand Josué exhorte les Ifraëlites à ôter les Dicux, qui étoient au milieu d'eux, il attaque certains panchans qu'ils avoient pour l'idolatrie, non une idolatrie, dont ils fussent actuellement coupables. Outre la raison de conyenance, qui semble favoriser ce commentaire, il est appuié sur le silence de l'Histoire, qui ne fait mention d'aucun acte d'Idolatrie commis par les Ifraëlites dans le Desert, & qui dit expressément', quelques versets après celui dont nous cher chons l'explication, qu’Hraël fervit ??Eternel pendunt la vie de Jofué, o pendant la vie des Anciens qui lui survécurent, & qui avoient vû comme lui les merveilles, que Dieu avoit faites en faveur de fon peuple.

Cependant le terme de l'Original est trop pofitif, pour être expliqué des pensees de l'elprit seulement : il suppose, ce me semble, une action réelle & extérieure : c'est le même mot qu'employa Jacob , lorsqu'il exigea de fa famille qu'elle se défit des Idoles, qu'elle avoit apportées de Mésopotamie.

D'ailleurs toutes les objections, qu'on allégue contre la vérité que Josué fuppose , se réfutent sans peine.

Une raison de convenance ne doit jamais faire douter d'un fait établi sur de bonnes preuves. Si Dieu a toleré dans cette occasion un plus grand crime dans le temps qu'il en punissoit de moindres, ce n'est pas la premiére fois qu'il a tenu cette conduite. La maniére, dont il dispente les châtimens & les recompenses dans cet

te

17 AUGUST. tom. IV. quæft. 29. in Fofuam pag.

127. &c.

te vie, est louvent impénétrable à notre Raison:
&
pour

se former de justes idées d'une action, il faut en juger par le génie de la Loi , & non par les biens ou les maux présens de ceux qui la commettent.

Si Moyse ne dit pas que les Juifs se soient rendus coupables d'idolatrie dans le Desert, c'est qu'il ne s'est pas proposé de doriner un Journal complet de tout ce qui arriva durant les quarante années qu'ils

y pafférent. Il paroit assez clairement par le Chap. XXIII. des Révélations du Prophète Ezechiel, que fi le peuple Juif n'avoit pas fait des actes publics d'idolatrie, que quelques Interprétes leur ont attribué, fondez sur le Chap. V. des Révélations du Pro-Amos t. phéte Amos,& sur le VII. du Livre des Actes, 25:26.

A&. VII. du moins avoient-ilstoûjours conservé quelques az. restes da culte idolatre, que leurs Péres avoient vû en Egypte, ou qu'ils avoient appris euxmêmes des nations, avec lesquelles ils avoient eu commerce.

Si l'Historien rend ce témoignage aux Ifraëlites, qui servirent PEternel durant la vie de Jofué e des Anciens qui lui survécurent, c'est que

Pia dolatrie ne fut pas générale parmi eux, & pour me servir des termes de 18 Mafius : On doit regarder comme un Etat bien constitué, non celui dans lequel il n'y a aucun Citoyen vicieux, mais celui oui les gens de bien font le plus grand nombre. Supposé donc avec Josué, que quelques Ifraëlites conservasient en secret des Idoles, la conséquence , qu'il rire de leur acceptation de l'Alliance, est juste: 0 tez donc les Dieux des étrangers qui font parmi vous.

Nous 18 MASIus in Fofuam XXIV. 23. dans le 2. vo!! des gr. Critiques pag. 1965.

[ocr errors]

Nous rappellerons encore ici la distinction, que nous avons faite entre le but auquel nous devons tendre, & le but auquel il est néceflaire d'arriver, pour être en état de

grace,

&

pour pouvoir nous assurer que nous y

sommes

parvenus. Ou

pour expliquer notre pensée avec plus de précision encore, il y a certains péchez, si difficiles à connoitre, ou si mal aisez à déraciner, que l'on peut,

lors même qu'on en conserve encore quelque reste, accepter avec sincérité les conditions de l'Alliance, que Dieu daigne contracter avec nous dans la Religion. Mais il y en a d'un autre genre, & dont nous ne pouyons avoir la moindre trace sans enfraindre les clauses de cette Alliance. Dans la premiéreclasse nous rangeons les péchez, qui violent les loix fondamentales de la Religion, & que l'on commet d'une maniére libre, volontaire, avec obstination, ou avec malice. Dans la seconde classe doivent être mises ces infirmitez, qui ne sont pas incoinpatibles avec la véritable Foi, celles dans lesquelles nous tombons en quelque forte malgré nous, & lorsque nous avons lincérement résolu de travailler à nous en corriger. On ne peut pas dire dans un sens de rigueur à un homme, qui contracte Alliance avec Dieu, ou qui renouvelle celle qu'il avoit contractée; N'ayez donc aucun panchant à l'orgueil;n'ayez donc aucun panchant à l'avarice, parce que quoique les péchez d'orgueil & d'avarice ne puissent pas regner dans une ame régénerée, il se peut pourtant qu'ils y exercent quelque empire. Mais on peut dire à cet homme dans le sens le plus rigoureux ; Restituez donc le bien mal aquis ; rompez donc avec cette Societé fatale à votre innocence, & ainsi du reste.

On

Vous.

On peut tirer cette contéquence à toute rigueur, parce que les actes de loûmillion & d'obéissance, qu'on demande alors, font à la portée de celui de qui on les exige. Josué disoit aussi dans ce sens, & la conséquence étoit juste, Otez donc maintenant les Dieux des étrangers qui font parmi

C'est ainsi que ce Législateur renouvella l'Alliance entre Dieu & les Ifraëlites. Il voulut que la mémoire d'une action fi folemnelle fût éternelle parmi les Juifs. Pour cela il érigea deux Monumens, qui en leur rappellant sans celle les engagemens, dans lesquels ils étoient

, entrez, devoient les faire penser à les observer.

1. Il fit enregistrer tout ce que le Peuple venoit de promettre, & il ordonna qu’on l'a- Josué

XXIV, 26. joûtât au Livre de la Loi. C'est tout ce que dic l'Histoire fainte au sujet de ce premier Monument. On peut imaginer divers moyens pour suppléer à la briéveté de cette narration, mais il n'y a personne qui puisse marquer positivement le véritable. "Il y a lieu de préfumer que ce Livre de la Loi, dont il est ici question, est celui qu'on gardoit continuellement dans ’Arche, ainsi que nous l'avons rapporté dans 9 notre Discours sur le Tabernacle. Peut-être que Josué ajoûta à ce volume quelques rouleaux, ou quelques tablettes: peut-être aussi que ces mots, il écrivit ces paroles au Livre de la Loi, doivent être pris dans un sens plus vague,

& signifient seulement que Jofué plaça dans le Lieu très-Saint, à côté de l'Arche , le registre qu'il venoit de dresser.

Le 19 Voi, le I. tom, de nos Discours , Dilc, LIV. pag. 269.

« PreviousContinue »