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colère ou d'impureté? Quand nous nous enga-
geons à corriger la passion de la sensualité, &
celle de la colére , nous nous engageons avec
fincérité de faire nos efforts pour n'en avoir
aucun symptome, non de n'en avoir jamais en
effet. Le but où nous devons tendre à l'égard
du détachement du Monde, c'est de peser dans
une balance de justice les choses visibles avec
les invisibles, le temps avec l'étermité, afin de
préferer toûjours les choses invisibles aux visi-
bles, l'éternité au temps. Mais qui pourroit
fans extravagance dire dans ce lens: Seigneur,
je conlens d’être exclus pour jamais de vos mi-
sericordes, d'être pour jamais l'objet de votre
courroux, s'il m'arrive de faire un acte d'atta-
chement au Monde, s'il m'arrive que les objets
présens & lensibles faflent jamais plus d'impres-
sion sur nom esprit, que ceux qui font propo-
sez à mes espérances ? Quand donc nous nous
engageons à nous détacher du Monde, nous nous
engageons à faire nos efforts pour nous en dé-
tacher parfaitement, mais non que nous par-

:
viendrons à ce degré de perfection, & ainsi du
refte.

Nous avons marqué en second lieu les secours
de l’Esprit de Dieu. Quand nous promettons
d'obéir à Dieu de bon cæur & de bonne foi,
il s'engage de nous donner tous les secours,
dont nous avons besoin pour remplir nos pro-
messes. Plus nous pouvons nous rendre témoi-
gnage que nous sommes sincéres, quand nous
contractons nos engagemens , plus nous som-
mes en droit de nous assurer que Dicu ne nous
abandonnera pas à notre propre foiblesse. Je
sai bien qu'il n'y a rien, qui paroisse plus op-
posé à l'expérience , que cette fidélité de Dieu

dans

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dans les promesses qu'il nous fait de nous aflifter de ses secours. Mais la difficulté vient des fausses idées qu'on s'en forme. On regarde les fecours de l'Esprit de Dieu comme certains liens , qui enchainent la volonté humaine, & qui lui font violence, en sorte que plus les hommes font de résistance à l'action de l'Esprit de Dieu , plus l’Esprit de Dieu fait d'efforts pour s'en rendre le maitre. Ce n'est point ainsi que ces secours doivent être conçûs. Nous entendons que Dicu accorde aux hommes, qui ont contracté Alliance avec lui, toute la force qui leur est néceflaire pour s'aquitter des vœux, qu'ils ont formez en la contractant: en forte que

s'ils venoient desormais à lis violer, ce ne seroit plus par infirmité, mais par un principe d'obstination & de malice. J'ai la faculté de porter mes regards du côté de l'Orient, ou du côté de l'Occident. Je puis fans témérité (en supposant que Dieu, à qui uniquement je me reconnois redevable de ma liberté, daignera me la conserver) je puis sans témérité m'engager par serment à tourner mes regards du coté de Î'Occident, ou du côté de l'Orient. De même: Je suis naturellement foible, corrompu, privé en venant au Monde de la faculté d'obéir aux Loix de la Religion : & fans l'Esprit de Dieu je ne puis rien. Mais quand je contracte une Alliance avec Dieu, je reçois la faculté de lui obéir, je deviens souverainement libre de remplir toutes les conditions, auxquelles il a attaché le falut: je puis tans témérité m'engager à les remplir : & fi je les viole, je suis relponsable de l'abus que j'ai fait d'une liberté , que la Grace m'avoit accordée. Je n'ai pas été téméraire

quand

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quand j'ai promis d'obéir, mais je suis coupable d'avoir été rebclle.

Enfin la ressource de la repentance, même après une chute totale, est une troisiéme folution. Quand nous nous engageons avec exécration d'être fidelles aux clauses de l'Alliance, nous ne prétendons pas nous fermer les

portes de la repentance : nous ne consentons pas d'ê. tre exclus à jamais des miséricordes de Dieu, après une chute totale, fi nous nous en relevons par la repentance. Ce n'est que dans la fupposition de la persévérance dans nos fautes que nous nous soûmettons à cette funeste condition.

Voici la seconde difficulté. Si l'on peut fans témérité entrer dans un pareil engagement, & promettre avec ferment de remplir une condition fi étendue, il femble qu'il y auroit plus de prudence à ne pas s'engiger de cette maniére. Evitez de promettre, & vous éviterez les peines dénoncées aux violateurs de la promesse : rcfusez de jurer, & vous serez à couvert de la punition qui attend ceux qui enfraignent les clauses de leur ferment : travaillez à être charitable sans promettre que vous le ferez : travailJez à être humble fans jurer que vous voulez pratiquer lå vertu de l'humilité : & ainsi du icite.

Je répons, que si nous sommes libres d'entrer dans l'Alliance de Dieu ou de n’y point entrer, nous ne sommes pas libres d'y entrer en acceptant certaines clauses, ou en les rejettant. Dieu est le maître de son Alliance. Il a voulu qu'elle portât cette clause, c'est que tous ceux, qui la contractent, doivent consentir de tenoncer pour jamais à ses miséricordes, s'ils

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violent les conditions de cette Alliance. Nous Tommes libres de participer aux Sacremens, ou de n'y pas participer; mais nous ne sommes pas

; libres đen changer la nature à potre gré. 'Or

' celui qui a établi les Sacremens, a voulu qu'ils fussent des signes exterieurs du ferment de fidélité, que prêtent à Dieu tous ceux qui y participent. Donc tous ceux qui viennent à enfraindre les clauses de l'Alliance font coupables de la violation d'une promesse solemnelle: & tous ceux qui violent les engagemens, dans lesquels ils entrent en participant aux sacremens, font coupables de parjure. Un homme, qui refuse d'entrer dans l'Alliance, & de participer aux sacremens qui en sont les sceaux, s'exclut par cela même de toutes les graces, que Dieu promet à ceux qui entrent dans cette Alliance, & qu'il leur scelle par ses sacremens: il consent à être éternellement exposé aux miséres inévitables à ceux qui sont étrangers de l'Alliance Ephes. de Dieu, comme parle un Apotre. Mais celui 11.12. qui après y être entré en enfraint les conditions,

у eft non seulement exclus comme l'autre des graces, que

Dieu communique à ceux qui entrent dans son Alliance; il est non seulement abandonné à la misére naturelle, mais il a encore ce degré de malheur par dessus celui de l'homme, que nous avons d'abord supposé, c'est que s'ćtant rendu coupable d'un crime, dont l'autre étoit exempi, il est sujet à une peine, dans laquelle celui-ci ne sauroit être envelope : je veux dire qu'il encourt la peine du parjure. C'étoit là le péril que Josué représentoit aux Ifraelites : c'est le péril auquel s'exposent tous ceux quientrent témérairement dans l'Alliance de Dicu: Vous ne pourrez servir l'Eternel, c'eft un Diess

saint,

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saint, c'est le Dieu fort qui est jaloux , il ne pardonnera point vos revoltes ni vos péchez. Quand Vous aurez abandonné l'Eternel, o que vous aurez servi les Dieux étrongers, il changera à votre égard: il vous fera du mal , & il vous consumera après vous avoir fait du bien.

Malgré cette effraiante déclaration les Juifs persistérent à vouloir entrer dans l'Alliance de Dieu, & à s'y lier par un serment. Josué leur propose d'abord les diverles Religions qui leur sont connues: il les presle de se déterminer pour celle qui leur paroitra la plus avantageuse. Ils

. se déterminent pour celle du vrai Dieu: ils réJofué pondent, Dieu nous garde d'abandonner l'Eternel, XXIV. 16. pour servir d'autres Dieux. Jofué leur repréfente

le péril, dans lequel ils vont s'exposer en se liant de nouveau , il leur fait entendre que si Dieu leur a infligé des peines sévéres, parce qu'ils avoient violé les conditions de l'Alliance après y être entrez, il leur en infligera de plus sévéres encore, s'ils la violent après l'avoir renouvellée : ils répondent, que cela même ne

les empêchera point de la renouveller avec ferVers.21. ment: Non, disent-ils, mais nous servirons. Jo

sué revient à la charge: il leur représente l'exécration , dont leur nouvel engagement est ac

compagné, & les malédictions auxquelles ils se Verf.22. soûmettent, s'il leur arrive de l'enfraindre:Vous

étes témoins contre vous - mnémes, que vous avez chois vous-mênies l'Eternel pour en faire l'objet de votre culie & de votre obéissance. Et ils répondent : Nous en sommes témoins. Se peut-il rien de plus autentique? Ce fixiéme point de vûe , sous lequel nous avions consideré le renouvellement d'Alliance entre Dicu & les Ifraëlites , je veux dire la solemnité de l'acceptation, s'offre de lui

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même

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