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semblât tout le butin dans la place. Si les richelles de la ville étoient à la campagne , il falloit les faire apporter dans la ville, parce que la Loi portoit, qu'on les brulat dans la place. Si c'étoit un bourg, qui fût dans le cas, il devoit être épargné, parce que Moyse ne parloit pas d'un bourg, mais d'une ville. Si la ville accusée étoit une ville de refuge, elle ne devoit pas non plus subir la rigueur de cette sentence, parce qu'il eft dit, quand tu entendras , non clans quelcune des villes de refuge, mais dans quelcune de tes villes. Si la ville étoit limitrophe du pais de Canaan , elle devoit aussi être exempte de ce châtiment: parce que la Loi portoit , non lo quelque ville qui est dans vos limites , maissi quelque ville qui est au milieu de vous. Et ce qu'il y a de plus singulier & de plus extravagant, c'est que la ville coupable étoit épargnée, fi ceux qui l'avojent feduite s'étoient servis d'un autre formulaire

que de celui qui est rapporté dans la Loi, à savoir, allons après des Dieux étrangers, e servons les.

Les personnes, qui furent députées vers les quarante mille hommes, leur reprélentérent la surprise que cet Autel , qu'ils venoient de batir, avoit causée à tout Ifraël : ils rappellérent à leur mémoire les fleaux que Dieu avoit envoyez far les Ifraëlites , lorsqu'ils avoient enfraint les loix qui leur avoient été données : surtout ils les firent penser aux peines qu'il leur

avoit infligées, lorsqu'à la follicitation des filles Nomb. Moabites ils avoient rendu des honneurs reli

gieux &c.

12 MAIMONIDES Halach. aboda zara, cap. 14. 5. voi. autfi SILDIN, de Synedr, lib. III, cap. 5. pag.

XXV. I.

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gieux à Baal. Pehor. Ils leur dirent que si le feul crime d'Hacan avoit attiré la vangeance divine sur tout le Peuple , à plus forte raison Dieu alloit-il être embrasé de courroux, lorsque deux Tribus & demie seroient coupables d'une revolte générale. Mais ce qu'il y eut de plus singulier dans le discours des Députez, ce furent ces paroles, que je rapporterai telles quelles sont dans le Livre de Josué: și la Terre que xxii. 19.

Jor. vous possedez, dirent-ils aux quarante mille

hommes, est fouillée, passez dans celle qui est clans la poflesion de l'Eternel , est le pavillon de l’Eternel, ayez votre possession parmi nous , ne vous revoltez point contre l'Eternel, en vous bâtissant un Autel différent de celui de notre Dieu. Il eit évident que c'est la présence du Tabernacle, qui fesoit soupçonner les Députez que les quarante mille hommes regardoient la Terre de Canaan comme plus fainte que celle de Galaad, qui leur avoit été assignée. 17 Les Juifs ont aussi eu ces idées. Ils ont donné communément le nom de Terre sainte à la Judée. Ils le pouvoient à juste titre : mais que n'ont-ils point dit sur la sainteté qu'ils attribuent à cette Terre ? 13 Ils ont dit que l'on recevoit bien daris le Temple des obla- Exod. tions du provenu de tous les autres pais, mais XII. 22.

Levit. que le bouquet d'hysopé, dont on se fervoit

XXIII. 17. pour arroser les linteaux & les poteaux des portes, devoit être pris du produit de la Terre de Canaan, de même que les deux pains, qui devoient être offerts à Dieu dans la Fête de Pentecôte. Ils ont dit, que la poudre de ce pais

étoit

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13 Mischna tit. Menachot , cap. 7. sect. 1. pag. 89. Voir aussi la note de R. MOSCHE FI. MAIM, ibid.

con

13. &c.

étoit plus pure que celle des autres lieux de
l'Univers : ils ont dit , que les prémices , qu'on
apportoit à Jérusalem, & qui pafloient par le
pais des Gentils, contractoient une certaine im-
pureté, & qu'elles étoient fouillées par l'air qui
s'attachoit aux tuyaux de la corbeille, où elles
étoient renfermées. ' 14 Ils ont dit,

14 Ils ont dit, que même
au jour de la rélurrection les corps des Juifs,
qui étoient dans le pais des Gentils, ne pour-
roient être réunis à leur ame, qu'après être ve-
nus dans la Terre de Canaan par des lieux soû-
terrains, que Dieu a formez pour les

y
duire. C'eit ainsi qu'ils exp'iqucnt ces paroles
Frech. d'Ezéchiel: Mon l'esple vous faurez que je suis
XXXVII. 1 Eternel, quand j'aurni ouvert vos sepulcres ,

que je vous en aurai tirez, qıland j'aurai mis mon
Exprit en vous, quand vous revivrez, e que vous
Jerez rétollis.dans votre païs. '5 Ils ont dit, que
cette Terre avoit la vertu de procurer aux cou-
pables le pardon de leurs péchez. Et la-dellus
ils debitent cette Fable. 16 Le Rabin Juda &
le Rabin Eliezer se promenoient ensemble hors
de la ville de Tibériade tout près d'une de ses
portes. Ils virent un Mort, que l'on apportoit
du pais des Gentils , pour Paller enterrer dans
la Terre d'Israël. Le Rabin Juda demanda à
Eliezer, à quoi sert à cet homme, qui est mort
dans une Terre étrangére , d'être enterré dans
celle ci? Ne peut-on pas lui appliquer ces pa-

roles de Jéremie : Vous avez rendu mon héritage Jer. II. 7. abominable lorsque vous viviez : vous Pavez

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1

fouillé

14 Voi. Gemara Hierof. tit. Schabbat. fol. 3. col. 4. 15 Bereschisha abba, fect. 96. cap. 7. fol. 518. 16 Voi. RELAND, Palestina s. lib. I. pag, 26. 17 Gemara Ketuvoth, fol. 3. 1,

XXXII.

fouillé après votre mort ? Mais le Rabin Eliezer répondit:ce Mort tire un grand avantage d'être enterré ici, c'est par là que les péchez seront expiez: c'est à cela

que

se

rapporte le passage du Deuteronome:Il a expié la Terre & Jon Peut

Deuter. ple. Ce sont les paroles d'Eliezer. Et c'est

43. une sentence du 17 Talmud , qu’étre enterré dans le païs de Canaan, « étre enterré sous l'Antel, c'est la même chose C'est aussi un mot '8 d'Abarbanel, que celui , qui demeure hors dito païs d'Ifraël, est semblable à un Athée.

Il y a quelque chose de plus solide dans '9un discours, où Joseph Méde examine , comment Dieu est dit dans les Ecritures être plus dans un endroit que dans un autre.Cesavant Auteur croit, que cette présence consiste en ce que Dieu est accompagné de les Anges, dans le lieu où il est dit être présent d'une façon singuliére. Il ramasse divers endroits de l'Ecriture, dans lesquels il est parlé des lieux où Dieu habite, & il veut prouver que cette habitation, ou cette prétence, a toûjours rélation aux Anges, dont Dieu est accompagné dans ces endroits-là , comme un Roi lett de ses Gardes & de ses Courtisans dans son Palais. Ainsi Jacob aiant vû cette Echelle miraculcuse, où étoient des Anges qui montoient • & qui descendoient, dit: Certainement l'Eternel Genel. est ici, cớ je n'en savois rien ; que ce lien ici est xxvir. épouvantable : c'est ici la Maison de Dieu, c'est ici la 16. 17. porte des Cieux ! De même Dieu est souvent représenté comme étant descendu sur Sinaï, lors

que 18 A BAR B AN EL in Zachar. quæft. 1.

19 JOSEPH MEDE Discours Book 2. in Ecclef. V.5. I. pag. 383,

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XXXIII. 2.

53.

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2.

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1,2.

que fa Loi y fut publiée: & c'est encore selon

le témoignage de Moyle, celui de St. Etienne Deuter.

& celui de St. Paul, parce que les Anges étoient A&. vir. Iur cette Montagne. Par la même raison St.

Jude représente le Seigneur venant avec les Saints Galat.

qui font par milliers. Hebr. 11. Joseph Mède pense, que c'est en ce sens II

que les Auteurs sacrez & leurs anciens Interprétes Jud. 15.

ont appellé les Temples les Maisons de Dieu, C'est ainsi que le Roi Agrippa attestoit le Temple de Dieu & les faints Anges , qu'il avoit fait tous ses efforts pour prévenir la rebellion des Juifs contre les Romains. C'est ainsi que David en parlant du culte, qu'il rendoit à Dieu dans

le Temple, disoit : Je me profternerai dans le CXXXVIII. Palais de ta Sainteté : je te psalmodierai en la pré

Jence des Dieux : c'est-à-dire , selon la Version des LXX. & selon la Vulgate, en la présence des Anges. C'est pour cette raison selon lui, que sur les courtines du Tabernacle, & fur celles du Temple, on avoit représenté des Cherubins, pour marquer que Dieu habitoit dans ce lieu sacré avec ses Anges. C'est encore l'idée qu'ont les Juifs , lorsque faisant leurs priéres devant l'Armoire, dans laquelle ils renferment le Livre de la Loi, ils disent : " O Seigneur Dieu, ces Ange's, cette societé céleste font assemblez ici bas avec votre Peuple d'Israël: ils vous couronnent avec leurs louanges, et ils vous disent à cris redoublez, Saint, Saint , Saint est l'Eternel des Armées, tout ce qui est dans toute la Terre est la gloire.

C'est encore selon la même idée, que ** Joseph Mède explique deux paflages, qui ont

donné 20 JOSIPH, de Bello Fuit, lib. II. 15. fect 4. pag.

21

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