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Jofué renvoie les Rubenites, les Gadia tes, ceux de la demi-Tribu de Manasé.

JOSUE XXII.

L

ز

Es quarante mille hommes de la Tribu de Gad, de celle de Ruben, & de la moitié de celle de Manassé, avoient rempli leurs engagemens. Ilsavoient

laissé leurs biens, leurs familles audelà du Jourdain ; ils avoient passé ce fleuve avec leurs frères ; ils avoient courageusement combattu pour eux contre l'ennemi commun; & contribué de tout leur pouvoir à les rendre maitres de la Terre de Canaan. Josué, satisfait de leurs travaux & de leurs services, les congédia.

Il n'est pas facile de marquer bien précisément l'époque de leur départ

. C'est ce qu'on peut conclurre des réflexions, que nous avons faites dans le Discours précédent. ' Uferius croit que ce fut l'An du Monde 2560. la sep. tiéme année de l'entrée des Israelites dans le pais de Canaan, laquelle fut selon lui la première

1

année

USSERIUS Ætas M. IV. in ann, 2560. pag. 23.

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année Sabbatique. · Masius prétend que ces quarante mille hommes furent quatorze années entieres dans la Terre promise. Il prouve démonstrativement que la plûpart des Juifs sont dans cette pensée. Nous voudrions, qu'il nous eût fourni d'aussi grands secours pour déterminer si elle est fondée sur des raisons solides.

Nous pourrions facilement rapporter les pensées des autres Chronologistes sur ce sujet : mais il n'y en a aucune qui nous ait paru exempte de difficultez. J'avoue que c'est une chose peu agréable, & qui probablement rebutera souvent nos Lecteurs, que cette incertitude perpétuelle, dans laquelle nous demeurons sur certains sujets. Si c'est parce que nous manquons de pénétration; ce n'est pas du moins faute de travail. Nous avons fait tous nos efforts pour trouver dans les Ouyrages des grands Hommes des fecours pour ne rien laifler d'indécis dans celuici. Mais c'étoit là une chose impraticable, sur tout dans ce qui concerne la Chronologie. Les Chronologistes, qui marquent année par année, mois par mois, & en quelque forte jður par jour, chaque événement raconté dans l'Histoire sainte, font voir dequoi "leur imagination est capable, mais non ce que les Auteurs facrez ont raconté. Et s'il m'eft permis de parler avec franchise sur cette matière, il n'est pas difficile de faire suppléer des conjectures à des preuves Chronologiques. Il n'y a personne, qui trouvant dans une narration un certain nombre de faits arrivez dans l'espace de 20. ou de 30. années, ne puific ranger une partie de ces

faits 2 MASIus in Jofuam XXII. I. pag. 1923, dans le II. volume des gr, Critiques,

à

faits dans la premiére de ces années, une autre dans la seconde, & ainsi du reste.

Il étoit à craindre que les deux Tribus & demie, qui alloient être comme abandonnées à elles-mêmes , & faire en quelque forte un peuple à part au-delà du Jourdain, ne se corrompissent dans la Religion & dans les meurs, & ne laiflaflent insensiblement relacher les noeuds, qui les unisoient avec le reste des Israëlites: Elles étoient éloignées du lieu , où étoit le Tabernacle, & où Dieu donnoit les marques les plus augustes de la présence. Josué prévit le péril, & fit tous ses efforts pour le prévenir. Ne pouvant fuivre ses frères pour veiller luimême à leur salut, il les munit des conseils les plus falutaires, & il leur adresla les plus pressantes exhortations. Il donna à leur fidélité & à leur courage les éloges qui leur étoient dûs. Il reconnut qu'ils avoient accompli la condition, à laquelle ils s'étoient loûmis, lorsqu'ils avoient demandé à Moise d'être mis en poslession des premiéres conquêtes des Ifraëlites. Il les exhorta à ne pas se relacher dans la pratique de leurs devoirs, & à avoir toûjours présentes à l'esprit ces augustes loix, que Dieu leur avoit données par le ministére de leur grand Législateur. Il leur commanda de faire part à leurs

à frères du butin qu'ils avoient remporté sur les Cananéens. Cet ordre étoit juste. Quoique ceux, qui étoient restez au-delà du heuve, n'euflent pas participé aux périls de ceux qui lavoient paflé, ils avoient pris foin de leurs familles : ils les avoient défendues contre les insultes des ennemis, dont ils étoient environ

Dåns le II. vol, de nos Discours , Disc. LXVII. pag. 495. &c.

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nez.

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3

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nez. Ca toûjours été une loi reçûe parmi le Peuple de Dieu, que ceux, qui étoient détachez pour une expedition militaire, donnaflent au reste de l'Armée quelque partie du butin qu'ils rapportoient de leur expedition. Cette loi étoit aussi suivie dans le Paganisme. 3 Nous en avons vû des exemples , lorsque nous avons raconté le partage du butin remporté sur les Madianites. Mais la loi de donner à ceux, qui étoient restez dans le Camp, une portion égale à celle de ceux qui avoient fait l'expedition, n'étoit pas encore prescrite du temps de Josué. Ce fut David qui l'établit & qui l'observa, xIx. 20.

I Sam. lorsqu'il eût défait les Hamalekites.

&c. Après que Jofué eût adressé ses exhortations aux quarante mille hommes il leur fit des Verf.6.79 souhaits. L'Histoire fainte dit qu'il les bénit, c'est une des expressions les plus favorites des Auteurs sacrez, & dont ils se fervent pour marquer

les veux les plus tendres. 4 Quelques uns ont conclu de la maniere, dont les bénédictions de Josué sont couchées dans le Livre, qui porte son nom, que ce faint homme avoit donné une bénédiction particulière à la demiTribu de Manaslé: ils en ont rendu cette raison, c'est que ceux de cette Tribu avoient une liaison plus étroite avec celle d'Ephraïm , dont Josué étoit lui-même , & qu'ils alloient être éloignez les uns des autres. Ce fut ainsi

que

les quarante mille hommes fe léparérent de leurs frères.

Mais à peine s'étoient-ils donné des řarques reciproques de tendresse & de confiance, qu'ils fe virent sur le point d'en yenir aux mains,

& de

4 PATRIC in Fol. XXII. 7. pag. 268,
Tom. Ill.

P.

de s'égorger les uns les autres. Voici quelle fût

l'occasion de ce changement. Le Texte porte, Verf.10. que les quarante mille hommes vinrent aux li.

mites du Jourdain , qui étoient au pais de Canaan,
á qu'ils bâtirent un A tel d'une grandeur ex-
traordinaire. C'est ainsi qu'on peut traduire les
paroles de l'Original, & c'est ainsi que plu-
licurs Versions lcs ont rendues.

Elles sont
pourtant équivoques : & leur ambiguité les
rend tusceptibles d'une autre traduction. 1. Ce
qui est dit, que les Israëlites étoient arrivez aux
limites du Jourdain, peut signifier qu'ils é-
toient à un lieu nommé Geliloth : quelques
exemplaires des LXX. portent Galaad, & quel-
ques-uns Galiloth :

5 Éufébe & St. Jérome prennent aussi le mot de POriginal, qui peut fignifier limites , pour le nom propre d'un lieu appellé Geliloth , situé sur les bords du Jourdain, échu aux Benjamites. 2. Ces autres paroles, qui étoient au pais de Canaan, peuvent se traduire, qui étoient vis-à-vis, ou à l'opposite de Ca

Si l'on suit cette traduction, & fi l'on
retient celle qui rend Geliloth par limites, toutes
ces paroles pourront signifier, que les quarante

,
mille homines étoient arrivez à l'autre bord du
Jourdain, c'est-à-dire, qu'ils avoient déja paré
te fleuve, & qu'ils étoient précisément sur les
frontiéres du pais de Galaad 3. Enfin au lieu
de traduire, ils bâtirent , on peut traduire, ils
bâtirent alors: de forte que supposant même que
l’Auteur sacré entend par Geliloth un lieu, qui
étoit dans la Terre de Canaan, ou bien sur les

limi

naan.

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5 & 6 EUSEB. & HIERON, in voce Galiloth,

pag. 87.

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