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qu'en étant répandus parmi le reste de leurs Frères, ils puffent aisément leur enseigner ses Loix, & leur signifier ses volontez. Il y avoit trois familles de cette Tribu, lorsqu'on divisa Jofué la Terre promise; celle de Kéhath, celle de xxi. 4 Guerschon, & celle de Merari. La premiére &c. eut treize villes , situées dans le territoire de Juda, dans celui de Siméon , & dans celui de Benjamin. La seconde eut treize villes dans le territoire des Tribus, qui avoient eu leur par, rage au-delà du Jourdain ; quatre dans celui d'Issachar; quatre dans celui d'Afer , & trois dans celui de Nephthali. La troisiéme eur douze villes dans le territoire de Zabulon, de Ruben & de Gad; la dispersion des Levites étant comme un monument destiné à conserver la mémoire du zèle de leurs pères , & de la récompense, dont Dieu l'avoit couronné.

6. Il y cut trois fortes de personnes, qui furent distinguées dans le partage, (& c'eft ce que nous devons examiner dans un lixiéme article) .. Josué; 2. Caleb ; 3. Les Filles de Ttelophcad.

Le partage de Josué n'est remarquable que par la modération de ce Général. Après avoir essuyé tant de travaux, après avoir couru tant de périls , après avoir fait tant d'exploits, il étoit en droit de demander quelque portion éclatante dans un païs, à la conquête duquel il avoit cu tant de part. Il fe contenta pourtant d'une petite ville dans fa Tribu, ce fut celle de Josué Timnath-Serah, encore est-il dit qu'il la bâtit XIX. 50. lui-même avant que d'y habiter.

On 16 Dans notre II. vol. Discours LIII. pag. 190.

IIV, 24.

On peut trouver quelques difficultez dans ce

qui est rapporté touchant la portion de Caleb, Jof. xiv. qui est appellé Kénéen ou Kénizéen , sans que 6. nous en puissions découvrir la raison. Il

rappella à Josué la promesle, qui lui avoit été faite, Jorsqu'il reprima les espions, qui avoient voulu inspirer leur lâcheté & leurs terreurs aux Ifraëlites. Cette promeffe portoit, que Caleb posfederoit une Montagne, sur laquelle étoit située la ville d'Hebron & fon territoire. L'Auteur du Livre de Josué dit que cela lui fut accordé,

On objecte i. qu'il n'est fait aucune mention Nombr. de cette promesle dans les Ecrits de Moyle: qu'il

у eft dit seulement en général, que Dieu avoit promis à Caleb de le faire entrer dans le pais de Canaan, & de l'y affermir avec sa postérité. Mais cette objection s'évanouit, quand on confronte la promesse faite à Caleb, avec ce que l'Histoire fainte rapporte, que ce saint homme avoit pénétré jusques à Hebron, lorsqu'il fût envoie pour reconnoître la Terre promise.

2. Voici une difficulté, qui paroit d'abord

plus considérable. La ville d'Hebron est mife Jofué z. parmi celles que Josué avoit prises avant le par36. tage. Cependant il paroit qu'elle étoit encore

entre les mains des Cananéens, quand elle fut accordée à Caleb, & que toute la prérogative qu'il demandoit, c'étoit de la posleder, après

qu'il l'auroit conquise. C'est l'idée que réveilJof. xiv. lent ces paroles : Donne moi cette Montagne,

dont l'Eternel parla en ce jour-: car tu entendis alors que les Hanakins étoient , & qu'il y avoit de grandes villes fortes ; peut-être que l'Eternel sera avec moi, e que je les dépossederai, comme l'Eternel en a parlé. C'est sur-tout ce qui paroit clairement établi dans le Livre des Juges, où

Voi.
Nombr.
XIII. 23.

12.

il est dit, qu'on donna Hebron à Caleb , qui en
déposseda les enfans de llanak. Nous répondons Jag. Ia
par l'une ou l'autre de ces suppositions.. Ou 20.
les ennemis avoient repris sur Josué cette même
ville qu'il avoit prise lur eux, comme cela ar-
rivoit quelquefois, ainsi que nous l'avons déjà
remarqué; ou bien Josué n'avoit d'abord pris
que la ville, pendant que les Cananéens en
occupoient encore les dépendances, du moins
il est très certain que le mot d'Hebron se prend
en deux sens dans l'Histoire fainte : quelquefois
il signifie simplement la , ville qui portoit ce
nom; dans ce sens il est dit, qu'Hebron fut dorné
aux sacrificateurs. Quelquefois il signifie tout Jof. xxr.
son territoire ; dans ce sens il est dit qu'Hebron "1. 12. 13.
fut donné à Caleb. C'est assez sur cet article. Jug. 1.

Les filles de Tselophcad furent les troisiémes 20.
personnes, qu'on distingua dans le partage de la
Terre sainte. Elles virent que Moyse n'avoit

Nombr. compris dans le dénombrement de ceux,

aux- xxvII. 1. quels étoit destinée une portion dans la Terre &c. Promise, que les mâles de vingt ans & audeslus. Leur famille alloit être éteinte, & elles étoient menacées d'être sans partage en Israël. Elles rapportérent leur cas à Moyse, à Eleazar, aux principaux & à toute l'assemblée , devant le Tabernacle. C'est ainsi que l'Histoire fainte dénigne le grand Conseil des Ifraëlites. Il tenoit fes assises près du Tabernacle, afin que s'il survenoit quelqu'un de ces cas extraordinaires, que a Jofué la prudence humaine ne fauroit éclaircir, or X. i. fût plus à portée d'aller à la source de la lumière, xx!"%. & de consulter l'Oracle. Aufli trouvons-nous c i. Sam. que ce Confeil le tint, tantôt à '* Schilo, tan- XI. 15. tôt à b Mitspa, tantôt à · Guilgal, tantôt d 1. Sam, .

Nob, tantôt à · Gabaon, selon les lieux XXI. 1:

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e I. Chr.

où xvi. 39.

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où étoit le Tabernacle, marchant toûjours à la
suite de cette Tente de Dieu, jusques à ce qu'il
se fixât enfin avec elle à Jérusalem.

Ces filles représentèrent à cette Allemblée,
que Tselophcad leur père avoit été coupable
véritablement, mais non d'aucun de ces crimes,
dans la peine desquels on envelope les enfans
avec les pères, qu'il avoit toûjours reconnu
l'autorité de Moyfe ; qu'il n'étoit jamais entré
dans le complot de ces factieux, qui avoient
eu l'audace de s'y soustraire ; que s'il étoit mort
sans avoir vû la Terre promise, c'avoit été en
exécution de la Sentence, qui en excluoit tous
ceux qui avoient murmuré dans le Desert. C'est
ce que nous entendons par ces paroles, il est mort
dans son péché : & cela même réfute suffisam-
ment la pensée de '9 ceux qui ont prétendu,
que Tselophcad étoit l'homme, qui fut lapidó
pour avoir remaflé du bois un jour de Sabat.

Quelque grande que fût l'autorité de ceux en la présence desquels la cause, dont nous parlons, fut rapportée , ils n'oférent prononcer sans avoir recours à l'Oracle. Il fut favorable aux filles de Tlelophcad. Il leur adjugea la portion qu'elles avoient demandée. Ce cas particulier donna même occasion à une Loi générale, qui devoit être observée dans tous les

cas pareils. Elle portoit, que quand quelqu'un Nombr. mouroit sans avoir des fils, son héritage devoit XXVII. 8. passer à ses filles : que s'il mouroit fans enfans,

son héritage devoit pafler à ses frères: que s'il
mouroit sans frères, son héritage devoit pafler
à fon oncle: & que s'il mouroit sans oncle,

c'é17 Voi. SELDEN. Synedr. lib. II. cap. 1. sect. 9. pag. 506. Gemara Babyl. ad titul. Sabbat. cap. 11, fol. 96. pag. 2

c'étoit au plus proche parent à en hériter. Sur quoi 18 Grotius remarque, que les oncles héritoient, parmi les Hébreux, avant les neveux; & il croit que cette Loi passa des Juifs aux Phéniciens ,

& des Phéniciens dans toute l'Afrique.

Selon la réponse de l'oracle , les filles de Tselophcad ne devoient naturellement avoir que la portion de leur père. Il étoit de la Tribu de Manaffé, dont il y avoit cinq branches à pourvoir, outre celles qui avoient eu leur partage au-delà du Jourdain. Ces cinq branches étoient celle d'Abiheser, celle d'Helek, celle d'Afriel, celle de Schekem, celle de Schemidah. Les descendans de Chepher, père de Tselophcad, feloient la sixiéme. Les filles de ce dernier devoient avoir par cela même une fixiéme portion. Jofae Cependant il est dit, qu'outre le pais de Galaad XVII. 22 & de Balan, qui avoit été donné à une moitié de la Tribu de Manaflé, cette Tribu cut dix portions au lieu de fix. La réponse à cette difficulté est naturelle. Il y eut six portions pour chacune des fix branches de Manassé ; Jofuc mais la fixiéme fut partagée en cinq, parce que

XVII. SI Tselophcad avoit laissé cinq filles. Les Juifs font d'autres calculs, dont on peut voir la liste dans un endroit des Ouvrages de ''Selden, que nous n'aurions pû extraire ici, fans donner un trop grand exercice à la patience de nos Leco teurs comme nous avouons ingenûment qu'il en a donné à la notre. Nous placerons aussi dans un autre lieu nos remarques sur les villes de refuge.

DIS18 GROTIUs in Numer. XXVII. ro.

19 SELDEN, de fucceffion, in box. Defun&. cap. 23. pag. 72,

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