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satisfaire, ce me semble, du moins en partie,
aux deux difficultez que nous nous sommes
faites.
Le nombre des Israëlites, qui avoient vingt

& dc ceux qui étoient au-dessus de cet âge, lorsque Moyse fit le dénombrement, ne pouvoit pas être le même lorsqu'on fit le partage. Plulieurs de ceux qui avoient cet âge moururent dans les combats, qui se livrérent pendant les sept années, qui s'écoulérent depuis le prémier de ces deux périodes jusques au second. D'ailleurs un grand nombre de ceux qui avoient depuis treize ans jusqu'à dix-neuf, quand Moy, se dénombra les Ifraëlites, avoient atteint ou passé cet âge quand Josué les mit en possession du pais, qui leur étoit échû; il n'est pas vraisemblable qu'étant en état de porter les armes , ils n'eussent aucune portion dans la Terre promise. Je suppose que la prudence de tous ces illustres perfonnages, dont j'ai parlé, pourvuť aux inconveniens que ces différences devoient naturellement produire. Ils firent une exacte compensation des morts avec les vivans. Ceux qui avoient atteint l'âge de vingt ans depuis le dénombrement, prirent la place de ceux qui l'avoient lorsqu'on les dénombra, mais que la mort empêcha de prendre possession des pais, que Moyse leur avoit assignez.

Le principe, qui sert à éclaircir la prémiére difficulté, peut servir à l'éclaircissement de la feconde. La prudence des personnes, commises fur le partage, suppléa à ce que le fort ne put

déci.

II JOSEP H. Antiquit. V. 21. pag. 187. Il dit dans le même endroit, que Josué leur commanda de faire

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décider. Les Messagers, envoyez dans la Terre promise, lavoient divilée en portions égales. Le fort décida laquelle de ces portions devoit être donnée à chaque Tribu. Chaque Tribu étoit donc d'abord partagée également : mais comme elles n'étoient pas toutes également nombreuses, il arrivoit que celle dont le nombre étoit plus grand , n'avoit pas plus d'étendue de païs, que celle dont le nombre étoit-moindre. De même à l'égard de chaque famille. De plus une portion de terre, qui avoit la même étendue, n'avoit pas la même fertilité. Il étoit juste qu'on eût égard à cette différence; que Pon compensat l'étendue par la fertilité, ou la fertilité par l'étendue, ou, comme s'exprime

Joséphe, que les portions fussent pldtôt eftimées que me furées; Τιμητες μάλλον ή μετρητες τες xnúpous!. Il n'y avoit qu'Eléazar , Josué, les Chefs des Tribus, qui puslent faire cette compensation. Les Messagers ne pouvoient pas Pavoir observée dans la division , qu'ils avoient faite de la terre.

Comment au milieu de tant d'ennemis , dont la vigilance devoit sans doute avoir été réveillée par l'approche , & pár les conquêtes des Ifraëlites , auroient-ils pu faire des observations fort exactes sur la nature des terroirs qu'ils avoient recontrez , quand mêmê ils auroient mis, ainsi que le veut "Joséphe, sept mois à leur commission? On auroit même de la peine à expliquer comment, fans un concours de miracles qu'on ne doit pas multiplier inutilement, ils purent surmonter toutes les

diffi

l'estimation des meilleures terres , & de celles qui va.
loient moins,
12 Ibid,

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Vers.9.

difficultez, qui s'opposoient au but qu'ils avoient de prendre une Carte générale des pais, que les traël res n'avoient pas encore subjuguez.

La folurion, que nous venons d'appliquer aux deur difficultez, que nous nous étions faites, est suffisamment justifiée par la nature de la chose, à quelle nous l'appliquons. Ce n'est pourtant pas fur li nature de la chose seulement que nous l'avon, fondée. Elle est appuyée sur plusieurs faits rapportez dans l'Histoire sainte. Je n'en alléguerai qu'un scul. Il est dit dans le Chapitre XIX. de Josué, que l'héritage des enfans de Siméon fut pris du lot de ceux de Juda ; parce que la portion, qui avoit été assignée à ces derniers, étoit trop grande pour eux.

Comment la portion de la Tribu de Siméon fut-elle prise de la Tribu de Juda, fi Dieu avoit déclaré par le sort celle qui devoit écheoir à cette derniére? C'est cela même que nous avons avancé; Dieu ne décidoit que d'une maniére générale par le fort le partage de chaque Tribu, & il laiffoit à la prudence des personnes, qu'il y avoit préposées, à le régler en détail. On peut tirer la même conséquence du cas des filles de Tlelophcad, que nous rapporterons bien-tôt.

Mais quoique nous attribuions à ceux qui és çoient préposez au partage de la Terre promise, tant d'influence sur la maniére dont elle fut partagée, nous sommes convaincus que ce n'est point à leur décision, mais à celle du sort miraculeusement dirigé, qu'on doit attribuer l'harmonie, qui se trouve entre les portions qui echůrent à chaque Tribu, & les Oracles qui les avoient prédites. On ne peut s'empêcher d'être

frapé

13

MASIV s in Fofuam XIV. 1--5. dans le 11.

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Frapé de cette harmonie, quand on compare les paroles de Jacob, & celles de Moyse mourant, avec ce que l'Auteur du Livre de Josué raconte, & ce que l'expérience nous apprend sur ce sujet

. '3 Masius , à qui nous devons le plus riche Commentaire qui ait été fait fur Josué, a énergiquement exprimé cette pensée; & nous transcrirons ici ses paroles : Les portions échứrent à châque Tribu, dit-il, selon que Jacob l'avoit claré deux cens cinquante ans auparavant, dans les derniers momens de la vie, & Moyfe immédiatement avant que de mourir. Car il échút à la Tribu de Juda une terre abondante en vignes e en pâturages: à Zabulon et à fachar , it échût des Ports de mer. Il y avoit dans celle d'Afer beaucoup d'huile, de froment de metaux. Celle de Benjamin fit proche du Temple ; en sorte que cette Tribu étoit entre les épaules de la Divinité. Ephraim & Manalé furent distinguez par un terroir extraordinairement bénit du Ciel. Le païs de Nephthali s'étendoit depuis l'Occident jusques au Midi de la Judée. Enfin Levi se vit deshérité : le partage de Sie méon fut enclavé avec celui de Juda. Puis donc gue le fort répondit si bien à ces prédictions, il fau. droit porter l'imfalence ou la stupidité au plus haut degré, pour refufer de reconnoitre l'inspiration de Dieu dans les paroles de Jacob, & dans celles de Moyse, pour ne pas voir l'action de la Divinité dans le fort, an fa Providence dans l'événement , dans les Oracles qui Pavoient prédit.

5. Nous devons examiner ce qui concerne le partage des Levites. En recueillant ce que nous avons eu occasion de dire sur leur sujet dans divers endroits de nos Discours, on éclair

cir2 yol. des gr. Critiques pag. 1796.

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de mort ,

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cira ce qu'il peut avoir de plus difficile. "4 Nous avons vû, dans l'histoire de l'enlevement de Dina, le massacre que Siméon & Levi firent dans la ville de Sichem. Nous avons vû dans le même endroit que Jacob leur en fit les reproches les plus cuisans. Nous avons remarqué 's ailleurs, que ce Patriarche rappella leur sanguinaire conduite dans son lit

& qu'il leur en dénonça la puni. Génése tion. Je les diviserai en Jacob, je les disperXLIX. 7. Jerai en Ifraël. C'est-à-dire : que la postérité

de Siméon & de Levi ne seroient pas partagées. comme celles de leurs autres frères dans la dir, tribution de la Terre promise. Sentence, qui

fut cxécutée à la rigueur envers les descendans Josué

de Siméon, dont le partage fur enclavé dans c lui de Juda. Mais l'Histoire scandaleuse de l'idolatrie du Veau d'or 16 nous a montré lą, postérité de Levi, effaçant par des exécutions, que le zèle pour la gloire de Dieu avoit inspirées, ce qu'il y avoit eu de noir dans celles que evangeance de ce Patriarche avoit produites.

cu cublia les excès de la vangeance, en conidération des beaux effets du zèle. Il ne revo qua pas entiérement la fentence prononcée contre Levi, mais il changea la deltination. Il fit que ce qui étoit d'abord une flétrissure, devine une marque d'honneur. Les descendans de ce Patriarche ne furent pas partagez comme les autres Tribus. Ils furent didijez en Jacob,

disperfez en Ifraël, selon l'Oracle de Jacob; mais Nombr. Dieu fut lui-même leur portion of leur héritage. XVII, Il les choisit pour les Ministres, & il voulut

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qu'en 14 Dans notre I. vol. Discours XXXIII. pag, 436. 15 Ibidem Disc. XLI. pag. 509.

20.

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