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faire le partage de la Terre promise. Quelque vénération, que fes exploits & ses vertus lui eussent aquise, il n'auroit jamais pu parvenir à calmer & à concilier entiérement toutes les passions différentes, que devoient naturellement émouvoir des sentences aussi délicates que celles quialloient être prononcées. Des hommes, qui avoient porté l'insolence & la fureur , lorfqu'ils étoient encore dans le Desert, jusqu'à proposer de lapider Moyse & Aaron, ne fe Nombr. seroient follmis qu'avec peine dans la Terre de XIV, 18. Canaan à un Général, qui auroit décidé, d'une maniére despotique, des récompenses, que méritoient les peines & les travaux, qu'ils avoient subis pour la conquerir. Dieu donna à Josué, pour Ajoints, ce qu'il y avoit de plus respectable dans la Republique d'Israël; à Nombr. savoir, non seulement Éléazar le louverain ***IV, Sacrificateur, mais les Princes, ou les Chefs, de &c. chaque Tribu.

On comprendra ce qu'il faut entendre ici par ces Chefs, ou par ces Princes, si l'on se rappelle ce qui est rapporté dans le Chapitre XVIII. de l'Exode. Là nous lisons que Jethro voiant Moyse assis sur un Tribunal, depuis le soir juf Exot: qu'au matin, pour juger les Ifraëlites , lui dit ; XVIIT. Certainement tu fuccomberas fous la pesanteur de ce 13. 18. fardeau, eớ tu ne saurois. (uffire à le porter toi seul. Il lui conseillà de nommer un nombre de

personnes vertueuses pour le soulager , & pour juger le Peuple en tout tems: Et toi, luidit-il, fois pour le Peuple envers Dieu , raperte les Vers. 19.

caules Ifraëlites, font occupées par leurs ennemis. Conferez Josué x. 23. 40. avec xii. 10. -- Jug. 1. 8. avec Josué

VII 12.

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causes à Dieu, c'est-à-dire, que dans les causes
ordinaires, il eût à s'en remettre à ce que déci-
deroient les Juges, qu'il auroit choisiş; &
qu'il ne prît connoiffance que des cas extraor-
dinaires, où l'on auroit besoin d'une direction
toute particuliére de la Providence. Pour déferer

à un avis fi fage Moyse établit des Chefs de mil-
Vers. 25. liers, des Chefs de centaines, des Chefs de dixaines.

On peut traduire, choisis toi des Juges par mil-
liers , par centaines , &c. Cette traduction a été
suivie par les Talmudistes, qui ont fait ron-
ter le nombre de ces Juges jusques à celui de
foixante huir mille fix cens. Sans entrer dans
cette controverse, que & Selderi a amplemerit
débattue, nous supposons que parmi les Juges,
qui furent inftituez par Moyse, il y en avoit de
préposez sur chaque Tribu; & ce sont ceux qui
font appellez ici Chefs, ou Princes des Tribus.

3. Mais de peur que l'autorité de tant d'au.
gustes personnes ne fût pas encore suffisante
pour imposer silence aux murmures de ce
Peuple, Dieu voulut (& c'est le sujet de
notre troisiéme article) présider au partage
qu'ils alloient faire, & décider lui-même pat
le fort, qu'elle feroit la portion de chaque Tribu.
Voici tout ce que nous apprenons de l'Histoire
sainte sur ce sujet. Elle nous dit, que déjà

pendant la vie de Moyse Dieu avoit donné cet Nomb. Ordre: Que le Païs foit divisé par fort, & qu'ils 56. Voi prennent leur héritage selon les noms des Tribus de

leurs Pères. L'Héritage de chacun sera selon qué

montrera le fort, aiant égard au plus grand all Voi. Jo. plus petit nombre. Elle ajoûte que cet ordre fut

XXVI, 55.

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aussi
XXXIII.

exé

fué xv. XVI. XVII.

8 SELDIN. de Synedriis lib. I. cap. 15. pag 426. 9 Gemara Babyl. in Baba Batra, cap. 8. fol. 122,

exécuté. Elle entre ensuite dans un plus grand détail. Elle dit que le partage de la Tribu de Juda, celui de la Tribu d'Ephraïm, & celui Jofué de la demi - Tribu de Manaffé furent d'abord XVIII. 1,

&c. réglez par le fort, qu'après cela il restoit encore * fept Tribus à pourvoir : que Josué leur fit des reproches de ce qu'elles ne portoient pas plus avant leurs conquêtes : qu'il prit trois hommes de chaque Tribu: qu'il leur ordonna de pénétrer jusques dans le païs ennemi: de le parcourir, d'en faire une Carte, de la diviser en sept portions, afin qu'on décidât ensuite par le fort la portion, qui écherroit à chacune de ces sepi Tribus , ce qui fut exécuté.

Ce qu'il y a de plus important dans cet article, ce n'est pas de déterminer quel genre de fort fut employé dans cette occasion. Comme perfonne ne peut rien démontrer sur ce sujet, il doit être permis à chacun d'y faire ses conjectures. 9 Les Rabbins à leur ordinaire ont pris le parti le plus conforme à leur goût pour le merveilleux. Ils ont dit que l'on mettoit deux fortes de billets dans une même Urne:que

fur les uns étoient écrites les diverses portions de la Terre, telles que les Meffagers de Josué les avoient faites : que sur les autres étoient les noms des Tribus: qu'Eléazar, revétu de l’U. rim & du Thummim , tiroit de cette Urpe les billets deux à deux , & que par une dispensation miraculeuse, un des billets portoit le nom d'une Tribu , & l'autre la portion qui devoit lui échoir; & que le fort disoit, je suis monté

pour On doit se souvenir ici que deux Tribus & demi avoient déjà eu leur partage au-delà du Jourdain.

Tom. III.

.

pour telle Tribu. C'est ainsi 10

qu'ils expliqueni ce qui est dit dans l'Histoire fainte, que la Tera re fut partagée soun 'o , ce qui signifie, selon la décision du fort, mais qui, pris mot pour mot, veut dire, selon la bouche du fort. Mais en supposant deux Urnes différentes, dans l'une des. quelles étoient les noms des Tribus, dans l'autre ceux des portions, on évite de multiplier ici les miracles sans nécessité.

Il y dans les passages, que nous avons citez, deux difficultez, qu'il est plus important d'éclaircir. Voici la premiére. Nous lisons dans le Chapitre XXVI. du Livre des Nombres, qu'après la plaie, qui fut envoyée aux Israëlites, pour les punir de leur fornication avec les femmes de Moab & de Madian, Dieu ordonnaà Moyse de faire le dénombrement du Peuple,

depuis vingt ans & au-dessus. Moyse obéit, aNerf. 53. près quoi Dieu lui donna cet ordre : Le païs Jera partagé à ceux-ci par héritage, selon le nombre

A ceux qui sont en plus grand nombre, tu donneras plus d'héritage ; & à ceux qui sont en plus petit nombre tu donneras moins d'héritage : on donnera à chacun son héritage, selon le dénombrement qui a été fait. C'est ce qui a donné lieu à ce mot des Juifs: que la Terre promise étoit posfedée

par les Israëlites, avant qu'ils y entrassent. . Le dénombrement , dont il est parlé dans ce même Chapitre, tombe sur la fin de la quarantiéme année depuis la sortie d'Egypte. Depuis ce temps-là jusques au partage de la Terre promisc, il s'écoula fept années entiéres, pendant lesquelles il mourut sans doute un grand nombre de ceux qui avoient alors vingt ans.

De

même jo Ibid.

des noms.

même un grand nombre de ceux qui n'avoient pas encore alors cet âge, l'eurent atteint quand Josué exécuta l'ordre donné à Moyse. Comment se peut-il donc que le partage fût proportionné au nombre des gens , qui avoient vingt ans & au-dessus , lorsqu'on le fit , s'il dut l'être au nombre de ceux qui avoient cet âge, sept années auparavant?

Voici la seconde difficulté. Il semble qu'il y a de la contradiction dans l'ordre touchant le partage. D'un côté Dieu ordonne que la Terre soit partagée selon que

le fort en décidera: 8 d'un autre côté il veut qu'en faisant ce partage, on ait égard à la diversité du nombre de ceux qui composent chaque Tribu & chaque Famille. Il veut qu'à ceux qui font en plus grand nombre on donne plus d'héritage ; & qu'on en donne moins à ceux qui font en plus petit nombre. Ces deux difficultez nous font entrer naturellement dans l'examen de la quatriéme question que nous avons proposée, qui roule sur la proportion qu'on observa dans le partage.

4. Je ne marquerai point ici toutes les solutions, que les Interprètes ont apportées à ces deux difficultez. Un même principe me servira pour l'éclaircissement de l'une & de l'autre. A quelque Hypothése qu'on ait recours pour les éclaircir, on est obligé de supposer quo les décisions d'Eléazar, celles de Josué & des Chefs des Tribus, eurent une grande influence dans le partage Il semble même qu'il n'auroit pas été nécessaire d'y faire intervenir tant d'auguftes personnes, si le fort en avoit entiérement décidé. Leur ministère étoit sans doute destiné à fuppléer à tout ce que le fort ne pouvoit déterminer. Avec ce principe on peut

0 2

fatis

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