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à cause de leur assiète, que parce que ces peuples aiant que les Hébreux étoient fortis d'Egypte pour conquerir leur païs , avoient employé tout le temps, qui s'étoit passé depuis , à mettre ces places en état de ne pouvoir être forcées, assembla le Pesa ple à Silo.

Quelques 3 Juifs ont expliqué ce retardement d'une maniére moins glorieuse encore à Josué. Ils ont cru qu'il avoit affecté de trainer la guerre en longueur, non seulement pour se rendre plus respectable, mais parce qu'il étoit averti qu'il mourroit dès qu'elle seroit terminée.

Il y a plus de vraisemblance, quoiqu'il n'y ait peut-être pas plus de vérité, dans la pensée

du 4 Rabin Josué Ben Kanha. Il prétend qu'un Gen.xxi. ferment, prêté par Abraham à Abimelech Roi 31. de Guerar, engagea les Ifraëlites à épargner fa

postérité, quoi qu'appartenant à une des fept nations, que Dieu leur avoit commandé de détruire. Il dit qu'en vertu de ce serment d'Abraham , ses descendans ne devoient pas seulement être favorables à Abimelech, mais à son fils & à son petit-fils : que ceux-ci occupèrent

la Forteresse de Jébus jusques à David'; mais V. 6. &c: que le dernier des deux étant mort, lorsque ce

Prince monta sur le throne , il pût, fans enfraindre le serment du Patriarche, détruire leurs descendans. C'est par cette hypothèse que ce docteur Juif

prétend expliquer ces paroles Verr. 63. Poi aulli du Chapitre XV. de Jofué: Les enfans de Juda Jug. I. ne purent déposseder les Yébufiens , qui habitoient à

Jérusalem : c'est pourquoi le Jebusien a demeuré

Voi.
II. Sam.

21.

avec

3 Voi. SCHOTANUS Biblioth. His. Vet. * N. T. tom. II. pag. 402.

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avec les Enfans de Juda à Jérusalem jusques à ce jour.

Nous ne sommes point obligez d'avoir recours à ces raisons. L'Ecriture nous en fournit plusieurs d'un autre genre.

Le prémière, c'est que les Israëlites, lorsqu'ils arriyérent dans la Terre promise, étoient en trop petit nombre pour l'occuper toute en v tiére. Si les habitans naturels en avoient d'abord été chassez, les bêtes fauvages y auroient multiplié : 7?enverrai , est-il dit dans le Chapitre XXIII. de l'Exode, j'enverrai des frélons , qui Vers.28.

Voi. challeront les Héviens, les 'Cananéens les

aussi Héthiens de devant vous. Je ne leschafferai pas dans Deuter. une année, de peur que le païs ne devienne defert VII. 22. que

les bêtes des champs ne se multiplient contre v pous: mais je les challerai peu-à-peu, jusqu'à ce que vous foiez accrûs.

La seconde raison, c'est que Dieu, qui avoit ordonné aux Ifraëlites d'exterminer entièrement les sept nations de peur qu'elles ne les dé. tournafsent de son culte, voulut, pour mettre leur obéissance à l'épreuve, qu'ils ne vinsient pas entiérement à bout de ce grand ouvrage. Cela est dit expreflément dans le Chapitre II. du Livre des Juges : Je ne dépoffederai plus aucune des nations, que Josué laissa quand il mourut, Vers. 21. v afin d'éprouver par elles Ifraël, & de voir s'ils 22. garderont la voie de l'Eternel, comme leurs Pères.

Cette épreuve doit être rangée parmi les peines, dont le St. Esprit inenace ceux qui manquent de le prévaloir des secours qu'il leur a déjà accordez. Cette troisiéme raison est mar

quée 4 RABRI JOSUE BEN.KANHA, cité dans S.JAR. CHI, fur Josué xv. 63. pag. 35..

dre.

1.

quée dans le XXIII. Chapitre du Livre de JoVers

. 12. fué: Sachez certainement, que si vous faites alliance Voi.ausi avec ces nations, l'Eternel ne fontinuera plus a les Nombr. dépoffeder devant vous ; mais elles vous seront en XXXI11. pièges, en laqs; comme un fleau à vos côtez, 55. Jug. 6 comme des épines à vos yeux, jusqu'à ce que Il. 3.

vous périssicz de deslus cette bonne Terre, que PEternel vous a donnée.

L'Ecriture nous fournit une quatriéme raison du retardement des conquêtes des Israëlites. Si Dieu les avoit précipitées, ils auroicnt entiérement oublié le métier de la guerre, & leurs enfans n'auroient point eu d'occasion de l'appren

C'est ce que nous lisons au commenceJug. III. ment du troisiéme Chapitre des Juges: Ce font

ici, dit l'Auteur de ce livre, les nations , que Dieu laisa subfifter, afin qu'au moins tes Générations des Enfans d'Israël fújfent á apprisfent ce que

la guerre. Le Livre de la Sapience, faussement attribué à Salomon, mais qui contient tant de sentences dignes de ce Prince, nous fournit une cinquié

me raison, qui mérite bien d'être rapportée : Siren

Til reprens peu-à-peu ceux qui font tombez, 114 &c. iec avertis , les faisant souvenir de leurs fautes, afin

que renonçant à leur malice ils se confient en toi. Car hollant les anciens habitans de la Terre sainte, parce qu'ils soient de forcelleries exécrables, en qu'ils fesoient des sacrifices contraires à toute fainteté: meurtrisanı cruellement leurs enfans, de mangeant les entrailles de la chair humaine dans leurs feftins, le sang étoit exécrablement répandu par

leurs

c’est que

Ce XII.2,

5 GROTIUS du Droit de la P. ea de la G. tom. I. lib. II. cap. 13. sect. 4. pag 447,

6 Voi, PATRIC fur Jofué XVI, 10. pag. 206.

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ieurs facrificateurs forcenez ; eo que les pères étoient les propres meurtriers de ces ames dénuées de tout secours, les haisant à cause de ces abominations, tu les voulus détruire par les mains de nos Pères: afin que cette Terre, que tu tiens plus chère que toutes, recût pour nouveaux habitans, dignes d'elle, les Enfans de Dieu. Mais cepandant tu les épargnas , comme étant hommes, o tu envoyas des guépes, comme les avant-coureurs de ton armée , pour les détruire peu-à-peu. Ce n'est pas que tu ne passes assujettir les méchans dux justes par une bataille, ou les défaire par des bêtes - sauvages, ou par un seul mot rigoureux , tout-à-coup. Mais en les punissant peu-à-peu, tu leur donnois lieu de se repentir,

Voilà les raisons, qui empêchérent que Dieu ne mît d'abord les Ifraëlites en poffeflion de tous les païs , dont il leur avoit promis la conquête. s Grotius a crû que quelques-uns des habitans de ce pais avoient accepté la paix qu'on avoit, à ce qu'il prétend, accoûtumé d'offrir avant que de combattre. Mais nous avons prouvé ailleurs

que

les lfraelites n'étoient point en droit de faire des offres de paix aux lept nations à interdit , & que Dieu leur avoit ordonné de les exterminer entierement. Nous ne trouvons rien non plus dans l'Histoire, qui favorise la thése que quelques-uns ont folltenue,

c'est
que

les Ifraëlites épargnérent des
villes entiéres , non seulement parce qu'elles
accepterent ces offres , mais parce qu'elles se
soûmirent aux-sept préceptes de Noé, dont ils
leur impoférent la pratique.
Au reste les Ifraelites ne vivoient pas toûjours

de

6

7 Gëfnará Hieros, ad tit. Sänhédrin cap: 1. fol. 15.

col. 3:

de la même maniére avec

les peuples , qu'ils n'avoient pû réduire. Quelquefois ils leur imposoient des tributs, & quelquefois ils leur devenoient eux-mêmes tributaires. Quelquefois ils leur déclaroient la guerre, & ils fesoient sur eux de nouvelles conquêtes ; & quelquefois ils étoient attaquez eux-mêmes, & * ils perdoient des places qu'ils avoient déjà conquises. Quelquefois ils contractoient avec eux des aliances criminelles, & ils tomboient ainsi dans l'inconvenient, que Dieu avoit voulu leur faire éviter , en leur ordonnant de n'avoir aucune liaison avec eux, & de les exterminer. C'est

ce qui leur est reproché dans le Pleaume CVI. Verf. 34. Ils n'ont point détruit les peuples, que Dieu leur 35. avoit ordonné de détruire ; mais ils se font mélez

avec eux ; ils ont appris leur, maniére d'agir, en
ils ont fervi leurs fausses Divinitez. Nous verrons
dans la suite des exemples de ce que nous
venons d'alléguer. Il nous suffit d'ajoûter ici
que le partage , ordonné à Josué, devoit com- .
prendre également les pais déjà foûmis, &
ceux qui ne l'étoient point encore: Dieu
voulant exercer par là la foi des Ifraëlites, &
leur faire entendre qu'il fauroit bien les mettre
en possession des lieux, qui leur restoient
encore à conquerir, si des raisons, prises de leur
propre intérêt, ne l'engageoient à en retarder la
conquête, ou s'ils ne s'en rendoient pas indignes
par leurs crimes.

Nos secondes remarques roulent sur les
personnes , qui furent jointes à Josué, pour

faire

1

* C'est ce qui résout la difficulté, qui naît de ce que l'on voit fi souvent dans l'Histoire sainte que des villes, dont clle dit qu'elles ont été conquises par les

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