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cet argument Lucrece ajoûte: On rapporte que la fureur de la guerre a donné l'invention de certains chariots armez de faulx : qui parmi la chaleur du carnage coupent fouvent les membres d'une maniére la précipitée, que leur séparation ne les prive pas di mouvement : on les voit palpitans par terre, tandis que la promptitude du mal rend Desprit et le corps insensibles à la douleur, o que quelquefois les sens font tellement suspendus par l'ardeur du combat , qut celui, qui n'a plus qu'un corps mutilé, retourne au plus fort des coups, oubliant qu'il n'a plus de bouclier par la perte de fon bras gauche , que les faulx tranchantes ont abatu fous les' roués , of fous les pieds des chevaux : Pautre à l'escalade, ou attaque fiérement fon ennemi , sans qu'il n'a plus de main droite : par la même impetuofité celui-fe Jervir d'une jambe , qui vient de lui étre ôtée dans la mélée, pendant que proche de lui les sens se retirant peu à-peu -de fon pied lui font voir encore le mouvement de les doigts. Ce font là les paroles de ce Poëte: & il faut reconnoitre que s'il a été auffi mauvais Méchaniste que Métaphysicien, nous ne pouvons pas faire beaucoup de fonds sur l'idée qu'il nous donne des chariots armez de faulx.

J'ai été fâché de ne pas trouver parmi les belles figures de l'Antiquité, que Montfaucon nous a données, celles de ces chariots. Voici comment ?9 Scheffer les a représentez.

Je joindrai à cette figure 36 une Médaille de Jules César, dans le revers de laquelle on voit une partie d'un Chariot armé de faulx. Il

раroit

29 SCHEFFER ubi fuprà.
36 Voj. HUBERT. GOLTZIUS ; Ful. Cafaris,

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roit par un paslåge de 3! Virgile, que l'on pen- .
doit quelquefois aux murailles des temples ces
Tortes de pièces de chariots, qu'on avoir pris
sur les ennemis;

Mui.

Augufli e Tiber. Numism. Tab. ;8. Numism. 10.
3i VIRGIL. Aneid. lib. Vil. verf. 183.
Tum. III.

N

Multaque praterea facris in poftibus arma
Captivi pendent currus, curpaque fecures.

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Pf. xx. 8.

Quelque redoutable que dût paroitre à Josué l'Armée des Rois liguez, il n'en fur point

e pouvanté. Il eut toûjours dans le coeur ces sentimens, que le Prophéte exprima d'une maniére si noble quelques siécles après lui: Les uns Te glorifient de leurs chariots, et les autres de leurs chevaux : mais nous nous glorifions de la protection de l'Eternel notre Dieu. Elle lui fut promise de nouveau : Dieu l'en aflûra dans une Vision, & il lui dit, que le lendemain du jour, qu'il lui parloit, toute cette Armée seroit défaite, & tous ces chevaux seroient reduits dans un état à ne pouvoir plus inspirer de terreur. L'événement répondit à la promesse. 3° Probablement Josué étoit en marche, quand cete voix lui fut adressée. Quelque rapidité qu'ait pû lui donner l'idée d'une victoire, il n'est pas vraisembla

ble 32 Discours VI. ci-dessus pag. 98.

33 Voi. SALIAN. Annal. tom. II. ad ann. 2585. pag. 344. col. 2.

34 HIERON. Onomastic. in voce Cana pag. 48. Lç

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ble qu'il ait pû dans un seul jour aller de Guilgal à Mérom , du moins fi nous nous en rapportons à Eusébe, qui met vingt lieues de diItance d'un de ces deux lieux à l'autre.

Se mettre en marche, arriver, combattre & vaincre ne fut presque qu'une même chose. L’Historien dit , que l'Eternel livra les ennemis entre les mains d'Israël: que les Ifraëlites les battirent de les poursuivirent jusques à Sidon la grande, jusqu'aux eaux de Misrephoth, jusqu'à la campagne de Mitspa vers l'Orient

& qu'ils remportérent sur eux une victoire si complete, qu'il n'en échapa aucun. Nous verrons dans la suite de nos Discours, qu'il y a quelque hyperbole dans cette narration. Nous avons déjà marqué où étoit Mitspa, 32 que nous avons placé au pied du Mont Liban, où ce feuve prend sa source: de là vient que le lieu, qui eit appellé ici la campagne de Mitspa, est appellé ailleurs la campagne du Liban

Il nous reste à examiner sur les paroles, que nous venons de citer, quelle est cette Sidon la grande , & quelles sont ces eaux de Misrephoth, dont il y est fait mention.

Sidon, nommée aujourd'hui Sai , est placée lur la côte Occidentale de la Phénicie en Syrie, à dix-huit lieues de Damas. Elle est appellée la grande pour la distinguer , disent quelques 33 Géographes, d'une autre ville qu'on appelloit Sidon la petite: Mais comme il n'est fait mention dans aucun Auteur de cette Sidon la petite, il se peut qu'elle n'a jamais existé que dans la conjecture de St. 34 Jérome, qui la imaginée pour

ex. paflage de ST. JEROME est équivoque. On ne voit pas bien fi c'est de Sidon , ou de Cana , qu'il y en avoit une grande & une petite. Voi. la note de BON FR ERIUS ibid. pag. 48.

9

X. 15. Efai. XXIII. 7.

expliquer cette épithète de grande, qui est donnée à celle dont nous parlons. Il n'étoit pourtant pas nécessaire de supposer une Sidon petite pour expliquer la raison, qui a fait dire Sidon la grande : il luffit que celle-ci ait étéd'une grandeur excess five, ou qu'elle ait été la plus grande, ou mê

me une des plus grandes villes du temps de Genef. Josué, pour qu'on lait nommée la grande. Or

toute l'Histoire ancienne nous en donne cette idée. Sidon étoit fameuse par son antiquité, & par son étendue. Elle a pris son nom du premier fils de Canaan : 35 quoique quelques-uns le dérivent d'ailleurs. Elle étoit plus ancienne que Tyr: c'est ce qu'on prouve par les Auteurs sacrez & par les profanes. 3. Pomponius Mela dit, qu'avant qu'elle fut prise par les Perses , elle étoit la plus grande des villes maritimes : 37 Pline, que son circuit étoit de dix-neuf mille pas : 38 Diodore de Sicile en donne à peu près la même idée.

Nous n'avons pas les mêmes secours pour déterminer la situation des eaux de Misrepboth, ou, coinme lisent quelques-uns, Masrephoth, que celle de Sidon. Il y a une grande diversité d'opinions sur la signification de ce mot. Ceux mêmes, qui conviennent qu'il dérive d'un terme qui signifie bruler, ne s'accordent pas sur la fignification, qui doit lui être donnée dans cet endroit. Peut

être

35 Voi. BOCHAR T. Phaleg. lib. IV. cap. 35. pag. 302.

36 POMPONIUS de Situ Orbis lib. I. cap. 12. Antequam à Persis qaperetur maritimarum Urbium maxima , pag. 19.

37 Plin. lib. V. cap. 19. pag. 264.
38 DIODORUS Sicul. lib. XVI. pag. 439.

39 AMMIA N. MARCELLIN. lib. XIV. cap. 9.pag. 34. In locis (nempe Essdea) plurimis aqua fuapte naiura

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