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voir que la force, qui la pousse vers la Terre, est inégale dans les distances différentes de la Lune au centre de la Terre. Quand la Lune s'approche , son poids augmente suivant une régle fixe, par laquelle on peut déterminer la force avec laquelle la Lune tomberoit, fi elle 'étoit approchée jusques à la superficie de la

Terre; & on trouve que cette force feroit très exactement la même , que celle que nous observons dans tous les corps voisins de la Terre. D'où nous concluons ; 1. Que la force, qui retient la Lune, est la même que celle qui rend péfans les corps voisins de la Terre : & 2. Que la pésanteur diminue suivant une règle constante, quand on s'éloigne de la Terre. Sur quoi il faut remarquer, que la hauteur de la montagne la plus élevée n'est pas un éloignement asfez considérable, pour donner la moindre différence tensible de pésanteur.

Les Lunes de Jupiter devroient s'échaper de côté par la loi du mouvement, qui fait parcourir aux corps des lignes droites, si quelque force ne les retenoit. Si on examine leurs mouvemens, on trouve que cette force les pousse continuellement vers le centre de Jupiter : en quoi cette force ressemble à la pésanteur, qui pousse lés corps vers la Terre; elle lui ressemble encore en ce qu'elle est inégale dans les distances différentes à ce centre ; quand cette distance s'augmente, elle décroit exactement suivant la même régle, qui a licu à l'égard de la pésanteur, c'est ce qu'on trouve en comparant ensemble les mouvemens des differens satellites.

Les mouvemens des satellites de Saturne prouvent que la même loi a lieu pour cette Planéte: les corps, qui tournent autour d'elle,

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sont continuellement poussez vers son centre, & la force, qui les pousse, est 'moindre pour les plus éloignez: la diminution suit exactement la même régle, dont on a parlé à l'égard de Jupiter & de la Terre.

Une femblable force a lieu autour du Soleil ; & elle est diminuée suivant la même règle , quand les corps sont plus éloignez: ce qu'on déduit démonstrativement des observations Astronomiques, qui prouvent que les Planétes & les satellites de Jupiter & de Saturne sont pouso sez vers le Soleil, suivant la loi dont nous parlons.

Je nommerai dans la suite pésanteur, l'effort, dont il s'agit partout ici , avec lequel les corps pousseż vers un autre tâchent de s'en approcher, parce que cet effort est tout-à-fait semblable à celui qu'on nomme ainsi , quand on parle des corps, qui font poussez vers la Terre.

Faisons maintenant attention au mouvement de Jupiter & de Saturne , & nous verrons que les satellites de ces Planétes ne sont pas poussez vers un point déterminé, mais vers ces Planétes mêmes en quelque endroit qu'elles puissent se trouver, de maniére que la cause de ce mouvement, quelle quelle soit , est inhérente à ces Planétes; d'où je tire cette conclusion, que la même force, qui poufle les satellites vers Jupiter, pousse aufli Jupiter vers ses satellites, ces sortes de mouvemens étant toûjours réciproques dans la Nature. L'effort que je fais pour atti- , rer à moi une colomne , me fait approcher d'elle si elle est ferme. Si me trouvant dans un bateau j'en attire à moi un autre par le moyen d'une corde, ils s'approcheront l'un & l'autre: si l'un est arrêté , l'autre s'en approchera par

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l'effort

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par

l'effort que je fais : il en est de même à l'é: gard de l’Aim n, qui est pouflé vers le fer, tout de même que le fer est poussé vers l'Aiman. .

On pourroit objecter qu'un corps qui est jetté vers un autre, en approche fans que l'effort soit réciproque. Ce cas est différent de ceux, dont je viens de parler. Pour faire mouvoir le corps, qu'on jette vers un autre, la présence de ce dernier n'est pas nécessaire, & on peut l'ôter sans rien changer au mouvement. Je dis que l'effort est réciproque, quand la présence du corps, vers lequel un autre est porté, est nécessaire pour mettre celui-ci en mouvement, comme dans les exemples que je viens de donner. Pour faire mouvoir un morceau de fer, qui n'est pas pouflé d'ailleurs, vers l'endroit où se trouve un Aiman , la présence de l'Aiman est néceflaire.

On conclud de ce même raisonnement, que la gravité est réciproque entre Saturne & ses satellites, entre Jupiter & ses satellites, entre le Soleil & les Planetes, entre la Lune & la Ter

Elle l'est aussi entre le Soleil & la Terre, car quelque hypothéle qu'on suive, on déduit des observations du mouvement, loit apparent , foit véritable, du Soleil, que ces deux corps font poussez l'un vers l'autre.

Il y a même des observations, qui prouvent directement la gravité des satellites de Jupiter vers Saturne, comme aussi la gravité de Saturne vers Jupiter.

En ramasiant tout ce qu'on vient de dire on en conclud, que la loi de la gravité est générale dans notre Systéme Planétaire, c'est-à-dire, que tous les corps, qui le composent, sont pouliez les uns vers les autres, de maniére, que si les

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on

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différens mouvemens, dont ces corps funt agitez, ne les empêchoient de s'approcher , tous . s’amasseroient pour ne former qu'un seul corps. C'est ce qui est hors de tout doute, quand on examine le détail des preuves, sur lesquelles est fondé tout ce que j'ai dit jusques à présent de la gravité. Mais le détail de ces preuves est long, & demande quelque connoistance des parties difficiles des Mathematiques.

Par le détail de ces preuves on voit, que la 8 avité a lieu entre tous les corps, sur lesquels peut

faire des observations à cet égard, & elles ne font pas en petit nombre à proportion de celui des corps qui composent tout le Systéme; de forte qu'on a les memes raisons de

' conclurre , que la loi de la gravité est géné- . rale dans le Systéme, qu'on en a de conclurre que tous les corps dans le voisimage de la Terre font péfans.

On peut ajoûter à tout ceci pour confirmer cette loi de la gravité, que fi une fois elle est posée, on rend raison de tous les mouvemens des corps dans notre Systéme ; il n'y a pas la :

; moindre irrégularité dans aucun de ces mouvemens, qui ne soit une suite de cette loi, & dont elle ne détermine la grandeur. Il y a plus, la connoissance de cette loi a fait faire attention à de petites irrégularités, qui étoient échapées aux observateurs les plus exacts, Les, explications des mouvemens par cette loi font telles, qu'elles en sont autant de preuves

Une suite néceflaire de cette même loi est que

dans notre Systéme Planétaire aucun corps, à proprement parler, n'est en repos; le Soleil même est continuellement agité par les forces, qui le poussent continuellement vers tous les

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corps

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corps du Systéme. Mais sans faire attention aux autres, examinons la Terre & le Soleil.

C'est une loi qui n'a point d'exception, que deux efforts réciproques sont égaux, le fer attire l'Aiman exactement avec la même force que l'Aiman åttire le fer.

Si nous appliquons cette loi à la Terre & au Soleil , il s'eniuivra que par loi de la pésanteur ces deux corps font poussez également l'un vers l'autre. Mais quand deux corps inégaux ont des quantités de mouvement égalęs, leurs vitelles différent, & le plus petit va d'autant plus vîte, que la masle dų plus grand excéde la sienne. D'où il fuit que la Terre, qu'on ne fauroit comparer au Soleil pour la masse, descend vers le Soleil avec une vîteffe extraordinaire, tandis que le Soleil s'en approche lente

.. ment. Ce qui empêche ces corps de fe joindre ne peut être qu'un mouvement en rond, ou en ovale: car on démontre Mathematiquement, que fi deux corps, pouflez continuellement l'un vers l'autre, s'approchent & s'éloignent l'un de l'autre alternativement, sans jamais pasler certaines limites, soit en s'approchant, foit en s'éloignant, il faut nécessairement qu'ils tournent en temps égaux autour d'un point entre ces deux corps,

& dont la distance au plus petit furpasse la distance au plus grand, comme la malle de celui-ci surpafle la masse du petit.

C'est là cxactement le cas du mouvement du Soleil & de la Terre, dont la distance change continuellement ; alternativement ils s'approchent & s'éloignent l'un de l'autre: ce qui prou. ve qu'ils décrivent chacun en temps égaux des ovales semblables autour d'un point , qui se trouve très proche du Soleil, à cause de sa gran.

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