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MONSIEUR,

Lettre Je vais tâcher de vous fatisfaire sur ce que de Mr. vous me demandez touchant les raisons , par ' sGrave. lesquelles je crois qu'on peut prouver le mouJande Profes vement de la Terre autour du Soleil. Mais seur en qu'il me soit permis, avanı d'entrer en matiére, Aftrono: de vous exposer un embarras dans lequel je me mie, &c. à l'Au-" trouve. Vous demandez cet Ecrit pour le faiteur. re imprimer parmi vos Diflertations sur la Bi

ble; une Piéce médiocre est toûjours mal placée parmi un grand nombre d'excellentes. Je sens qu'il y a dequoi flater la vanité d'un Auteur, dont l'Ouvrage est honoré par la place qu'il occupe ; mais c'est entendre mal ses interêts, que de rechercher un tel honneur. Quoi qu'il en soit, je vous ai promis cet Ecrit, vous en serez le maitre : s'il ne satisfait pas à ce que vous avez louhaité, vous connoissez le pouvoir du feu ; le Public & moi pourrions peut-être y gagner.

La question, que vous proposez, n'a pas de grandes difficultés ; & autant que les sentimens de ceux, qui ont quelque habileté dans l’Astronomie, me font connus, il n'y a point de dispute parmi eux sur ce sujet. Mais pour appercevoir que le mouvement de la Terre est une suite nécessaire de la constitution de l'Univers il faut connoitre cette constitution. D'où il fuit que la question, dont il s'agit , a des difficultés insurmontables , quand on l'examine seule, quoiqu'il soit très ailé de l'éclaircir dans un Traité d'Astronomie , & sur-tout dans un Traité d'Astronomie Physique,

La

à part,

La difficulté, qu’nd on examine la question

est dans le choix des Lecteurs pour qui on doit écrire. Il faudroit expliquer tout le Systême du Monde, pour se faire entendre à ceux, qui n'ont aucune idée sur ces matiéres, & il est inutile d'écrire pour ceux qui les entendent à fonds. Il reste une troisiéme sorte de Lecteurs, qui font le plus grand nombre entre ceux qui lisent, ils ont une idée, mais imparfaite, des mouvemens célestes : c'est à ceux-ci que je dois tâcher de me faire entendre; mais cela n'est pas fans difficulté. J'ai besoin de dé. . monstrations de Mathématique, & c'est ce qui nc convient qu'à un très petit nombre perlonnes, & les démonstrations abstraites, dont on ne fauroit se pafler dans ces matiéres, - ne conviennent point du tout dans un Ecrit comme celui-ci.

Ces considérations m'ont engagé à prendre le parti, de supposer quelque connoissance du Systême du Monde dans ceux, qui voudront prendre la peine de jetter les yeux sur ce que je vais établir , & de supposer comme prouvées les propositions, dont j'avertirai qu'on a des démonstrations.

Voilà un préambule bien long; mais j'ai crû qu'il étoit néceflaire d'exposer les raisons, qui m'ont engagé à choisir la route, que je veux suivre, & qui pourra déplaire à plusieurs: mais je ľai prite, parce que je n'en ai pas trouvé d'autre; fi mon Ecrit leur paroit inutile, qu'ils songent, que ceux , qui veulent pleinement se satisfaire, doivent lire des Livres entiers, & étudier la Géometrie & l'Astronomie. J'entre en matiére. Il y a deux questions à

examiner , la premiére regarde le mouvement de la Terre sur son axe, & la feconde son mouvement autour du Soleil.

1. Il est constant, que le mouvement journalier d'Orient en Occident, que nous obfervons dans tous les corps célestes, s'explique également, quelque sentiment qu'on embrasse : foit que la Terre tourne sur son axe; soit que tous les corps célestes tournent en un jour autour de la Terre, nous devons voir les inêmes apparences. Les difficultés se tirent des conséquences de ces sentimens: ceux qui défendent le second disent, que fi la Terre tournoit, les corps, qui n'y sont pas attachez, feroient jettez de côté. On répond, que ces corps étant mûs avec la Terre sont en repos à son égard, tout de même que les corps restent en repos sur un bateau, quelque vîte qu'il aille; qu'à la vérité les corps doivent tacher de s'éloigner de la Terre à cause de leur mouvement en rond; mais qu'ils en font empêchez par leur poids, qui surpasse de beaucoup la force qui les repousse, dont le seul effet est de diminuer un peu ce poids. On ajoûte à cette réponse, que puisque les corps sur la Terre décrivent des cercles plus grands, ou plus petits, suivant les points de la surface de la Terre auxquels ils répondent, la force, qui diminue leur péfanteur, eft différente; & que par conséquent un corps devient plus léger, s'il est transporté dans un lieu, où il décrit un plus grand cercle. C'est ce que l'expérience prouve ; par où on confirme le sentiment du mouvement de la Terre sur fon axe.

Ceux, qui defendent ce dernier sentiment, attaquent leurs Adversaires avec plus d'avantage. Ils disent, qu'il n'est pas concevable, que des corps à des distances auffi différentes de la Terre que sont celles des corps célestes, que des corps qu'aucun lien n'attache ensemble, & qui sont différemment agitez, puissent tous tourner dans un même temps autour de la Terre. On ajoûte, que la vitesle des corps les plus éloignez est bien moins concevable. Le diamêtre du cercle, que décrivent en moins de vingt quatre heures les étoiles fixes , surpalle tout ce que nous pouvons nous imaginer ; dans le moindre instant perceptiblc elles doivent parcourir des milliers de lieues. On répond, que ces mouvemens ne sont pas impossibles, & que la vîteffe peut s'augmenter à l'infini; qu'à la vérité ce fentiment à plus de difficultés que celui du mouvement de la Terre ; mais que l'Ecriture fainte alant décidé, ces sortes d'objections n'ont plus de force. La question est donc reduite à l'examen des argumens tirez de l'Ecriture.

ge.

II. La feconde question regarde le mouvement annuel du Soleil, ou de la Terre, il s'agit de savoir lequel de ces deux corps tourne autour de l'autre.

Sur ce point on est d'accord , que quelque sentiment qu'on suive il n'y a point de différence dans les apparences, les difficultés se trouvent dans les conséquences , qu'on tire d'un examen exact des mouvemens des corps célestes.

Les défenseurs du mouvement du Soleil se servent des argumens que nous avons déjà vậs; ils disent que ce mouvement n'est pas impoffible, & que l'Ecriture sainte a décidé la question. Examinons si la constitutioa de l'Univers n’exclut point le mouvement du Soleil ; & nous examinerons ensuite s'il est vrai que l'E. criture fainte ait décidé la question.

n'exgran

Il n'est pas nécessaire de considerer l'Univers entier, il suffit d'examiner cette partie de l’U. nivers, à laquelle le Soleil & la Terre appartiennent proprement. Je nommerai dans la suite cette partie de l'Univers notre Systéme Planetaire. Il est composé d'un petit nombre de corps , qui sont fort éloignez les uns des autres, fi on compare leurs diltances avec les plus grandes que nous connoissons sur la Terre, mais qui sont très voisins en comparaison de l'éloignement des autres corps célestes, qui sont trop éloignez pour que nous puissions observer rien de particulier à leur égard, ils semblent en quelque forte appartenir à d'autres Mondes.

Je rapporterai à deux classes les argumens , que j'emploierai pour prouver le mouvement de la Terre autour du Soleil. Les premiers se tirent de l'uniformité qu'on observe par-tout dans la Nature, quand on en considére les phénoménes. Les seconds le tirent de l'examen des loix, par lesquelles Dieu gouverne le Soleil & les Planétes. Ce sont ces derniéres

preus ves, qui, à ce qui me paroit, mettent la chose hors de doute.

Je commence par établir quelques propofitions, qui ne font contestées par personne.

Cinq Planétes, Mercure, Venus, Mars, Jupiter & Saturne, tournent autour du Soleil: ces Planétes font de grands corps sphériques, qui n'ont de lumiére que celles qu'elles reçoivent du Soleil , & qui, en tout ce que nous pouvons observer, reflemblent extrémement à notre Terre. Le Soleil les furpasie toutes en

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