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chose de semblable dans 22 Pausanias & dans 13 Juftin.

A ces faits, que Dom Calmet puise dans l'Histoire, il en ajoute un, dont il a vû le monument de ses propres yeux. C'est une große pierre qui péle environ 300. livres , que l'on conserve en Alface dans l'Eglise Paroissiale d'Ensisheim, & que l'on dit être tombée avec de la grêle en l'année 1492.

On pourra trouver un plus grand nombre de faits du même genre dans le Traité de l'Idokatrie de 24 Jean-Gerhard Vossius: il y en a un plus grand nombre encore dans un Ouvrage de is Conrard Lycofthenes. Il est vrai que ce dernier Auteur n'est pas exempt de crédulité & de superstition: il regarde la plûpart des événemens extraordinaires qu'il raconte, comme des pronostics des malheurs qui les ont suivis; il le dit même au frontispice de son Livre, qu'il intitule de Prodigiis & Ostentis, &c. quod magnas vicissitudines ir mundo portendit, ÓC.

Mais quoi que nous ayons lû la Differtation de Dom Calmet avec plaisir , & que nous y ayons trouvé des traits d'Histoire , dont nous enrichissons ce Discours, nous ne saurions entrer dans sa penséc sur la pluie de pierres, dont il est ici question.

Les raisons physiques, qu'il allégue, ne sont tout au plus que des probabilitez, qui peuvent être combattues par d'autres probabilitez , &

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peut

24 Joh. GHERARD. VOSSIU s de Idololatr. lib. IIL cap. 12. pag. 288.

25 CONRAD. LYCOSTHENES de Prodig. in ann. Mr. 3322. pag. 58. & ad ann. 3622. pag. 89. & in ann. 3749. pag. 114. & in ann. 3751. pag. 117. & paflim.

peut-être

par de plus grandes vraisemblances. Il se

peut, je l'avoue, que des vents & des tourbillons détachent des parties de rochers, & les portent à une certaine hauteur : mais quels vents & quels tourbillons auroient jamais pũ transporter une assez grande quantité de pierres pour tuer une Arméc entiére? Il se peut que des feux foûterrains jettent des pierres : mais ces pierres, dont parle l'histoire des victoires de Josué, venoient du ciel, c'est-à-dire, de l'air : fi elles avoient été jertées par quelque feu soûterrain, il faudroit qu'à une certaine distance du lieu, où ces pierres tombérent, il y eût eu des gouf. fres affreux, qui se fussent ouverts, & qui eusfent fait de plus grands ravages sur la surface de la terre , que n'étoit la défaite des Amorrhéens, ce qui n'est pas vraisemblable. Il se peut que des parties huileuses, nitreuses réunies, ayent formé des pierres, nous le reconnoissons encore; mais il est difficile de concevoir, que des nuages puissent porter longtemps des malles de la grosseur, qui est marquée dans l'endroit de l'Histoire Sainte, que nous expliquons.

Que doit-on donc répondre aux argumens pris de tous ces faits, que nous avons rapportez, & auxquels on pourroit en ajoûter un si grand nombre?

Nous répondons, qu'une partie de ces faits font fabuleux, Tel est véritablement celui de cette pierre détachée du Soleil, & dont le Philosophe Anaxagore se vantoit d'avoir prévu & prédit la chute. Il y en a de problématiques, comme celui que rapporte. Cardan , & qui est tout au moins douteux par cela seul, que c'est lui qui le rapporte. Il y en a d'exagérez, comme l'est probablement celui de Diodore de Si

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cile, & la plûpart de ceux, dont parlent les Voyageurs, qui ajoûtent pour l'ordinaire le merveilleux à l'histoire. Mais sur-tout parmi ces faits il y en a de mal expliquez : tels que sont ceux qui regardent ces pierres, que des gens dignes de foi disent avoir vûes après le tonnerre. On ne s'inscrit point en faux contre le témoignage de ces personnes. On est très éloigné de leur contester , qu'ils n'ayent vû les choses qu'ils racontent. On reconnoit même que

les pierres, dont ils parlent, ont été trouvées dans les lieux qu'ils nomment: mais la question n'est pas d'afligner le lieu où ces pierres ont été trouvées, mais celui où elles ont été formées. Un homme voit dans les airs un corps enflammé, qui lui paroit avoir de la dureté & de la consistence: il voit ce corps, qui fait plusieurs tours & plusieurs détours ; il le suit des yeux, autant que la rapidité de cet objet peut le lui permettre ; ce corps tombe ; l'Observas teur va dans le lieu où s'est faire cette chute & il y trouve une pierre. Cela suffit pour lui persuader que cette pierre , est ce même objet qu'il avoit apperçû voltigeant dans les airs ; mais cela ne suffit pas pour le persuader à un Philosophe, qui veut des démonstrations , & qui objecte que cette pierre est peut-être l'effet du Phénoméne qu'on a vû, non le Phénoméne même. Il se peut que celui-ci n'étoit qu'une vapeur enflammée, qui aiant fait divers tours à cause de fa légéreté, a été portée enfin dans la terre, y a trouvé du fable qu'il a calciné, & qui a formé cette pierre, que l'Observateur a confondue avec la caufe qui l'a produite. Parmi tout ce qu'on raconte sur les carreaux de la foudre, nous n'avons encore rien trouvé, qui ne Tom. III:

I

pur

LA DEFAITE DES CINQ Rois. pût être expliqué par cette hypothése.

Mais fans entrer dans une plus longue dis, cussion sur ce sujet, il nous suffit de remarquer, que quand nous n'aurions rien à alléguer contre tous les faits, & contre les principes physiques que nous avons rapportez , nous ne croirions pourtant pas devoir admettre, qu'il soit tombé des pierres proprement dites sur les Amorrhéens: la grêle a pů les écraser, & l'Histoire dit expressément que ce fut la grêle qui le fit, que ce furent les pierres de grêle, qui en tuérent plus que l'épée. Nous reconnoissons bien avec les Auteurs, dont nous combattons l'opinion, qu'il ne faut recourir au sens figuré, que lorsque la lettre n'en offre pas d'assez aisé: mais il n'est pas moins vrai , qu'on ne doit jamais regler l'idée qu'on se forme de la grandeur & du nombre des miracles par l'amour qu'on a pour le merveilleux, mais par la narration des Auteurs facrez.

Que si l'on nous conteste le principe, sur lequel toute notre Hypothéfe eft appuiée favoir que des pierres de grêle ayent pû causer d'aulli grands ravages que ceux dont nous venons de parler, on n'a qu'à consulter les passages des 16 Transactions Philosophiques que nous citons. On

On y verra des exemples pris non seulement des fiécles passez , mais pour

ainsi dire de notre temps. On y verra des pierres de grêle de près de demi livre, qui ont ruiné les campagnes, tué une grande quantité d'hommes ,

& de bestiaux soixante dix milles à la ronde. Telle fut la grêle, qui tomba dans la Province de Suffolc le 17. Juillet de l'An 1666. telle fut

en. 26 Transact. Philosophical abridgment vol. II. pag. 144.

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encore celle, dont la ville de Lille fut affligée
en 1686. telle fut celle, qu'on vit au pais de
Galles en 1697. sur-tout celle , qui causa tant
de maux dans le Comté de Stafford er 1697.
Nous ajoûterons ici un Mémoire , qui nous a
été communiqué au sujet d'une grêle toute ex-
traordinaire, tombée à Namur il n'y a que
quelques années : ce Mémoire est datté de Lié-
ge le 29. Avril 1721.

» Les Journaux Historiques des mois de
Juin, Juillet, & Août 1717. ont dit quelque
chose de l'orage, qu'il y a eu à Namur, &

aux environs : la Gazette de Bruxelles en à » aussi parlé: mais les choses y font altérées, » ou négligées. Voici le fait. La veille de

St. Jean Baptiste 1717. sur les sept heures

du soir, l'air fut chargé de nuages si épais, », qu'on ne vit plus les objets qu'à la lueur des

éclairs , qui furent fréquens & épouvantables, avec des tonnerres affreux. Il tomba en mê. me tems une grêle d'une grofleur prodigieuse, mais inégale. Les moindres boulets pésoient un quart de livre , d'autres une livre, d'autres trois, d'autres cinq: il y en eut mê

me qui pélérent jusqu'à huit livres. L'ora» ge a produit des effets bizarres : quelques

maisons ont été très endommagées, pendant » que celles qui les touchoient ne s'en font

point ressenties. J'ai vû des toits de batimens „ tous nus, sur lesquels il n'est pas resté une

seule ardoise, & d'où les cloux avoient été
enlévez, ou poussez dans des lattes qui font
de planches de chêne : j'ai vû ces mêmes plan-

ches, quoique neuves, percées d'outre en » outre par la grêle en divers endroits, com

I 2

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sig mo

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