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garder inviolablement, ils croyoient aussi qu'il ne falloit pas le prêter avec temérité. Les Erpions spécifiérent scrupuleusement toutes les conditions, sous lesquelles ils alloient promettre à Rahab, d'une façon si solemnelle, la protection qu'elle avoit demandée. Ces conditions furent, qu'elle ne les découvriroit point à leurs ennemis ; qu'elle mettroit aux fenêtres de la maison une marque arbitraire, qui lui serviroit de sauvegarde, & qui feroit connoitre aux If. raëlites la maison qui leur devoit être sacrée, que tous ceux qui apartenoient à Rahab s'y retireroient pendant le tumulte causé par la prise de la ville. Sous ces conditions ils prétérent à Rahab le serment qu'elle avoit exigé, & ils se soûmirent à perdre la vie , s'ils ne lui procuroient la protection qu'elle leur demandoit.

Rahab accepta ces conditions , & elle les exécuta dès lors en partie, en attendant que le temps de les exécuter entiérement fut arrivé. Non seulement elle ne découvrit point les Ef. pions, mais elle les fit descendre avec des cordes par les murailles de la ville : employant ainsi, dit un - Rabin, pour le falut de ces deux Ifraëlites, ce même cordon, qui avoit é. té destiné à tirer dans la maison les complices de ses prostitutions, & en disant : 0 Dieu de çet Univers, ce cordon a contribué à mon crime, qu'il contribue aussi à mon pardon. Quelques-uns ont crû que ce cordon étoit le signal qu'elle

de

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20. SALOM. JARCHI in Fof. II, 15. pag. 6. Voi. aussi Talm. Erachin fol. 32. col. 1.

21. SALOM. JAR CHI dit quę Rahab avoit vû par le secours du St. Esprit , que ceux qui chercheroient les Espions retourneroient à Jerico après trois jours. in Jof, 22. Cité par M A Sivs ibid.

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devoit mettre à ses fenêtres , quand le Peuple d'Israël entreroit dans Jérico.

Rahab fit plus encore : non seulement elle ne découvrit pas les Efpions , mais elle leur donna des conseils touchant la conduite qu'ils deyoient tenir, pour échaper aux poursuites de ceux qui étoient envoyez pour se faisir d'eux. Elle leur dit qu'ils ne se hâtassent pas de retourner dans les campagnes de Moab: el- Jof. II. le leur conseilla de se refugier d’abord sur quel- verf. 16, cune des montagnes, dont la ville de Jérico é toit entourée, & d'y demeurer trois jours , jufqu'à ce que leurs poursuivans se fuflent rebu. tez de les chercher. . Sa prudence pût suffire pour lui suggérer ces précautions, fans le lecours de l'inspiration & de la Profétie, que quelques -s Juifs lui ont attribuée. Jérico étoit', au raport " d'Eusébe, placée à cinq mille pas du lieu, où les Espions devoient pafler le Jourdain

pour retourner dans leur Camp. Rahab pût conjecturer que trois jours suffiroient à ceux qui les cherchoient, & qu'ils seroient de retour après ce temps-là. Cependant la pensée de ceux, qui prétendent qu'elle étoit éclairée d'une lua miére Divine lorsqu'elle donnoit cet avis , n'est pas absolument destituée de vraisemblance: du moins l'évenement justifia ce qu'elle avoit prévû. Les Espions furent trois jours sur les montagnes : ils paslérent ensuite le Jourdain, & ils arrivérent au Camp des lsraelites, auxquels ils racontérent toutes les circonstances finguliéres de leur expédition.

C'est II. 16. & la note de B B. EI THAUPT pag. 6. 7. Voi, ausli Masius fur ce passage pag. 1463. dans le second yol. des grands Critiques.

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C'est ainfi que Rahab fit à ces deux hommics un accueil, qui immortalisa son nom dans l’Eglise. Le succès des moyens qu'elle employa pour les sauver; les éloges dont le St. Esprit a relevé fa conduite ; la noblesse du principe dont elle fut animée ; le rang qu'elle occupa dans la Republique d'Israël, elle & la postérité; tout cela n'a pas empêché que les Interprétes n'ayent mis en question, si cette femme fut innocente ou criminelle dans les démarches qu'elle fit à l'égard des deux Espions; tout cela n'a pas même empêché que le plus grand nombre ne l'ait condamnée.

Il y a eu peu de personnes véritablement, qui le soient recriées sur l'aparente perfidie, dont elle étoit coupable envers son Prince, & sur ce qu'elle trahisfoit sa Patrie, en favorisant le dessein de ceux qui venoient l'envahir. Oni convient assez généralement, ce me semble, qu'un ordre du Ciel peut dégager un Sujet de Bobéiflance qu'il doit naturellement à fon Souverain, & un Citoyen des engagemens qui l'attachent aux personnes , avec lesquelles il étoit entré en Corps de Societé: mais nous ne devons pas être surpris que plusieurs n'ay nt pû concevoir, que la dissimulation & le mensonge dont usa Rahab, & qui paroissent si opposez aux ordres de Dieu , ayent été, par une dispense Divine , innocens dans cette occasion. Nous propolerons " dans un autre endroit nos pensées sur cette célébre question.

Le raport des Espions embrasa le courage de Josué, & celui de tous les Israëlites. Ils

cru23. Dans le XXX, Discours. Voi, dans le Tome suitant,

crurent que des hommes atterrez étoient à de . mi vaincus, & ils regardérent la frayeur des Cananéens comme le prélude de leur défaite. Ils se disposérent à prendre pofleffion d'un pais qu'ils consideroient déjà comme conquis, & ils s'aprêtérent à marcher

moins pour aller au combat qu'à la victoire & au triomfe. Il falloit passer à travers les eaux du Jourdain. Rien ne paroissoit moins praticable. Leur Foi supléa à leur Raison: ou plûtôt ils se persuadérent que rien n'étoit plus raisonnable que de s'appuyer sur la parole de Dieu, qui leur promettoit de les conduire lui-même dans une route fi nouvelle & si périlleuse. Avant que de raconter les circonstances miraculeuses de ce passage, il est à propos de décrire un fleuve si célébre dans

fi l'Histoire fainte.

On l'appelle aujourd'hui Scheriah. C'est le plus grand de tous ceux de la Palestine: peutêtre est-ce le seul de cette contrée qui mérite le nom de fleuve. Il y a quelques contestations entre les Géografes sur son origine. L'opinion * Il faut la plus commune eft, qu'il tire sa source de distindeux fontaines qui font au pied du Mont Li-guer.cat ban, dont l'une s'appelle For , & l'autre Dan; rée de que ces deux fontaines réunissant leurs eaux & celle qui leur nom près de la ville de Dan, voisine de porte le

même celle qui porte le nom de * Panéade, ou de Phi

nom , qui lippe de Césarée que Philippe le Tetrarche avoit fut baie batie, forment le fleuve qui s'appelle Fourdain. par Hé.

Mr. Reland fait dériver ce nom d'un mot Grand, Hébreu qui signifie couler. as D'autres disent & qui est qu'il vient de deux mots, dont l'un veut dire quelque

Céla

ܪ

rode le

flert

fois apel24. RELAND Palestin, Lib. I, cap. 43. pag. 271.

Tour de 25. Vid. ibidem

Straton.

lée la

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fleuve , & l'autre la ville de Dan.

Voici un paslage de Joséphe plus précis end core sur l'origine du Jourdain : is on a crû, ditil, que Panéade étoit le lieu de la source. Cependant il ne fait que se cacher fous terre dans cet endroit-: Ja véritable source est dans un Lac située à la droite de la Trachonite , eo qui eft appellé Fiole, à cause de fa figure ronde , fitué à cent vingt stades de Césarée.

» Le Jourdain, formé à Panéade du concours de deux riviéres, fait divers détours en sortant de cette ville, sépare la Trachonite d'avec la Galilée superieure, baigne les villes de Seleucie, forme entre Césarée & la Mer de Ga. lilée un étang large de trente ftades, qui porte le nom de Meron ou Semechonitis : il prend de là fon cours vers l'Orient, & étant grossi par un grand nombre de fontaines, il arrose la ville de Chorasin, & celle de Capernaum : il fe répand jusques dans la Mer de Galilée, ou plûtôt c'est là que le Jourdain trouvant un lit plus spacieux, forme ce vaste Lac, qui s'appelle tantôt Lac ou Mer de Tiberiade , tantôt Lac ou Mer de Gea nefareth, quelquefois Mer de Galilée, & qui a, au raport de 30 Pline, seize cens mille pas de longueur, & fix mille de largeur. Le Jourdain

,

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col. I.

26. JOSEPH, de Bello Judaico Lib. I. cap. 21. sect. 3. pag 1007.

27. ADRICHOMIUS Theatrum Terræ fancta pag: 109. 28. Idem ibidem. 29. Voyez un recueil exact de divers sentimens des Geographes sur le cours du Jourdain, & lur diverse's questions touchant ce fleuve, DAPPERS Palestin. pag. 149. tit. Vliet of Fordaen.

30. PLIN. Hiftor. Lib. V. cap. 15. pag. 72, Voi, ausii

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