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pondons, qu'il étoit à craindre que les Cana*
néens, pour se dérober à un péril éminent, ne
feignissent d'adopter sincérement le culte du
vrai Dieu, tandis qu'ils conserveroient un dé-
vouement intérieur pour l'idolatrie. Il étoit à
craindre que quand ils seroient parvenus à leur
but , ils ne se prévaluffent du foible que les
Juifs eurent toûjours pour les Idoles. Il falloit
aller à la source du mal,& en extirper la racine.
Il n'y avoit point d'autre voie pour y parvenir,
que d'exterminer des nations, dont le com:

merce eut été si dangéreux. I Rois

4. On allégue ce qui est rapporté dans le IX. 20.

Chap. IX. du premier Livre des Rois: que
Salomon rendit tributaires les peuples qui étoient
reftez des Amorrhéens des Héthiens, des Phéré-
siens, des Héviens, des Jébulens, savoir ceux que
les Enfans d'Israël ne pûrent détruire à la façon de
L'interdit. Mais si Salomon ne fit que les ren-
dre tributaires, ne pécha-t-il point contre la
loi, qui ordonnoit de l'aveu même de ceux
que nous combattons, d'exterminer entiérement
tous ceux des sept nations , qui ne renonce-
roient

pas

à l'idolatrie ? Y a-t-il aucune trace dans l'Histoire, par où il paroisse que ceux, avec lesquels Salomon fit ce Traité, euflent renoncé au culte des faux Dieux, pour adorer le Dieu du Ciel & de la Terre? Et fi Salomon pécha dans cette conduite, son exemple peutil servir de Commentaire à une loi qu'il auroit violée? 11. Mr. le Clerc, & '8 Mr. Barbeirac font une réponse encore plus folide, ce me

fem

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&c.

17 Mr. le Clerc fur Deuter VII. 2, pag. 508.
18 Voi, la note de Mr. BARBAT& Ac sur PUFFEN

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semble, à l'objection prise de ce paffage des Rois : c'est que la loi, qui ordonnoit d'exterminer les sept nations , ne s'étendoit pas à leur derniére postérité : il suffit de supposer qu'elle avoit lieu uniquement par rapport à celles, dont Dieu rendit les Israëlites victorieux du temps de Josué, ou peu de temps après, jusqu'à ce qu'ils fussent bien établis,

en poffeffion d'une aussi grande étendue de paio qu'il leur en falloit.

5. Enfin on allégue, que si Dieu avoit ordonné de détruire les sept nations, même quand elles demanderoient la paix, & quảnd elles s'engageroient à recevoir la Religion des Ifraëlites, Josué n'étoit point obligé de tenir le serment qu'il avoit fait aux Gabaonites : puis que tenir un ferment, qu'on a fait contre une loi divine, c'est ajoûter un crime à un autre crime. Nous reconnoiflons avec le plus grand nombre des Casuistes de tous les temps & de tous les lieux, que le serment de faire une chose illicite n'oblige point celui qui l'a fait, & qu'un des moyens les plus indispensables pour obtenir le pardon d'avoir prêté un pareil ferment, c'est de le violer. Et nous souscrivons à ces paroles de 19 Philon: Qu'on fache , dit-il, que celui qui fait une action injuste, parce qu'il la jurée , , bien loin de garder en cela la foi du serment , la renverse entiérement. Un ferment ne doit jamais le faire qu'avec une grande circonspection. On commet donc faute sur faute, quand on ajoûte une action illégitime à un ferment fait inconsidérément. Que celui, qui a fait un serment de ce genre , témoigne à Dieu 21

а

con.

DORF du droit de la N. c des G. toin. I. lib. IV. cbap. 2. sect. 7. pag. 420.

19 PHILO de specialibus legibus pag. 771. Tom. III.

H

contraire le respect qu'il a pour lui, en s'abstenant de la mauvaise action qu'il avoit prémedité de faire, afin qu'il er obtienne miséricorde. Ne Jeroit-ce pas renoncer au bon sens, ó éire agité d'une folie in. curable, que de choisir deux manx tout à la fois , quand on peut s'affranchir' de l'un des deux?

Pourquoi donc Josué se crût-il obligé d'avoir égard à un serment, par lequel il s'engageoit a tenir une conduite opposée à celle qu'il avoit plû à Dieu de lui prescrire? Je raporterai la folution de 3° Mr. Barbeyrac à cette obje&tion,

à & j'y souscris: Peut-étre, dit-il , que Dieu pur un aite extérieur ratifia.ce ferment, quoi que PEcriture, qui omet souvent certaines circonstances , ne, dise rien touchant cette ratification. La sevére puin nition, que. Dieu exerça sur les Israëlites & sur la postérité de Satil, à cause que ce Prince avoit fait mourir quelques descendans des Gabaonites, peut le faire conjecturer: quoique d'ailleurs Paction de Satil n'eut pas laissé d'être cruelle & inhumaine , parce qu'alors la loi, qui ordonnoit d'exterminer les Case nanéens, ne fubfistoit plus.

Je n'ajoûterai qu'une réflexion aux paroles de Mr. Barbeyrac , c'est qu'il y a une extréme différence entre son hypothele touchant la ratification, que Dieu auroit faite du serment de Josué, & celle de ceux, qui prétendent que Josué avoit envoyé des Hérauts de Paix auxGabaonites. Cette différence consiste en ce que cette derniére démarche est contraire à une loi claire & expresie, telle qu'est celle du Deu-,

tero:

20 Mr. BARBEYR AC dans l'endroit ci-dessus:

21 Tute Liv. III. Nondum hac, qua nunc tenet for culum , neglicentia Dei venerat, nec interpretando fibi quis que jusjurandum o leges aptas faciebat, Jed fuos potiùs mor,

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teronome, que nous avons citée , & qui obligeoit les lsraelites à mettre les sept nations à Pinterdit , au lieu que celle de Mr. Bar beyrac fert à résoudre une objection contre cette loi. Quelque parti que l'on prenne dans les différentes questions, que l'on agite sur certains pallages de nos Ecritures, on a souvent besoin de supposer des circonstances

qui ne sont pas rapportées dans l'Histoire. Il y a pourtant certaines régles qu'on doit suivre, quand on fait ces sortes de suppositions: & parmi ces régles il ne peut y en avoir de plus sûre que celle-ci: Il est permis de supposer un fait, qui sert à résoudre une objection contre un passage formel: mais jamais il n'eft permis pour invalider un passage clair

& formel, de supposer un fait, dont on ne trouve aucune trace dans l'Histoire.

Si Dieu ratifia le ferment fait par Jolué aux Gabaonites, il n'y a pas lieu de s'étonner de l'exactitude, avec laquelle les Israëlites l'observérent alors. J'emprunte ici des paroles de *: Tite Live, citées par *Grotius à cette occasion;

22 On n'étoit point venu à ce point d'indifference, ou Pon est aujourd'hui pour la Religion i l'on ne le donnoit pas encore la licence d'interpreter les loix le ferment selon fon inclination & les interéts , mais on régloit ja conduite sur fon ferment sur les loix.

Les Ilraëlites remplirent pendant quatre fiécles les promesses qu'ils avoient faites aux Gabaonites, & qu'ils avoient ratifiées d'une maniére fi facrée & fi folemnelle. Une famine de

trois

ris ad eas accommodabat. C'est ainsi que GROTIUS cite: il y a Deúm. Voi. Tit. Liy. 3. cap. 20. pag. 302.

22 GROTIUs in Jos. IX. 18. pag. 1688. dans lc 2. vol, des gr. Critiques.

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XXI &c.

trois ans vengea l'infraction , qui en fut faite 2 Sam. 1. après ce temps-là par Saül, & par fa barbare

Maison, probablement pendant le sac de la ville i Sam. de Nob. Le Acau , que cette perfidie avoit XXII. 19. attiré sur tout le Royaume d'Israël, qui l'avoit

vûe peut-être avec trop de complaisance, ne cefia qu'après qu'on eût immolé au juste ressentiment de ces opprimez, sept fils ou petitsfils de ce Prince sanguinaire.

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