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mort, ou la promesse des principaux de l'As,
semblée, qui s'étoient engagez par serment de
les laisser viyre, & de les traiter comme des ao
mis. Ce dernier parti prévalut sur l'autre. On
résolut de garder la foi donnée aux Gabaonites;
on crût que les foûmetre à la loi, qui les con
damnoit à l'interdit ce feroit pécher contre
Dieu, dont on avoit fait intervenir le sacré nom
dans le serment qu'on leur avoit fait.

Mais comme les Gabaonites avoient plûtôt
extorqué l'alliance qu'ils ne l'avoient obtenue,
jes Israelites les traitérent aussi moins en alliez
qu'en esclaves. Ils voulurent que la baflefie de
la condition, qu'ils auroient au milieu d'Israel,
rappellât continuellement le souvenir de leur
artifice, & en fût le châtiment. On ne leur as-
signa point de demeure fixe icomme aux Ifraë,
lites, quand on fit le partage de la Terre pro-
mile: On les dispersa parmi les Sacrificateurs,
& parmi les autres Ministres du culte Divin,
pour être porteurs d'eau, & coupeurs de bois,

servir aux fonctions les plus basses & les plus pénibles du Tabernacle : on assigna à

la Tribu de Benjamin les lieux, qui étoient de Josué

la dépendance de Gabaon, de Kephira, & de

Bceroth. Ils furent connûs en suite dans la Efdras République d'Israël sous le nom de* Netbiniens. VIII.20. Il est dit dans le Livre d'Esdras que David les nom cft aligna pour le service des Lévites , non que ce dérivé Roi fut le premier auteur de cet ordre, mais d'un mot il prit de nouvelles mesures pour le faire exéqui figni

Après avoir raconté l'histoire du Traité des ce que Gabaonites avec Josué, nous devons, pour l'é. les Ga- claircir entiérement agiter trois questions, baonites avoient qu'elle présente naturellement à l'esprit.

Pre

& pour

XVIII.

25. 26.

cuter.

fie done

ner , pare

Premiére question : Les Gabaonites pou- été comvoient-ils fans crime feindre d'être des peuples me don. éloignez & mettre à couvert leur vie par ce nez au

Peuple mensonge?

d'Israël Seconde question: Josué & les Ifraëlites é pour le toient-ils obligez d'avoir égard à un ferment, servir, qu'ils n'avoient fait que sur de faux exposez, & qu'ils ne pouvoient tenir sans épargner la vie d'un peuple, que Dieu leur avoit ordonné de détruire ?

Troisiéme question : Les Gabaonites ne pouvoient-ils obtenir la paix des Ifraëlites fans déguiler leur nation : & ne leur auroit-il pas fuffi de se soûmettre à la Religion & aux loix des Juifs, pour être admis dans leur alliance ?

Voici ce que répond à la premiére question 9. un des plus favans hommes dans le droit de la Nature & des Gens : L'artifice des Gabaonites, dit-il, n'a rien en lui-même de blâmable, ne mérite proprement pas le nom de mensonge. Car qui voudroit faire un crime à une personne de ce que pour se dérober à la fureur d'un ennemi , qui extermine tout, elle a recours à quelque fi&tion innocente? De plus, ajoûte cet homme célébre, les Ifraëlites ne recevoient proprement aucun dommage par cette rufe: car que perd-on à ne pas répandre le fang d'un homme , que l'on peut d'ailleurs dépouiller de tout son bien, après Pavoir desarmé & affoibli de telle forze , qu'il ne soit plus en état de se rebeller contre nous ? Ce sont les paroles de Puffendorf.

Je n'ai pas deslein de relever l'apparente contradiction, ou plûtôt la négligence du style de ce passage, qui voudroit faire , dit cet Autcur,

1197 9 PUFF ENDORF Droit de la Nature, &c. liv. IV. cháp. 2. feet. 7. pag. 420.

un crime à une perfonne, qui pour se dérober. d un ennemi a recours à une rufe innocente? Sans dous te que si la ruse , dont use cette personne, est innocente, on ne lauroit lui en faire un crime, Mais quand nous adopterions ces principes nous ne croirions pas devoir les appliquer au cas dont il est ici question. Si les lsraëlites avoient été des Brigands , qui sans aucun ordre du Ciel eufsent porté leurs armes fanguinaires dans des païs , sur lesquels ils n'avoient aucun droit: fi les Gabaonites eussent ignoré qu'une Providence miraculeuse veilloit sur la conduite de ces Conquérans , j'avoue qu'en ce cas je res garderois comme innocente la fraude que nous avons racontée. Il me semble qu'il n'y a aux cune loi, qui nous oblige de nous loûmettre, sous prétexte de sincérité, à des Incendiaires & à des Usurpateurs impitoyables, qui viennent mettre nos villes à feu & à fang, & passer au fil de l'épée nous & nos familles.

Mais le cas des Gabaonites étoit particulier. Ils l'ayoient dit eux-mêmes à Josué, & s'ils violoient les loix de la vérité dans leurs autres discours , ils les oblervoient dans celui-ci: Vor serviteurs sont venus à vous sur la réputation de l'Eterneh rotre Dieu, dirent-ils, fa renommée off venue ju,quà nous; nous avons appris toutes les choses qu'il a faites en Egypte : & tout ce qu'il a fait aux deux Rois des Amorrhéens, qui étoient au delà du Jourdain, à Sihon Roi de Heçsbon, och Hog Roi de Balçan qui demeuroit à Hasçtaroth. Certe idée , qu'ils se formoient du Dieu d'If raël, devoit les engager à de tout autres dé

marYO GROTIUS du Droit de la Paix, &c. tom. I. liv. 1. chap. 13. pag. 446.

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que

celle de se dérober à la justice, par le déguisement & par le mensonge : ils devoient remonter , autant que l'obscurité de l'æconomie, où ils vivoient, le pouvoit permettre , jusques à la cause de cette rigueur , dont Dieu usoit à leur égard : ils devoient reconnoitre, que leurs crimes leur attiroient tous ces fleaux, dont leur nation étoit ravagée ; revêtir le fac & la cendre pour en obtenir e pardon; remettre le reste à la Providence; & se convaincre que ce Dieu, qui avoit bouleversé la Nature & les Elemens pour punir des peuples coupables, fauroit bien trouver des moyens pour fauver des pénitens. Cest la réponse à la premiére que tion.

On demande II. fi les Ifraëlites étoient tenus d'avoir égard à des promesses, qu'ils

n'avoient faites que sur un faux exposé. Tu Grotius & " Puffendorf conviennent de ce principe, & il me semble qu'on ne peut pas le contester, c'est qu'un serment n'oblige point, s'il est certain que cea lui, qui a juré, Jupposoit alors un fait, qui ne se trouve pas tel qu'il l'avoit crit, en forte que s'il ett JW la chose comme elle est, il se feroit abstenu de je ter: ce qui a lieu jur-tout , lorsque celni, à qui l'on a prété le ferment, nous a lui-même jetté malicieuJement dans Perreur. C'est le principe de ces deux grands sommes , qui est conforme à l'or pinion de la plûpart des Caluistes. Il eft vrai que Grotius & Puffendorf ne concluent pas de ce principe, que Josué pût se dispenser de tenir la promelle qu'il avoit faite aux Gabaonites, mais ils disent qu'il étoit obligé de la remplir

en

II PUFFENDORF du Droit de la Nature ,

&c. liv. py, chap. 2. fe&t. 7. pag. 419.

en vertu d'une circonstance particuliére où il fe trouvoit : c'est que quand même il n'auroit pas été trompé par les Gabaonites , il auroit dû pourtant leur faire les promesles , & leur prê. ter le serment qu'ils obtinrent par furprise : les Ifraëlites étant engagez selon eux à donner la vie même aux fept nations dévouées à Pinterdit, pourvû qu'elles voulussent fe foûmettre aux loix que Josué imposa aux Gabaonites. C'est ce que nous allons examiner en traitant la troisieme question, que nous avons proposée. Les Gabaonites ne pouvoient-ils obtenir la paix des Israëlițes fans déguiser leur nation : & ne leur auroit il pas suffi de fe foûmettre aux loix & à la Religion des Juifs, pour être admis dans leur alliance? Pour éclaircir cette question nous allons mettre, autant que nous le

pourrons, dans toute leur force, les raisons des deux différen

tes opinions qu'elle a fait naitre. Deuter.

I. Quelques-uns ont crû que la loi d'exter: &c.

miner les sept nations étoit absolue , & ne fourVoi. aus-froit aucune exception. Ce sentiment est prinfi les 8. cipalement appuie sur un passage du Deuteropremiers

nome, qui semble détruire entiérement l'opida chap. nion contraire: Quand tu t'approcheras d'une vil VII. du le pour la combattre, tu lui présenteras la paix , fi Deuter. elle t'ouvre ses portes, le Peuple qui s'y trouvera

XX. IO.

te sera tributaire, ete servira. Que si elle refu. je de traiter avec toi, tu l'affiégeras. Et qıland PE. ternel tun Dieu Paura livrée entre tes mains, tu feo ras passer tous les mâles au fil de l'énee , en reservant seulement les femmes, les petits enfans, óc. Tu

feras 12 men nonho. Voi. SELDEN. de jur. N.G. cap. 12 pag. 764.

13 nown nonhp. Idem ibid. voi. aufli SCHICXAR D.

versets

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