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permettrai pas.....”-Un cri affreux s'échappa de mon ame; il effrayà mon père, et, grace au ciel, suspendit l'arrêt qu'il alloit prononcer.-"Mon père, “ n'attachez jamais l'époque d'un bon“ heur pour moi, au moment de vous “ perdre. Usez de votre pouvoir, “ abusez-en même, je n'en souhaiterai

pas moins la durée de votre exis

tence; mais vous pouvez me faire 56 haïr la vie."

Mon père paroissoit désespéré. Allez, mon fils, me dit-il, demain “ vous connoîtrez, vous jugerez votre

père.":-Je voulois rester, il me fit signe de m'éloigner, et je le quittai plus malheureux qu'il n'étoit lui-même.

Quelle nuit j'ai passée ! Ce matin, accablé de fatigue, je m'étois assoupi, un bruit de voiture m'a réveillé; j'ai

sonné, et l'on m'a dit que mon père venoit de partir pour sa terre en me laissant la lettre suivante :

CHAPITRE VIII.

Lettre du comte de Rothelin à son fils.

J'avons résolu, mon fils, de ne jamais vous parler de mes peines ; mais je vois que même nos enfants interprètent défavorablement notre conduite, dès qu'elle sort des routes communes, et que le motif leur en est inconnu.

“ Je veux bien aujourd'hui vous rendre compte des raisons qui m'ont déterminé, et ensuite je vous permets d'opter entre vos nouveaux amis et moi.

“ J'ai été élevé par un père qui avoit

toute la sévérité des anciennes meurs. Le respect qu'il nous inspiroit à tous étoit tel qu'un de ses regards suffisoit pour tout mouvoir ou tout suspendre dans sa maison. Sa volonté suprême, immuable, me paroissoit le droit naturel du chef de sa famille; la soumission de ma mère, l'état convenable d'une épouse.

“ Mon père ayant éprouvé une in. justiceаvoit quitté la cour encore jeune, et s'étoit retiré dans ses terres. Là, sans rien regretter, sans rien vouloir, sans jamais se plaindre, il avoit acquis l'importance et l'autorité. dont jouissoient autrefois les seigneurs suzerains. Juste; loyal, généreux, vraiment noble, son château étoit le rendez-vous de toute la province. Il étoit l'appui du pauvre, le conseil du riche et son estime étoit

un bien nécessaire à tous les cœurs vertueux.

" Il m'avoit fait entrer dans l'état militaired seize ans; grièvement blessédès ma première campagne, ma santé affoiblie me força de quitter le service; je me fixai près de lui. Ses vertus, ses préceptes me donnèrent cette austérité de caractère qui m'inspire pour la foiblesse presque autant de mépris que les autres hommes en ont pour les fautes.

“ Je venois d'avoir vingt-cinq ans lorsque mon père mourut. Il me recommanda de me marier; mais de ne point épouser une femme dont jeserois amoureux, parce qu'elle me subjugueroit, au moins pendant ce temps de passion, et qu'ensuite elle ne pourroit revenir sans débats à la déférence, qui n'est que l'ordre dans le mariage.

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