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" entends, me dit-elle, cet air doux,

bienveillant, que sans le respect, vous

appelleriez la coquetterie de la vieil« lesse!” — “ Coquetterie ou bonté, “ madame la maréchale s'étoit si bien

emparée de mon cour, que je me re"gardois comme son fils, même avant « d'aimer sa fille.”—

Athénaïs et mon père approchoient; nous continuâmes tous notre promenade. Combien nous jouissions d'être ensemble. Je donnois le bras à madame d'Estouteville. Athénaïs étoit près de moi : elle s'appuyoit sur mon père. Recueillis dans notre bonheur, disant quelques mots à de longs intervalles, nous éprouvions ce calme de l'ame qui ne laisse qu'une seule impression; nous étions comme séparés du reste de la vie: le passé, l'avenir, l'instant qui

devoit suivre, tout étoit loin. Je dis à Athénaïs :

Être avec les gens qu'on aime, cela suffit : Rêver, leur parler, ne leur parler point, penser à eux, penser à des choses plus indifférentes, mais auprès d'eux, tout est égal.

Elle me regarda, et je lui demandai si elle ne croyoit pas cette pensée de La Bruyère plus vraie qu'une autre que je ne voulois pas répéter.--'Ah!" me répondit-elle, d'un air timide et tendre, “il fait si beau aujourd'hui !

ne parlons pas des jours d'orages.”

A l'instant où nos parents apprirent qu'Athénais étoit libre, ils fixèrent le jour de notre union.

C'est à la campagne, c'est loin du monde que je reçus la maiņ d'Athé.

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pas tenter."

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nais.--" Je suis superstitieuse, nous “ disoit madame d'Estouteville, les “ feux de joie m'effraient; le malheur “ n'auroit qu'à passer, et les voir ! c'est "un maitre qu'il ne faut

Après la cérémonie, j'aperçus dans l'église la bonne Agathe, son mari, sa mère et ses deux petits enfants. Ils avoient tous de gros bouquets pour fêter mon bonheur; on voyoit sur leur visage, qu'ils venoient de le demander au ciel. Je regardois Agathe, l'exemple du village, la joie de son époux, l'honneur de sa mère ..... je pensai à mes premières années ; je regardai aussi mon père, et je saluai cette heureuse famille avec satisfaction.

De retour au château, lorsque nous nous trouvâmes seuls, je pressai mon père dans mes bras ; je ne pouvois

assez lui. dire combien la vie s'offroit à moi brillante d'amour, de vertus, et de bonheur.

Athénaïs remercioit tout bas madame d'Estouteville ; et cette excellente mère embrassoit sa petite-fille, comme si c'étoit uniquement pour lui faire plaisir qu'Athénaïs paroissoit heureuse. J'étois ravi, enchanté! madame d'Estouteville rioit à mes transports.--"-Eugène, me dit-elle, com" me votre amie je dois vous en pré«. venir, le mariage est grave; pour a l'ordinaire il ne trouve l'amour bon

qu'à rendre l'amitié meilleure."« Ah! maman! s'écria Athénaïs toute “ sâchée, pouvez-vous parler ainsi de « l'amour?"_" Mon enfant, reprit la “ maréchale, c'est qu'il a un peu perdu « dans mon esprit; mais, malgré mon

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“ irrévérence, si jamais vous croyez "avoir à vous en plaindre, ne le dites “ qu'à moi.

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