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Jarmes, apaisant vos premiers cris, elle dit à votre père : " Je vous conjure, au

nom d'Amélie, de m'avertir si jaunais " cet enfant est malade et a besoin " d'une mère. Je demande à Dieu que

cet enfant respecte son père, comme “ dans ce moment je respecte le mien... " Si Amélie vivait, je prierois pour “ qu'il aimât sa mère comme j'aime la “ mienne.”- Elle s'en alla, et dans la suite ce respect qui empêchoit Sophie de blåmer son père vint encore aug. menter les préventions du vôtre contre moi.

“Depuis lors, monsieur de Rothelin, pour me fuir, s'éloigna de toute société. Nous cessâ mes de nous voir, mais sans nous permettre un mot qui pût éveiller l'attention du public. Le silence étoit un devoir plus impérieux pour moi que

pour lui..... Je le savois tourmenté

par un sentiment de haine, et je ne pouvois me défendre; cependant il y a tant de confiance dans une ame pure, que j'érois encore plus surprise qu'affligée de son injustice. Sûre de sa conduite, avec quelle espérance, quelle certitude on se fie à l'avenir pour être mieux connue! Souvent même il m'arrivoit de plaindre votre père, et de me dire, qu'il se reprochera de m'avoir mal jugée !

La campagne suivante mon fils aîné nous fut enlevé. C'est alors que je sentis combien je l'aimois ! Les espérances de monsieur d'Estouteville étoient anéanties : je ne me permis pas de lui dire que nous avions contribué à notre malheur; j'avois trop su qu’Alfred s'étoit exposé en homme qui veut: mourir.

* Monsieur d'Estouteville maria Sophie à un homme de son nom. Toujours souffrante depuis la mort des deux amis de son enfance, peu d'années après je le vis dépérir, s'éteindre, et finir ; mes soins ne purent la sauver. Elle me confia sa fille, mon Athénaïs, qui ne me consola point de la perte de mes enfants, mais me promit une destinée nouvelle à rendre heureuse.

“ Vous savez que mon premier désir fut de vous la donner; car j'espérois que le temps adouciroit la haine de votre père, et le rendroit capable de se demander, si moi, qui n'avois jamais affligé personne au monde, j'aurois pu navrer de douleur mon Alfred, celle qu'il aimoit, et que j'avois élevée comme ma fille ? j'ai attendu long-temps ; je me flatte encore.

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“ Constamment occupée d'Alfred, d'Amélie, je cultivois avec soin dans Athénaïs les qualités qui les avoient rendus si aimables. Je vous la destinois en me disant, le fils d'Amélie sera heureux par elle; sa voix, encore inconnue, mais déjà chérie, m'appellera sa mère.

"Votre père, ignorant les motifs qui m'ont entraînée, m'accuse d'avoir disposé trop légèreinent du sort d'Amélie: il ne me voit qu'avec les torts qu'il me suppose, et ne daigne pas se rappeler combien j'ai été malheureuse.

“ Eugène, dites lui que vous avez risqué d'affoiblir dans l'ame d'Athénaïs sa reconnoissance, son attachement pour moi ; d'Athénaïs qui reste seule à mon affection et à mes regrets. Dites à votre père que vous m'avez enlevé mon dernier bonheur; que vous avez peut-être laissé má vieillesse solitaire, que vous m'avez peut-être ôté les consolations de mon dernier en fant; ditesle-lui, et il ne voudra plus me haïr : ne sera-t-il pas assez vengé?”

La lettre de madame d'Estouteville me fit éprouver un calme, une espérance que la sévérité de mon père ne pouvoit plus détruire. Je la renfermai sous enveloppe, et l'adressai à mon père, avec ces seuls mots : “Je ne vous prie, pas

de la lire actuellement; mais gar“dez-la pour le jour où vous aurez “ besoin de vous justifier votre fils.”

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