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voulu se rendre centre de lui-même, et indépen- | sentons une image de la vérité, et ne possédons dant de mon secours. Il s'est soustrait à ma do- que le mensonge : incapables d'ignorer absolumination; et s'égalant à moi par le desir de trou- ment, et de savoir certainement; tant il est maver sa félicité en lui-même, je l'ai abandonné à nifeste que nous avons été dans un degré de lui ; et révoltant toutes les créatures qui lui perfection dont nous sommes malheureusement étoient soumises, je les lui ai rendues ennemies : tombés ! en sorte qu'aujourd'hui l'homme est devenu sem- Qu'est-ce donc que nous crie cette avidité et blable aux bêtes, et dans un tel éloignement de cette impuissance, sinon qu'il y a eu autrefois moi, qu'à peine lui reste-t-il quelque lumière en l'homme un véritable bonheur, dont il ne lui confuse de son auteur, tant toutes ses connois- reste maintenant que la marque et la trace toute sances ont été éteintes ou troublées ! Les sens, in- vide, qu'il essaie inutilement de remplir de tout dépendants de la raison , et souvent maîtres de ce qui l'environne, en cherchant dans les choses la raison, l'ont emporté à la recherche des plai- absentes le secours qu'il n'obtient pas des présensirs. Toutes les créatures ou l'affligent, ou le tes, et que les unes et les autres sont incapables tentent, et dominent sur lui, ou en le soumet- de lui donner, parceque ce gouffre infini ne peut tant par leur force, ou en le charmant par leurs être rempli que par un objet infini et immuable? douceurs : ce qui est encore une domination plus

IV. terrible et plus impérieuse.

Voilà l'état où les hommes sont aujourd'hui. Chose étonnante cependant, que le mystère Il leur reste quelque instinct puissant du bon- le plus éloigné de notre connoissance, qui est heur de leur première nature, et ils sont plongés celui de la transmission du péché originel, soit dans les misères de leur aveuglement et de leur une chose dans laquelle nous ne pouvons avoir concupiscence, qui est devenue leur seconde aucune connoissance de nous-mêmes ! Car il est nature.

sans doute qu'il n'y a rien qui choque plus notre II.

raison que de dire que le péché du premier

homme ait rendu coupables ceux qui, étant si De ces principes que je vous ouvre, vous pou- éloignés de cette source, semblent incapables vez reconnoitre la cause de tant de contrariétés d'y participer. Cet écoulement ne nous paroit qui ont étonné tous les hommes, et qui les ont

pas seulement impossible, il nous semble même partagés. Observez maintenant tous les mouve très injuste : car qu'y a-t-il de plus contraire aux ments de grandeur et de gloire que le sentiment de tant de misères ne peut étouffer, et voyez s'il éternellement un enfant incapable de volonté,

règles de notre misérable justice que damner ne faut pas que la cause en soit une autre nature.

pour un péché où il paroît avoir eu si peu de JU.

part, qu'il est commis six mille ans avant qu'il

fût en être ? Certainement rien ne nous heurte Connoissez donc, superbe, quel paradoxe vous plus rudement que cette doctrine ; et cependant, étes à vous-même. Humiliez-vous, raison impuis- sans ce mystère, le plus incompréhensible de sante; taisez-vous, nature imbécile; apprenez tous, nous sommes incompréhensibles à nousque l'homme passe infiniment l'homme, et en-mêmes. Le næud de notre condition prend ses lendez de votre maître votre condition véritable, retours et ses plis dans cet abyme. De sorte que que vous ignorez.

l'homme est plus inconcevable sans ce mystère Car enfin, si l'homme n'avoit jamais été cor- que ce mystère n'est inconcevable à l'homme. rompu, il jouiroit de la vérité et de la felicité Le péché originel est une folie devant les homavec assurance. Et si l'homme n'avoit jamais été mes ; mais on le donne pour tel. On ne doit donc que corrompu, il n'auroit aucune idée, ni de la pas reprocher le défaut de raison en cette docvérité, ni de la beatitude. Mais malheureux que trine, puisqu'on ne prétend pas que la raison nous sommes, et plus que s'il n'y avoit aucune puisse y atteindre. Mais cette folie est plus sage grandeur dans notre condition, nous avons une que toute la sagesse des hommes : Quod stultum idée du bonheur, et ne pouvons y arriver; nous est Dei, sapientius est hominibus. (I. Cor.,1,25.)

coeur.

Car, sans cela, que dira-t-on qu'est l'homme ? | vanité, mais c'éloit en se précipitant dans le Tout son état dépend de ce point imperceptible. désespoir. Et comment s'en fût-il aperçu par sa raison, De là viennent les diverses sectes des stoïciens puisque c'est une chose au-dessus de sa raison ; et des épicuriens, des dogmatistes et des acadéet que sa raison, bien loin de l'inventer par ses miciens, etc. La seule religion chrétienne a pu voies, s'en éloigne quand on le lui présente? guérir ces deux vices, non pas en chassant l'un

et l'autre par la sagesse de la terre, mais en V.

chassant l'un et l'autre par la simplicité del'ÉvanCes deux états d'innocence et de corruption gile. Carelle apprend aux justes, qu'elle élèvejusétant ouverts, il est impossible que nous ne les qu'à la participation de la Divinité même, qu'en reconnoissions pas. Suivons nos mouvements, ce sublime état ils portent encore la source de observons-nous nous-mêmes, et voyons si nous toute la corruption, qui les rend, durant toute n'y trouverons pas les caractères vivants de ces la vie, sujets à l'erreur, à la misère, à la mort, deux natures. Tant de contradictions se trouve au péché; et elle crie aux plus impies qu'ils sont roient-elles dans un sujet simple?

capables de la grace de leur Rédempteur. Ainsi, Cette duplicité de l'homme est si visible, qu'il donnant à trembler à ceux qu'elle justifie, et cony en a qui ont pensé que nous avions deux ames: solant ceux qu'elle condamne, elle tempère avec un sujet simple leur paroissant incapable de tant de justesse la crainte avec l'espérance, par telles et si soudaines variétés, d'une présomp- cette double capacité qui est commune à tous, tion démesurée à un horrible abattement de et de la grace et du péché, qu'elle abaisse in

finiment plus que la seule raison ne peut faire, Ainsi toutes ces contrariétés, qui sembloient mais sans désespérer; et qu'elle élève infiniment devoir le plus éloigner les hommes de la connois- plus que l'orgueil de la nature, mais sans enfler : sance d'une religion, sont ce qui doit plus tôt faisant bien voir par-là qu'étant seule exempte les conduire à la véritable.

d'erreur et de vice, il n'appartient qu'à elle, et Pour moi, j'avoue qu'aussitôt que la religion d'instruire, et de corriger les hommes. chrétienne découvre ce principe, que la nature des hommes est corrompue et déchue de Dieu,

VI. cela ouvre les yeux à voir par-tout le caractère de cette vérité : car la nature est telle, qu'elle ni la nature de son péché, ni la transmission qui

Nous ne concevons ni l'état glorieux d'Adam, marque par-tout un Dieu perdu, et dans l'homme, s'en est faite en nous. Ce sont choses qui se sont et hors de l'homme.

Sans ces divines connoissances, qu'ont pu faire passées dans un état de nature tout différent du les hommes, sinon, ou s'élever dans le sentiment Ainsi tout cela nous est inutile à savoir pour sor

nôtre, et qui passent notre capacité présente. intérieur qui leur reste de leur grandeur passée, tir de nos misères; et tout ce qu'il nous importe ou s'abattre dans la vue de leur foiblesse présente? Car, ne voyant pas la vérité entière,

de connoître, c'est que par Adam nous sommes

ils n'ont pu arriver à une parfaite vertu. Les uns, rachetés par Jésus-Christ; et c'est de quoi nous

miserables, corrompus, séparés de Dieu, mais considérant la nature comme interrompue, les

avons des autres comme irréparable, ils n'ont pu fuir, ou

admirables sur la terre.

preuves l'orgueil, ou la paresse, qui sont les deux sources

VII. de tous les vices; puisqu'ils ne pouvoient, sinon, ou s'y abandonner par lâcheté, ou en sortir par Le christianisme est étrange! Il ordonne à l'orgueil. Car s'ils connoissoient l'excellence de l'homme de reconnoître qu'il est vil, et même l'homme, ils en ignoroient la corruption; de abominable; et il lui ordonne en même temps sorte qu'ils évitoient bien la paresse, mais ils se de vouloir être semblable à Dieu. Sans un tel perdoient dans l'orgueil. Et s'ils reconnoissoient contre-poids, cette élévation le rendroit horril'infirmité de la nature, ils en ignoroient la di- blement vain, ou cet abaissement le rendroit gnité; de sorte qu'ils pouvoient bien éviter la horriblement abject.

La misère porte au désespoir : la grandeur sont capables d'être unis à Dieu, n'est autre chose inspire la présomption.

que la vue de leur bassesse. Mais s'ils l'ont bien VIII.

sincère, qu'ils la suivent aussi loin que moi, et

qu'ils reconnoissent que cette bassesse est telle L'incarnation montre à l'homme la grandeur en effet, que nous sommes par nous-mêmes inde sa misère , par la grandeur du remède qu'il capables de connoître si sa miséricorde ne peut a fallu.

pas nous rendre capables de lui. Car je voudrois IX.

bien savoir d'où cette créature, qui se reconnoît On ne trouve pas dans la religion chrétienne si foible, a le droit de mesurer la miséricorde de un abaissement qui nous rende incapables du Dieu , et d'y mettre les bornes que sa fantaisie bien, ni une sainteté exempte du mal. Il n'y a lui suggère. L'homme sait si peu ce que c'est que point de doctrine plus propre à l'homme que

Dieu, qu'il ne sait pas ce qu'il est lui-même : et celle-là, qui l'instruit de sa double capacité de tout troublé de la vue de son propre état, il ose recevoir et de perdre la grace, à cause du dou- dire que Dieu ne peut pas le rendre capable de ble péril où il est toujours exposé, de désespoir sa communication! Mais je voudrois lui deman

sinon ou d'orgueil.

qu'il l'aime et le connoisse ; et pourquoi il croit X.

que Dieu ne peut se rendre connoissable et aiLes philosophes ne prescrivoient point des mable à lui, puisqu'il est naturellement capable sentiments proportionnés aux deux états. Ils in- d'amour et de reconnoissance. Car il est sans spiroient des mouvements de grandeur pure, et doute qu'il connoît au moins qu'il est, et qu'il ce n'est pas l'état de l'homme. Ils inspiroient des aime quelque chose. Donc s'il voit quelque chose mouvements de bassesse pure, et c'est aussi peu dans les ténèbres où il est, et s'il trouve quelque l'état de l'homme. Il faut des mouvements de sujet d'amour parmi les choses de la terre, pourbassesse, non d'une bassesse de nature, mais de quoi, si Dieu lui donne quelques rayons de son pénitence; non pour y demeurer, mais pour al- essence, ne sera-t-il pas capable de le connoitre ler à la grandeur. Il faut des mouvements de et de l'aimer en la manière qu'il lui plaira de se grandeur, mais d'une grandeur qui vienne de la communiquer à lui? Il y a donc sans doute une grace, et non du mérite, et après avoir passé par présomption insupportable dans ces sortes de la bassesse.

raisonnements, quoiqu'ils paroissent fondés sur

une humilité apparente, qui n'est ni sincère, ni Nul n'est heureux comme un vrai chrétien,

raisonnable, si elle ne nous fait confesser que, ni raisonnable, ni vertueux, ni aimable. Avec

ne sachant de nous - mêmes qui nous sommes combien peu d'orgueil un chrétien se croit-il nous ne pouvons l'apprendre que de Dieu. unià Dieu! avec combien peu d'abjection s'égale

ARTICLE VI: t-il aux vers de la terre! Qui peut donc refuser à cés célestes lumières

Soumission et usage de la raison. de les croire et de les adorer ? Car n'est-il pas plus clair que le jour que nous sentons en nous

I. mêmes des caractères ineffaçables d'excellence? Et n'est-il pas aussi véritable que nous éprou

La dernière démarche de la raison, c'est de vons à toute heure les effets de notre deplorable connoître qu'il y a une infinité de choses qui la condition? Que nous crie donc ce chaos et cette surpassent. Elle est bien foible si elle ne va jusconfusion monstrueuse, sinon la vérité de ces que-là. Il faut savoir douter où il faut, assurer deux états, avec une voix si puissante, qu'il est où il faut, se soumettre où il faut. Qui ne fait impossible d'y résister?

ainsi, n'entend pas la force de la raison. Il y en

a qui pèchent contre ces trois principes, ou en XII.

assurant tout comme démonstratif, manque de Ce qui détourne les hommes de croire qu'ils se connoître en demonstrations; ou en doutant

XI.

merce.

111.

de tout, manque de savoir où il faut se soumettre; disgrace. Elle consiste à connoître qu'il y a une ou en se soumettant en tout, manque de savoir opposition invincible entre Dieu et nous; et que, où il faut juger.

sans un médialeur, il ne peut y avoir de comII.

VI. Si on soumet tout à la raison, notre religion n'aura rien de mystérieux ni de surnaturel. Si

Ne vous étonnez pas de voir des personnes on choque les principes de la raison , notre re- simples croire sans raisonnement.Dieu leur donne ligion sera absurde et ridicule.

l'amour de sa justice et la haine d'eux-mêmes. Il La raison, dit saint Augustin , ne se soumet- incline leur cæur à croire. On ne croira jamais troit jamais, si elle ne jugeoit qu'il y a des occa- d'une croyance utile et de foi, si Dieu n'incline sions où elle doit se soumettre. Il est donc juste le cour; et on croira dès qu'il l'inclinera. Et qu'elle se soumette quand elle juge qu'elle doit c'est ce que David connoissoit bien lorsqu'il dise soumettre; et qu'elle ne se soumette pas, soit : Inclina cor meum, Deus , in testimonia tua. quand elle juge avec fondement qu'elle ne doit (Ps., 118, 36.) pas le faire : mais il faut prendre garde à ne pas

VII. se tromper.

Ceux qui croient sans avoir examiné les preu

ves de la religion, croient parcequ'ils ont une La piété est différente de la superstition. Pous- disposition intérieure toute sainte , et que ce ser la piété jusqu'à la superstition, c'est la dé- qu'ils entendent dire de notre religion y est contruire. Les hérétiques nous reprochent cette sou-forme. Ils sentent qu'un Dieu les a faits. Ils ne mission superstitieuse. C'est faire ce qu'ils nous veulent aimer que lui ; ils ne veulent haïr qu'euxreprochent, que d'exiger cette soumission dans mêmes. Ils sentent qu'ils n'en ont pas la force; les choses qui ne sont pas matière de soumission. qu'ils sont incapables d'aller à Dieu; et que, sí

Dieu Il n'y a rien de si conforme à la raison que le

vient à eux, ils ne peuvent avoir aucune désaveu de la raison dans les choses qui sont de communication avec lui. Et ils entendent dire foi, et rien de si contraire à la raison que le dés dans notre religion qu'il ne faut aimer que Dieu, aveu de la raison dans les choses qui ne sont

et ne haïr que soi - même : mais qu'étant tous pas de foi. Ce sont deux excès également dan- corrompus et incapables de Dieu, Dieu s'est fait

homme gereux, d'exclure la raison, de n'admettre que

s'unir à nous. Il n'en faut pour

pas dala raison.

vantage pour persuader des hommes qui ont IV.

cette disposition dans le coeur, et cette connois

sance de leur devoir et de leur incapacité. La foi dit bien ce que les sens ne disent pas, mais jamais le contraire. Elle est au-dessus , et

VW. non pas contre. V.

Ceux que nous voyons chrétiens sans la con

noissance des prophéties et des preuves, ne laisSi j'avois vu un miracle, disent quelques gens, sent pas d'en juger aussi bien que ceux qui ont je me convertirois. Ils ne parleroient pas ainsi, cette connoissance. Ils en jugent par le cour s'ils savoient ce que c'est que conversion. Ils comme les autres en jugent par l'esprit. C'est s'imaginent qu'il ne faut pour cela que recon- Dieu lui-même qui les incline à croire; et ainsi noître qu'il y a un Dieu, et que l'adoration con- ils sont très efficacement persuadés. siste à lui tenir de certains discours, tels à- J'avoue bien qu'un de ces chrétiens qui croient peu-près que les paiens en faisoient à leurs ido- sans preuves n'aura peut-être pas de quoi conles. La conversion véritable consiste à s'anéantir vaincre un infidèle qui en dira autant de soi. devant cet Étre souverain qu'on a irrité tant de Mais ceux qui savent les preuves de la religion fois, et qui peut nous perdre légitimement à prouveront sans difficulté que ce fidèle est véritoute heure; à reconnoître qu'on ne peut rien tablement inspiré de Dieu, quoiqu'il ne pût le sans lui , et qu'on n'a rien mérité de lui que sa prouver lui-même.

ne

ARTICLE VII.

soutient la nature, elle le marquảl sans équi

voque; et que, si les marques qu'elle en donne Image d'un homme qui s'est lassé de chercher sont trompeuses, elle les supprimât tout-à-fait ;

Dieu par le seul raisonnement, et qui commence qu'elle dit tout ou rien, afin que je visse quel å lire l'Ecriture.

parti je dois suivre. Au lieu qu'en l'état où je I.

suis, ignorant ce que je suis et ce que je dois

faire, je ne connois ni ma condition, ni mon deEn voyant l'aveuglement et la misère de voir. Mon coeur tend tout entier à connoître où l'honime, et ces contrariétés étonnantes qui se est le vrai bien, pour le suivre. Rien ne me sedécouvrent dans sa nature, et regardant tout roit trop cher pour cela. l'univers muet , et l'homme sans lumière, aban

Je vois des multitudes de religions en plusieurs donné à lui-même, et comme égaré dans ce re- endroits du monde, et dans tous les temps. Mais coin de l'univers, sans savoir qui l'y a mis, ce elles n'ont, ni morale qui puisse me plaire, ni qu'il est venu y faire, ce qu'il deviendra en mou- preuves capables de m'arrêter. Et ainsi j'aurois rant, j'entre en effroi comme un homme qu'on refusé également la religion de Mahomet, et auroit porté endormi dans une île déserte et ef- celle de la Chine, et celle des anciens Romains, froyable, et qui s'éveilleroit sans connoitre où et celle des Égyptiens, par cette seule raison , il est, et sans avoir aucun moyen d'en sortir. Et que l'une n'ayant pas plus de marques de vérité sur cela j'admire comment on n'entre pas en dés que l'autre, ni rien qui détermine, la raison ne espoir d'un si miserable état. Je vois d'autres peut pencher plutôi vers l'une que vers l'autre.

. personnes auprès de moi de semblable nature: Mais, en considérant ainsi cette inconstante je leur demande s'ils sont mieux instruits que et bizarre variété de mæurs et de croyance dans moi, et ils me disent que non; et sur cela , ces les divers temps, je trouve en une petite partie miserables égarés, ayant regardé autour d'eux, du monde un peuple particulier, séparé de tous et ayant vu quelques objets plaisants, s'y sont les autres peuples de la terre, et dont les histoidonnés et s'y sont attachés. Pour moi je n'ai pu res précèdent de plusieurs siècles les plus anm'y arrêter, ni me reposer dans la société de ces ciennes que nous ayons. Je trouve donc ce peupersonnes semblables à moi, misérables comme ple grand et nombreux, qui adore un seul Dieu, moi, impuissantes comme moi. Je vois qu'ils ne et qui se conduit par une loi qu'ils disent tenir m'aideroient point à mourir : je mourrai seul; il de sa main. Ils soutiennent qu'ils sont les seuls faut donc faire comme si j'étois seul: or, si j'étois du monde auxquels Dieu a révélé ses mystères ; seul, je ne båtirois point des maisons, jene m'em- que tous les hommes sont corrompus et dans la barrasserois point dans les occupations tumul- disgrace de Dieu ; qu'ils sont tous abandonnés à taires, je ne chercherois l'estime de personne; leurs sens et à leur propre esprit ; et que de là mais je tâcherois seulement de découvrir la vé- viennent les étranges égarements et les changerité.

ments continuels qui arrivent entre eux, et de Ainsi, considérant combien il y a d'apparence religion, et de coutume; au lieu qu'eux demeuqu'il y a autre chose que ce que je vois, j'ai re- rent inébranlables dans leur conduite: mais que cherché si ce Dieu , dont tout le monde parle, Dieu ne laissera pas éternellement les autres peun'auroit pas laissé quelques marques de lui. Je ples dans ces ténèbres ; qu'il viendra un libéraregarde de toutes parts, et ne vois par-tout qu'ob- teur pour tous; qu'ils sont au monde pour l'anscurité. La nature ne m'offre rien qui ne soit noncer; qu'ils sont formés exprès pour être les matière de doute et d'inquiétude. Si je n'y voyois herauts de ce grand évènement, et pour apperien qui marquåt une Divinité, je me détermi- ler tous les peuples à s'unir à eux dans l'attente nerois à n'en rien croire. Si je voyois par-tout les de ce libérateur. marques d'un Créateur, je reposerois en paix La rencontre de ce peuple m'étonne, et me dans la foi. Mais, voyant trop pour nier, et trop semble digne d'une extrême attention, par quanpeu pour m'assurer, je suis dans un état à plain- tité de choses admirables et singulières qui y dre, et on j'ai souhaité cent fois que, si un Dieu paroissent.

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