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dessus vient un regard qui donne d'autres pensées; la crainte et la raison se cachent, le charme présent les dissipe, et la volonté dominante se consomme dans le plaisir.

Mais si cet homme, direz-vous, vouloit retenir ses idées, sa première résolution ne s'effaceroit pas ainsi. S'il le vouloit bien, d'accord; mais je l'ai déja dit, et je le répète encore, cet homme ne peut le vouloir, que ses réflexions n'aient la force de créer cette volonté. Or, ses sensations plus puissantes exténuent ses réflexions, et ses réflexions exténuées produisent des desirs si foibles, qu'ils cèdent sans résistance à l'impression des sens.

Sentez donc dans ces exemples la vérité des principes que j'ai établis, faites-en l'application. Le voluptueux de sang-froid connoît et veut son vrai bien, qui est la vie et la santé; près de l'objet de sa passion, il en perd le goût et l'idée; conséquemment il s'en éloigne, il court après un bien trompeur. Lorsque la raison s'offre à lui, son affection se tourne vers elle; lorsqu'elle fait place au mensonge, ou que, captivée par l'objet présent, son affection change aussi, sa volonté suit ses idées ou ses sentiments actuels: rien n'est si simple que cela.

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La raison et les passions, les vices et la vertu dominent ainsi tour-à-tour selon leur degré de force et selon nos habitudes; selon notre tempérament, nos principes, nos mœurs; selon les occasions, les pensées, les objets, qui sont sous les yeux de l'esprit. Jésus-Christ a marqué cette disposition et cette foiblesse des hommes en leur apprenant la prière. Craignez, dit-il, les tentations; priez Dieu qu'il vous en éloigne, et qu'il vous détourne du mal. Mais les hommes, peu capables de replier leur esprit, prennent ce pouvoir qui est en eux d'être mus indifféremment vers toute sorte d'objets par leur volonté toute seule, pour une indépendance totale. Il est bien vrai que leur cœur est maniable en tout sens; mais leurs desirs orgueilleux dépendent de leurs pensées, et leurs pensées, de Dieu seul. C'est donc dans cette puissance de nous mouvoir de nous-mêmes, selon les lois de notre être, que consiste la liberté : cependant ces lois dépendent des lois de la création, car elles sont éternelles, et Dieu seul peut les changer par les effets de sa grace.

Vous pourrez, si vous le voulez, user d'une distinction, n'appeler point liberté les mouvements des passions nés d'une action étrangère, quoiqu'elle soit invisible; vous ne donnerez ce nom qu'aux seules dispositions qui soumettent nos démarches aux règles de la raison : toutefois ne sortez point d'un principe irréfutable; reconnoissez toujours que la même raison, la sagesse et la vertu ne sont que des dépendances du principe de notre être, ou des impulsions nouvelles de Dieu qui donne la vie et le mouvement à tout.

Mais, afin de retenir ces vérités importantes, permettez que je les place sous le même point de vue. Nous avons mis d'abord toute la liberté à pouvoir agir de nous-mêmes et de notre propre gré; nous avons reconnu cette puissance en nous, quoiqu'elle y soit limitée par les objets extérieurs; nous n'admettons point cependant de volontés indépendantes des lois de la création, parceque cela seroit impie et contraire à l'expérience, à la raison, à la foi. Mais cette dépendance nécessaire ne détruit point la liberté; elle nous est même extrêmement utile. Que seroit-ce qu'une volonté sans guide, sans règle, sans cause? Il est heureux pour nous qu'elle soit dirigée ou par nos sentiments ou par notre raison; car nos sentiments, nos idées, ne diffèrent point de nous-mêmes, et nous sommes vraiment libres, lorsque les objets extérieurs ne nous meuvent point malgré nous.

La volonté rappelle ou suspend nos idées; nos idées forment ou varient les lois de la volonté; les lois de la volonté sont par-là des dépendances des lois de la création : mais les lois de la création ne nous sont point étrangères; elles constituent notre être, elles forment notre essence, elles sont entièrement nôtres, et nous pouvons dire hardiment que nous agissons par nous-mêmes, quand nous n'agissons que par elles.

La violence que nos desirs souffrent des objets du dehors est entièrement distincte de la nécessité de nos actions. Une action involontaire n'est point libre; mais une action nécessaire peut être volontaire, et libre par conséquent. Ainsi la nécessité n'exclut point la liberté; la religion les admet l'une et l'autre la foi, la raison, l'expérience, s'accordent à cette opinion:

c'est par elle que l'on concilie l'Écriture avec | seul assouvir ses desirs dans la possession de

elle-même et avec nos propres lumières : qui lui-même. pourroit la rejeter?

Connoissons donc ici notre sujétion profonde. Que l'erreur, la superstition, se fondent à la lumière présente à nos yeux; que leurs ombres soient dissipées, qu'elles tombent, qu'elles s'effacent aux rayons de la vérité, comme des fantômes trompeurs. Adorons la hauteur de Dieu, qui règne dans tous les esprits comme il règne sur tous les corps; déchirons le voile funeste qui cache à nos foibles regards la chaîne éternelle du monde et la gloire du Créateur. Quel spectacle admirable que ce concert éternel de tant d'ouvrages immenses, et tous assujettis à des lois immuables! O majesté invisible! votre puissance infinie les a tirés du néant, et l'univers entier dans vos mains formidables est comme un fragile roseau. L'orgueil indocile de l'homme oseroit-il murmurer de sa subordination? Dieu seul pouvoit être parfait; il falloit donc qu'il soumit l'homme à cet ordre inévitable, comme les autres créatures: en sorte que l'homme pût leur communiquer son action et recevoir aussi la leur. Ainsi les objets extérieurs forment des idées dans l'esprit, ces idées des sentiments, ces sentiments des volontés, ces volontés des actions en nous et hors de nous. Une dépendance si noble dans toutes les parties de ce vaste univers doit conduire nos réflexions à l'unité de son principe; cette subordination fait la solide grandeur des êtres subordonnés. L'excellence de l'homme est dans sa dépendance; sa sujétion nous étale deux images merveilleuses, la puissance infinie de Dieu et la dignité de notre ame: la puissance de Dieu, qui comprend toutes choses, et la dignité de notre ame, émanée d'un si grand principe, vivante, agissante en lui, et participante ainsi de l'infinité de son être par une si belle union. L'homme indépendant seroit un objet de mépris; toute gloire, toute ressource, cessent aussitôt pour lui; la foiblesse et la misère sont son unique partage; le sentiment de son imperfection fait son supplice éternel : mais le même sentiment, quand on admet sa dépendance, fait sa plus douce espérance; il lui découvre d'abord le néant des biens finis, et le ramène à son principe, qui veut le rejoindre à lui, et qui peut

Cependant, comme nos esprits se font sans cesse illusion, la main qui forma l'univers est toujours étendue sur l'homme: Dieu détourne loin de nous les impressions passagères de l'exemple et du plaisir; sa grace victorieuse sauve ses élus sans combat, et Dieu met dans tous les hommes des sentiments très capables de les ramener au bien et à la vérité, si des habitudes plus fortes ou des sensations plus vives ne les retenoient dans l'erreur. Mais comme il est ordinaire qu'une grace suffisante pour les ames modérées cède à l'impétuosité d'un génie vif et sensible, nous devons attendre en tremblant les secrets jugements de Dieu, courber notre esprit sous la foi, et nous écrier avec saint Paul : O profondeur éternelle, qui peut sonder tes abymes! qui peut expliquer pourquoi le péché du premier homme s'est étendu sur sa race! pourquoi des peuples entiers qui n'ont point connu la vie sont réservés à la mort! pourquoi tous les humains, pouvant être sauvés, sont tous exposés à périr!

RÉPONSE

A QUELQUES OBJECTIONS.

Je ne détruis en aucune manière la nécessité des bonnes œuvres, en établissant la nécessité de nos actions. Il est vrai qu'on peut inférer de mes principes, que ces mêmes œuvres sont en nous des graces de Dieu; qu'elles ne reçoivent leur prix que de la mort du Sauveur, et que Dieu couronne dans les justes ses propres bienfaits. Mais cette conséquence est conforme à la foi, et si conforme, qu'une autre doctrine lui seroit tout-à-fait contraire, et ne pourroit pas s'expliquer. Ne me demandez donc pas pourquoi la nécessité des bonnes œuvres, dès que leur mérite ne vient pas à nous? car ce n'est pas à moi à vous répondre là-dessus; c'est à l'Église. On vous demanderoit aussi pourquoi la mort de Jésus-Christ! Dieu ne pouvoit-il pas faire qu'Adam ne péchât jamais? Ne pouvoit-il racheter son péché par le sang de son fils? Sans doute

un Dieu tout-puissant pouvoit changer tout cela; il pouvoit créer les hommes aussi heureux que les anges, il pouvoit les faire naître sans péché: de même il pouvoit nous sauver et nous condamner sans les œuvres. Qui doute de ces vérités? Cependant il ne le veut pas, et cette raison doit suffire, parcequ'il n'y a rien qui répugne à l'idée d'un être parfait dans une pareille doctrine, et que n'ayant point de prétexte pour la rejeter, nous avons l'autorité de l'Église pour l'accepter: ce qui fait pencher la balance et décide la question.

Mais, poursuivez-vous, si c'est Dieu qui est l'auteur de nos bonnes œuvres, et que tout soit en nous par lui, il est aussi l'auteur du mal, et conséquemment vicieux: blasphème qui fait horreur. Or, je vous demande à mon tour, qu'entendez-vous par le mal? Je sais bien que les vices sont en nous quelque chose de mauvais, parcequ'ils entraînent toutes sortes de désordres et la ruine des sociétés. Mais les maladies ne sont-elles pas mauvaises, les pestes, les inondations? Cependant cela vient de Dieu, et c'est lui qui fait les monstres et les plus nuisibles animaux; c'est lui qui crée en nous un esprit si fini et un cœur si dépravé, que, s'il a mis dans notre esprit le principe des erreurs, et dans notre cœur le principe des vices, comme on ne peut le nier, pourquoi répugneroit-il de le faire auteur de nos fautes et de toutes nos actions? Nos actions ne tirent leur être, leur mérite ou leur démérite, que du principe qui les a produites; or, si nous reconnoissons que Dieu a fait le principe qui est mauvais, pourquoi refuser de croire qu'il est l'auteur des actions qui n'en sont que les effets? N'y a-t-il pas contradiction dans ce bizarre refus?

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perfection. Mais de ce que la créature est imparfaite, doit-on tirer que Dieu l'est? et de ce que la créature imparfaite est vicieuse, peut-on conclure que le Créateur est vicieux?

Au moins seroit-il injuste, direz-vous, de punir dans les créatures une imperfection nécessaire. Oui, selon l'idée que vous avez de la justice; mais ne répugne-t-il pas à cette même idée, que Dieu punisse le péché d'Adam jusque dans sa postérité, et qu'il impute aux nations idolâtres l'infraction des lois qu'ils ignorent 1? Que répondez-vous cependant, lorsqu'on vous oppose cela? Vous dites que la justice de Dieu n'est point semblable à la nôtre; qu'elle n'est point dépendante de nos foibles préjugés ; qu'elle est au-dessus de notre raison et de notre esprit. Eh! qui m'empêche de répondre la même chose : il n'y a pas de suite dans votre créance, ou du moins dans vos discours; car, lorsqu'on vous presse un peu sur le péché originel et sur le reste, vous dites qu'on n'a pas d'idée de la justice de Dieu; et lorsque vous me combattez, vous voulez qu'on y en attache une qui condamne mes sentiments, et alors vous n'hésitez point à rendre la justice divine semblable à la justice humaine? Ainsi vous changez les définitions des choses selon vos besoins. Je suis de meilleure foi, je dis librement ma pensée : je crois que Dieu peut à son gré disposer de ses créatures, ou pour un supplice éternel, ou pour un bonheur infini, parcequ'il est le maître et qu'il ne nous doit rien. Je n'ai sur cela qu'un langage, vous ne m'en verrez pas changer. Je ne pense donc pas que la justice humaine soit essentielle au Créateur : elle nous est indispensable, parcequ'elle est des lois de Dieu la plus vive et la plus expresse; mais l'auteur de cette loi ne dépend que de lui seul, n'a que sa volonté pour règle, son bonheur pour unique fin. Il est vrai qu'il n'y a rien au monde de meilleur que la justice, que l'équité, que la vertu; mais ce qu'il y a de plus grand dans les hommes est tellement imparfait, qu'il ne sauroit convenir à celui qui est parfait ; c'est même une superstition que de donner nos vertus à Dieu : cependant il est juste en un sens, il l'a dit, nous devons le croire. Or voici quelle est sa justice : il

Il ne sert de rien de répondre que Dieu met en nous la raison pour contenir ce principe vicieux, et que nous nous perdons par le mauvais usage que nous faisons de notre volonté. Notre volonté n'est corrompue que par ce mauvais principe, et ce mauvais principe vient de Dieu : car il est manifeste que le Créateur a donné aux créatures leur degré d'imperfection. Il n'eût pu les former parfaites, vu qu'il ne peut y avoir qu'un seul être parfait : ainsi elles sont imparfaites, et, comme imparfaites, vicieuses; car le vice n'est autre chose qu'une sorte d'im

Il semble qu'il faut qu'elles ignorent. B.

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donne une règle aux hommes, qui doit juger | ment, que Dieu veut aussi leur salut? Il est leurs actions, et il les juge exactement par cette mort pour tous, j'en conviens: c'est-à-dire règle; il n'y déroge jamais. Par cette égalité que sa mort les a tous rendus capables d'être constante il justifie bien sa parole, puisque la lavés des souillures du péché originel, et d'asjustice n'est autre chose que l'amour de l'éga- pirer au ciel qui leur étoit fermé; grace qu'ils lité; mais cette égalité qu'il met entre les hom- n'avoient point avant. Mais de ce que tous sont mes n'est point entre les hommes et lui. Peut-il rendus capables d'être sauvés, peut-on cony avoir de l'égalité dans une distance infinie clure que Dieu veut les sauver tous? Si vous le des créatures au Créateur? cela se peut-il con- dites pour ne pas vous rendre, pour défendre cevoir? Il se contredit, dites-vous, s'il est vrai votre opinion, voilà en effet une fuite; mais si qu'il nous donne une loi dont il nous écarte lui- si c'est pour nous persuader, y parviendrezmême. Non, il ne se contredit point, sa loi vous par-là, et osez-vous l'espérer? Pensezn'est point sa volonté; il nous a donné cette loi vous qu'un Américain, d'un esprit simple et pour qu'elle jugeât nos actions; mais comme il grossier, comme sont la plupart des hommes, ne veut pas nous rendre tous heureux, il ne qui ne connoît pas Jésus-Christ, à qui l'on n'en veut pas non plus que tous suivent sa loi : rien a jamais parlé, et qui meurt dans un culte imde si facile à connoître. pie, soutenu par l'exemple de ses ancêtres, et défendu par tous ses docteurs; pensez-vous, dis-je, que Dieu veuille aussi sauver cet homme, qu'il a si fort aveuglé? pensez-vous au moins qu'on le croie sur votre simple affirmation, et vous-même le croyez-vous?

Vous craignez, dites-vous, que ma doctrine ne tende à corrompre les hommes, et à les désespérer. Pourquoi donc cela, je vous prie? qu'ai-je dit à cet effet? J'enseigne, il est vrai, que les uns sont destinés à jouir, et les autres à souffrir toute l'éternité. C'est là la créance inviolable de tous ceux qui sont dans l'Église, et j'avoue que c'est un mystère que nous ne comprenons pas. Mais voici ce que nous savons avec la dernière évidence; voici ce que Dieu nous apprend. Ceux qui pratiqueront la loi sont destinés à jouir, ceux qui la transgresseront à souffrir; il n'en faut pas savoir davantage pour conduire ses actions et pour s'éloigner du mal. J'avoue que si cette notion ne se trouve pas suffisante, si elle ne nous entraîne pas, c'est qu'elle trouve en nous des obstacles plus forts; mais il faut convenir aussi que, bien loin de nous pervertir, rien n'est plus capable au contraire de nous convertir; et ceux qui s'abandonnent dans la vue de leur sujétion, agissent contre les lumières de la plus simple raison, quoique nécessairement.

Dieu n'est donc pas bon, direz-vous. Il est bon, puisqu'il donne à tant de créatures des graces qu'il ne leur doit point, et qu'il les sauve ainsi gratuitement. Il auroit plus de bonté, selon nos foibles idées, s'il vouloit nous sauver tous. Sans doute il le pourroit, puisqu'il est tout-puissant; mais puisqu'il le pourroit et qu'il ne le fait pas, il faut conclure qu'il ne le veut pas, et qu'il a raison de ne le pas vouloir.

Il le veut, selon nous, me répondrez-vous; mais c'est nous qui lui résistons. O le puissant raisonnement! Quoi! celui qui peut tout, peut donc vouloir en vain; il manque donc quelque chose à sa puissance ou à sa volonté, car si l'une et l'autre étoient entières, qui pourroit leur résister? Sa volonté, dit-on, n'est que conditionnelle, c'est sous des conditions qu'il veut notre salut; mais quelle est cette volonté? Dieu peut tout, il sait tout; et il veut mon salut, que je ne ferai pas, qu'il sait que je ne ferai pas, et qu'il tient à lui d'opérer! Ainsi Dieu veut une chose qu'il sait qui n'arrivera pas, et qu'il pourroit faire arriver. Quelle étrange contradiction! Si un homme sachant que je veux me noyer, et pouvant m'en empêcher sans qu'il lui en coûte rien, et m'ôter même cette funeste volonté, me laissoit cependant mourir et suivre ma résolution, diroit-on qu'il veut me sauver, tandis qu'il me laisse périr? Tant de nations idolâtres que Dieu laisse dans l'erreur, et qu'il aveugle lui-même, comme le dit l'Écriture, prouventelles, par leur misère et par leur abandonne

Il ne faut donc pas dire que notre doctrine soit plus dangereuse que les autres : rien n'est moins vrai que cela; elle a l'avantage de concilier l'Écriture avec elle-même et vos propres

contradictions. Il est vrai qu'elle laisse des obs- | losophes, d'accord sur ce point, s'en rapportent curités; mais elle n'établit point d'absurdités, à l'expérience. Mais, disent les sages, puisque elle ne se contredit pas. Cependant je sais le la réflexion est aussi capable de nous déterrespect que l'on doit aux explications adoptées miner que le sentiment, opposons donc la raipar l'Église; et si l'on peut me faire voir que son aux passions lorsque les passions nous attales miennes leur sont contraires, ou même quent. Ils ne font pas attention que nous ne qu'elles s'en éloignent, quelque vraies qu'elles pouvons même avoir la volonté d'appeler à me paroissent, j'y renonce de tout mon cœur; notre aide la raison, lorsque la passion nous sachant combien notre esprit, sur de semblables conseille et nous préoccupe de son objet. Pour matières, est sujet à l'illusion, et que la vérité résister à la passion, il faudroit au moins voune peut pas se trouver hors de l'Église catholi- loir lui résister. Mais la passion vous fera-t-elle que, et du pape qui en est le chef. naître le desir de combattre la passion, dans l'absence de la raison vaincue et dissipée? Le plus grand bien connu, dit-on, détermine nécessairement notre ame. Oui, s'il est senti tel et présent à notre esprit ; mais si le sentiment de ce prétendu bien est affoibli, ou que le souvenir de ses promesses sommeille dans le sein de la mémoire, le sentiment actuel et dominant l'emporte sans peine entre deux puissances rivales, la plus foible est nécessairement vaincue. Le plus grand bien connu parmi les hommes, c'est sans difficulté le paradis. Mais lorsqu'un homme amoureux se trouve vis-à-vis de sa maîtresse, ou l'idée de ce bien suprême ne se présente pas à son esprit, quoiqu'elle y soit empreinte, ou elle se présente si foiblement que le sentiment actuel et passionné d'un plaisir volage prévaut sur l'image effacée d'une éternité de bonheur; de sorte qu'à parler exactement, ce n'est pas le plus grand bien connu qui nous détermine, mais le bien dont le sentiment agit avec le plus de force sur notre ame, et dont l'idée nous est plus présente. Et de tout cela je conclus que nous ne faisons ordinairement que ce que nous voulons, mais que nous ne voulons jamais que ce que nos passions ou nos réflexions nous font vouloir; que par conséquent toutes nos fautes sont des erreurs de notre esprit ou de notre cœur. Nous nous figurons plaisamment que lorsque la passion nous porte à quelque mal, et que la raison nous en détourne, il y a encore en nous un tiers auquel il appartient de décider. Mais ce tiers, quel est-il? je le demande. Je ne connois dans l'homme que des sentiments et des pensées; quand les passions lui donnent un mauvais conseil, à qui aura-t-il recours? A sa raison? mais si la raison lui dit elle-même d'obéir cette fois à ses passions, qui

DISCOURS SUR LA LIBERTÉ.

Notre vie ne seroit qu'une suite de caprices, si notre volonté se déterminoit d'elle-même et sans motifs. Nous n'avons point de volonté qui ne soit produite par quelque réflexion ou par quelque passion. Lorsque je lève la main, c'est pour faire un essai de ma liberté, ou par quelque autre raison. Lorsqu'on me propose au jeu de choisir pair ou impair, pendant que les idées de l'un et de l'autre se succèdent dans mon esprit avec vitesse, mêlées d'espérance et de crainte, si je choisis pair, c'est parceque la nécessité de faire un choix s'offre à ma pensée au moment que pair y est présent. Qu'on propose tel exemple qu'on voudra, je démontrerai à un homme de bonne foi que nous n'avons aucune volonté qui ne soit précédée par quelque sentiment ou par quelque raisonnement qui la font naître. Il est vrai que la volonté a aussi le pouvoir d'exciter nos idées; mais il faut qu'ellemême soit déterminée auparavant par quelque cause. La volonté n'est jamais le premier principe de nos actions, elle est le dernier ressort; c'est l'aiguille qui marque les heures sur une pendule et qui la pousse à sonner. Ce qui dérobe à notre esprit le mobile de ses volontés, c'est la fuite précipitée de nos idées ou la complication des sentiments qui nous agitent. Lé motif qui nous fait agir a souvent disparu lorsque nous agissons, et nous n'en trouvons plus la trace. Tantôt la vérité et tantôt l'opinion nous déterminent, tantôt la passion; et tous les phi

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