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roit même assez à l'abri de toutes parts, l'ennui, imaginaire, qui ne vient pas de la possession de son autorité privée, ne laisseroit pas de de quelque bien réel et solide, mais d'une lésortir du fond du coeur, où il a des racines gèreté d'esprit qui lui fait perdre le souvenir naturelles, et de remplir l'esprit de son venin. de ses véritables misères, pour s'attacher à des

C'est pourquoi lorsque Cynéas disoit à Pyr- objets bas et ridicules, indignes de son applirhus, qui se proposoit de jouir du repos avec cation, et encore plus de son amour. C'est une ses amis, après avoir conquis une grande par- joie de malade et de frénétique, qui ne vient tie du monde, qu'il feroit mieux d'avancer lui- pas de la santé de son ame, mais de dérémême son bonheur en jouissant dès-lors de ce glement; c'est un ris de folie et d'illusion. Car repos, sans aller le chercher par tant de fa- c'est une chose étrange, que de considérer ce ligues, il lui donnoit un conseil qui souffroit qui plaît aux hommes dans les jeux et dans les de grandes difficultés, et qui n'étoit guère plus divertissements. Il est vrai qu’occupant l'esprit, raisonnable que le dessein de ce jeune ambi- ils le détournent du sentiment de ses maux; ce tieux. L'un et l'autre supposoient que l'homme qui est réel. Mais ils ne l'occupent que parceque peut se contenter de soi-même et de ses biens l'esprit s'y forme un objet imaginaire de passion présents, sans remplir le vide de son caur auquel il s'attache. d'espérances imaginaires; ce qui est faux. Pyr- Quel pensez-vous que soit l'objet de ces gens rhus ne pouvoit être heureux, ni avant, ni qui jouent à la paume avec tant d'application après avoir conquis le monde; et peut-être que d'esprit et d'agitation du corps ? Celui de se la vie molle que lui conseilloit son ministre étoit vanter le lendemain avec leurs amis qu'ils ont encore moins capable de le satisfaire que l'agi- mieux joué qu'un autre. Voilà la source de leur tation de tant de guerres et de tant de voyages attachement. Ainsi les autres suent dans leurs qu'il méditoit.

cabinets pour montrer aux savants qu'ils ont On doit donc reconnoître que l'homme est si résolu une question d'algèbre qui n'avoit pu malheureux, qu'il s'ennuieroit même sans au- l'être jusqu'ici. Et tant d'autres s'exposent aux cune cause étrangère d'ennui, par le propre plus grands périls pour se vanter ensuite d'une état de sa condition naturelle; et il est avec place qu'ils auroient prise, aussi sottement à cela si vain et si léger, qu'étant plein de mille mon gré. Et enfin les autres se tuent à remarcauses essentielles d'ennui, la moindre baga- quer toutes ces choses, non pas pour en devetelle suffit pour le divertir. De sorte qu'à le nir plus sages, mais seulement pour montrer considérer sérieusement, il est encore plus à qu'ils en connoissent la vanité; et ceux-là sont plaindre de ce qu'il peut se divertir à des les plus sots de la bande, puisqu'ils le sont avec choses si frivoles et si basses, que de ce qu'il connoissance; au lieu qu'on peut penser des s'afflige de ses misères effectives ; et ses diver- autres qu'ils ne le seroient pas, s'ils avoien! tissements sont infiniment moins raisonnables cette connoissance. que son ennui.

II.

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D'où vient que cet homme qui a perdu depuis Tel homme passe sa vie sans ennui, en jouant peu son fils unique, et qui, accablé de procès et tous les jours peu de chose, qu'on rendroit de querelles, étoit ce matin si troublé, n'y pense malheureux en lui donnant tous les matins l’arplus maintenant ? Ne vous en étonnez pas : il gent qu'il peut gagner chaque jour, à condition est tout occupé à voir par où passera un cerf de ne point jouer. On dira peut-être que c'est que ses chiens poursuivent avec ardeur depuis l'amusement du jeu qu'il cherche, et non pas six heures. Il n'en faut pas davantage pour le gain. Mais qu'on le fasse jouer pour rien, il l'homme, quelque plein de tristesse qu'il soit. ne s'y échauffera pas, et s'y ennuiera. Ce n'est Si l'on peut gagner sur lui de le faire entrer en donc pas l'amusement seul qu'il cherche : un quelque divertissement, le voilà heureux pen- amusement languissant et sans passion l'endant ce temps-là, mais d'un bonheur faux et nuiera. Il faut qu'il s'y échauffe, et qu'il se

rance.

pique lui-même, en s'imaginant qu'il seroit ne cherche celle multitude d'occupations, que heureux de gagner ce qu'il ne voudroit pas parcequ'il a l'idée du bonheur qu'il a perdu, qu'on lui donnåt à condition de ne point jouer, lequel ne trouvant point en soi, il le cherche et qu'il se forme un objet de passion qui excite inutilement dans les choses extérieures, sans son desir, sa colère, sa crainte, son espé- pouvoir jamais se contenter, parcequ'il n'est

ni dans nous, ni dans les créatures, mais en Ainsi les divertissements qui font le bonheur Dieu seul. des hommes ne sont pas seulement bas; ils sont

V. encore faux et trompeurs : c'est-à-dire qu'ils

La nature nous rendant toujours malheuont pour objet des fantômes et des illusions reux en tous états , nos desirs nous figurent qui seroient incapables d'occuper l'esprit de

un état heureux, parcequ'ils joignent à l'état où l'homme, s'il n'avoit perdu le sentiment et le nous sommes les plaisirs de l'état où nous ne goût du vrai bien , et s'il n'étoit rempli de bas- sommes pas ; et quand nous arriverions à ces sesse, de vanité, de légèreté, d'orgueil, et plaisirs, nous ne serions pas heureux pour cela, d'une infinité d'autres vices : et ils ne nous sou

parceque nous aurions d'autres desirs conformes lagent dans nos misères qu'en nous causant une à un nouvel état. misère plus réelle et plus effective. Car c'est ce qui nous empêche principalement de songer

VI. à nous, et qui nous fait perdre insensiblement le temps. Sans cela nous serions dans l'ennui ; les chaines, et tous condamnés à la mort, dont

Qu'on s'imagine un nombre d'hommes dans et cet ennui nous porteroit à chercher quelque les uns étant chaque jour égorgés à la vue des moyen plus solide d'en sortir. Mais le diver- autres, ceux qui restent voient leur propre contissement nous trompe, nous amuse, et nous dition dans celle de leurs semblables , et , se refait arriver insensiblement à la mort.

gardant les uns les autres avec douleur et sans

espérance, attendent leur lour; c'est l'image de IV.

la condition des hommes.

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Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la

ARTICLE VIII. misère, l'ignorance, se sont avisés, pour se rendre heureux, de ne point y penser : c'est

Maisons de quelques opinions du peuple. tout ce qu'ils ont pu inventer pour se consoler

I. de tant de maux. Mais c'est une consolation bien misérable, puisqu'elle va, non pas à gué

J'écrirai ici mes pensées sans ordre, et non rir le mal, mais à le cacher simplement pour pas peut-être dans une confusion sans dessein : un peu de temps, et qu'en le cachant elle fait c'est le véritable ordre, et qui marquera touqu'on ne pense pas à le guérir véritablement. jours mon objet par le désordre même. Ainsi, par un étrange renversement de la na- Nous allons voir que toutes les opinions du ture de l'homme, il se trouve que l'ennui, qui peuple sont très saines ; que le peuple n'est pas est son mal le plus sensible, est, en quelque si vain qu'on le dit ; et ainsi l'opinion qui désorte, son plus grand bien, parcequ'il peut con- truisoit celle du peuple sera elle-même détruite. tribuer plus que toutes choses à lui faire cher

II. cher sa véritable guérison ; et que le divertissement, qu'il regarde comme son plus grand bien, Il est vrai, en un sens , de dire que tout le est, en effet, son plus grand mal, parcequ'il monde est dans l'illusion : car encore que les l'éloigne plus que toutes choses de chercher le opinions du peuple soient saines, elles ne le sont remède à ses maux : et l'un et l'autre sont une pas dans sa tête, parcequ'il croit que la vérité preuve admirable de la misère et de la corrup- est où elle n'est pas. La vérité est bien dans leurs tion de l'homme, et en même temps de sa gran- opinions, mais non pas au point où ils se le fideur; puisque l'homme ne s'ennuie de tout, ct garent.

III.

en paix par ce moyen : ce qui est le plus grand

des biens. Le peuple honore les personnes de grande

VIII. naissance. Les demi-habiles les méprisent, disant que la naissance n'est pas un avantage de La coutume de voir les rois accompagnés de la personne, mais du hasard. Les habiles les gardes, de tambours, d'officiers, et de toutes honorent , non par la pensée du peuple, mais les choses qui plient la machine vers le respect par une pensée plus relevée. Certains zélés , qui et la terreur , fait que leur visage, quand il est n'ont pas grande connoissance , les méprisent quelquefois seul et sans ces accompagnements, malgré cette considération qui les fait honorer imprime dans leurs sujets le respect et la terpar les habiles ; parcequ'ils en jugent par une reur, parcequ'on ne sépare pas dans la pensée nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais leur personne d'avec leur suite, qu'on y voit les chrétiens parfaits les honorent par une autre d'ordinaire jointe. Le monde, qui ne sait pas lumière supérieure. Ainsi vont les opinions se que cet effet a son origine dans cette coutume, succédant du pour au contre, selon qu'on a de croit qu'il vient d'une force naturelle : et de là lumière.

ces mots : Le caractère de la Divinité est empreint IV.

sur son visage, etc.

La puissance des rois est fondée sur la raison Le plus grand des maux est les guerres civiles. et sur la folie du peuple, et bien plus sur la Elles sont sûres, si on veut récompenser le mé- folie. La plus grande et la plus importante chose rite; car tous diroient qu'ils méritent. Le mal à du monde a pour fondement la foiblesse : et ce craindre d'un sot , qui succède par droit de nais- fondement-là est admirablement sûr ; car il n'y sance, n'est ni si grand , ni si sûr.

a rien de plus sûr que cela , que le peuple sera

foible; ce qui est fondé sur la seule raison est V.

bien mal fondé, comme l'estime de la sagesse. Pourquoi suit-on la pluralité? est-ce à cause

IX. qu'ils ont plus de raison ? non, mais plus de force. Pourquoi suit-on les anciennes lois et les an- Nos magistrats ont bien connu ce mystère. ciennes opinions? est-cequ'elles sont plus saines ? Leurs robes rouges, leurs hermines , dont ils non, mais elles sont uniques, et nous ótent la s'emmaillottent en chats fourrés, les palais où racine de diversité.

ils jugent, les fleurs de lis ; tout cet appareil au

guste étoit nécessaire : et si les médecins n'aVI.

voient des soutanes et des mules, les

docteurs n'eussent des bonnets carrés, et des L'empire fondé sur l'opinion et l'imagination robes trop amples de quatre parties, jamais ils regne quelque temps, et cet empire est doux et n'auroient dupé le monde, qui ne peut résister volontaire : celui de la force règne toujours. à cette montre authentique. Les seuls gens de Ainsi l'opinion est comme la reine du monde, guerre ne se sont pas déguisés de la sorte, mais la force en est le tyran.

parcequ'en effet leur part est plus essentielle. VII.

Ils s'établissent par la force, les autres par

grimaces. Que l'on a bien fait de distinguer les hommes C'est ainsi que nos rois n'ont pas recherché par l'extérieur plutôt que par les qualités inté- ces déguisements. Ils ne se sont pas masqués rieures! Qui passera de nous deux ? qui cédera d'habits extraordinaires pour paroître tels ; la place à l'autre ? le moins habile? Mais je suis mais ils se font accompagner de gardes et de aussi habile que lui. Il faudra se battre sur cela. hallebardes, ces trognes armées, qui n'ont de Il a quatre laquais, et je n'en ai qu'un : cela est mains et de force que pour eux : les trompettes visible; il n'y a qu'à compter ; c'est à moi à cé- et les tambours qui marchent au-devant, et der, et je suis un sot si je conteste. Nous voilà ces légions qui les environnent, font trembler

et que

les plus fermes. Ils n'ont pas l’habit seulement, nous fâchons point si on dit que nous avons mal ils ont la force. Il faudroit avoir une raison bien à la tête , et que nous nous fâchons de ce qu'on épurée pour regarder comme un autre homme dit que nous raisonnons mal, ou que nous le grand-seigneur environné dans son superbe choisissons mal ? Ce qui cause cela , c'est que sérail de quarante mille janissaires.

nous sommes bien certains que nous n'avons Si les magistrats avoient la véritable justice, pas mal à la tête , et que nous ne sommes pas si les médecins avoient le vrai art de guérir, ils boiteux; mais nous ne sommes pas aussi assurés n'auroient

que
faire de bonnets carrés. La ma- que nous choisissions le vrai. De sorte que,

n'en jesté de ces sciences seroit assez vénérabled'elle- ayant d'assurance qu'à cause que nous le voyons même. Mais, n'ayant que des sciences imaginai- de toute notre vue, quand un autre voit de res, il faut qu'ils prennent ces vains ornements toute sa vue le contraire, cela nous met en qui frappent l'imagination, à laquelle ils ont suspens et nous étonne, et encore plus quand affaire; et par-là en effet ils s'attirent le respect. mille autres se moquent de notre choix ; car il

Nous ne pouvons pas voir seulement un avo- faut préférer nos lumières à celles de tant cat en soutane et le bonnet en tête , sans une d'autres , et cela est hardi et difficile. Il n'y a opinion avantageuse de sa suffisance.

jamais cette contradiction dans les sens, touLes Suisses s'offensent d'être dits gentils- chant un boiteux. hommes , et prouvent la roture de race pour

XII. étre jugés dignes de grands emplois.

Le respect est, incommodez-vous : cela est X.

vain en apparence, mais très juste; car c'est

dire: Je m'incommoderois bien, si vous en On ne choisit pas pour gouverner un vaisseau aviez besoin, puisque je le fais sans que cela celui des voyageurs qui est de meilleure maison.

vous serve : outre

que

le
respect est pour

disTout le monde voit qu'on travaille pour l'incertain , sur mer, en bataille, etc. ; mais tout tinguer les grands. Or, si le respect étoit d'être certain , sur mer, en bataille, etc.; mais tout dans un fauteuil, on respecteroit tout le monde,

la montre qu'on le doit . Montaigne a vu qu'on commodé, on distingue fort bien.

et ainsi on ne distingueroit pas; mais étant ins'offense d'un esprit boiteux, et que la coutume fait tout ; mais il n'a pas vu la raison de cet

XUI. effet. Ceux qui ne voient que les effets, et qui ne voient pas les causes , sont, à l'égard de Être brave', n'est pas trop vain : c'est monceux qui découvrent les causes , comme ceux trer qu'un grand nombre de gens travaillent qui n'ont que des yeux à l'égard de ceux qui pour soi; c'est montrer, par ses cheveux, qu'on ont de l'esprit. Car les effets sont comme sen- a un valet de chambre, un parfumeur, etc.; sibles, et les raisons sont visibles seulement à par son rabat , le fil et le passement, etc. l'esprit. Et quoique ce soit par l'esprit que ces Or, ce n'est pas une simple superficie, ni un effets-là se voient, cet esprit est, à l'égard de simple harnois, d'avoir plusieurs bras à son l'esprit qui voit les causes, comme les sens cor- service. porels sont à l'égard de l'esprit.

XIV. .

Cela est admirable : on ne veut pas que j'ho

nore un homme vêtu de brocatelle et suivi de D'où vient qu'un boiteux ne nous irrite pas, sept à huit laquais ! Eh quoi! il me fera donner et qu’un esprit boiteux nous irrite ? C'est à les étrivières, si je ne le salue. Cet habit, c'est cause qu’un boiteux reconnoît que nous allons

une force; il n'en est pas de même d'un cheval droit, et qu'un esprit boiteux dit que c'est nous bien enbar naché à l'égard d'un autre. qui boitons ; sans cela nous en aurions plus de

Montaigne est plaisant de ne pas voir quelle pitie que de colère.

Epictète demande aussi pourquoi nous ne

> Bicn mis.

différence il y a d'admirer qu'on y en trouve, | lités qui y fussent? Cela ne se peut, et seroit et d'en demander la raison.

injuste. On n'aime donc jamais la personne,

mais seulement les qualités; ou, si on aime la XV.

personne, il faut dire que c'est l'assemblage Le peuple a des opinions très saines, par des qualités qui fait la personne. exemple, d'avoir choisi le divertissement et la

XIX. chasse plutôt que la poésie : les demi-savants s'en moquent, et triomphent à montrer là-des- Les choses qui nous tiennent le plus au cour sus sa folie; mais, par une raison qu'ils ne pé- ne sont rien le plus souvent; comme, par exemnètrent pas, il a raison. Il fait bien aussi de ple, de cacher qu'on ait peu de bien. C'est un distinguer les hommes par le dehors, comme néant que notre imagination grossit en montapar la naissance ou le bien : le monde triomphe gne. Un autre tour d'imagination nous le fait encore à montrer combien cela est déraisonna- découvrir sans peine. ble; mais cela est très raisonnable.

XX.
XVI.
C'est un grand avantage que la qualité, qui,

Ceux qui sont capables d'inventer sont rares; des dix-huit ou vingt ans, met un homme en

ceux qui n'inventent point sont en plus grand passe, connu et respecté, comme un autre pour- nombre, et par conséquent les plus forts; et roit avoir mérité à cinquante ans : ce sont trente l'on voit que, pour l'ordinaire, ils refusent aux ans gagnés sans peine.

inventeurs la gloire qu'ils méritent et qu'ils

cherchent par leurs inventions. S'ils s'obstinent XVII.

à la vouloir, et à traiter avec mépris ceux qui

n'inventent pas, tout ce qu'ils y gagnent, c'est Il y a de certaines gens qui, pour faire voir qu'on leur donne des noms ridicules, et qu'on qu'on a tort de ne pas les estimer, ne manquent les traite de visionnaires. Il faut donc bien se jamais d'alléguer l'exemple de personnes de

elles

garder de se piquer de cet avantage, tout grand qualité qui font cas d'eux. Je voudrois leur ré- qu'il est; et l'on doit se contenter d’ètre estimé pondre : Montrez-nous le mérite par où vous du petit nombre de ceux qui en connoissent le avez attiré l'estime de ces personnes-là, et nous

prix. vous estimerons de même.

ARTICLE IX.
XVIII.

Pensées morales détachées.
Un homme qui se met à la fenêtre pour voir
les passants; si je passe par-là, puis-je dire qu'il

1. s'est mis là pour me voir ? Non; car il ne pense pas à moi en particulier. Mais celui qui aime Toutes les bonnes maximes sont dans le une personne à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? monde, on ne manque qu'à les appliquer. Par Non; car la petite-vérole, qui ôtera la beauté exemple, on ne doute pas qu'il ne faille exposer sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera sa vie pour défendre le bien public, et plusieurs plus : et si on m'aime pour mon jugement , ou le font; mais presque personne ne le fait pour pour ma mémoire, m'aime-t-on, moi ? Non ; la religion. Il est nécessaire qu'il y ait de l'inécar je puis perdre ces qualités sans cesser d'être. galité parmi les hommes; mais cela étant acOù est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, cordé, voilà la porte ouverte, non seulement à ni dans l'ame? Et comment aimer le corps ou la plus haute domination, mais à la plus haute l'ane, sinon pour ces qualités, qui ne sont tyrannie. Il est nécessaire de relâcher un peu point ce qui fait ce moi, puisqu'elles sont péris- l'esprit; mais cela ouvre la porte aux plus grands sables? Car aimeroit-on la substance de l'ame débordements. Qu'on en marque les limites; il d'une personne abstraitement, et quelques qua- n'y a point de bornes dans les choses : les lois

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